La notion d'emprise débattue à la barre


Tahiti, le 8 juillet 2025 – Jusque-là inconnu de la justice, un homme de 27 ans a été condamné mardi en correctionnelle à deux ans de prison dont un avec sursis pour des violences conjugales commises sur sa jeune compagne. Alors que l'avocate de la partie civile a évoqué une véritable “emprise” du prévenu sur sa cliente, le conseil du jeune homme a affirmé qu'il n'y avait aucune emprise et que c'était la victime qui “retournait systématiquement” le voir.
 
Un homme de 27 ans, détenu depuis plusieurs mois, a été présenté mardi devant le tribunal correctionnel pour répondre de violences volontaires commises sur son ex-compagne et mère de leur fils âgé d'à peine un mois. Tel que l'a rappelé le président du tribunal en début d'audience, ce prévenu jusque-là inconnu de la justice était poursuivi pour avoir frappé son ex-concubine à plusieurs reprises en juillet et août 2024.
 
Durant cette période, il lui avait notamment perforé le tympan en lui portant des coups, l'avait menacée pour qu'elle lui donne accès à son téléphone et avait très souvent fait preuve d'une grande jalousie à son égard. S'il était poursuivi pour des appels malveillants malgré une interdiction de contact, le président du tribunal a tout de même rappelé qu'à cette époque, chacun appelait beaucoup l'autre, “madame un peu plus que monsieur”. Malgré les différentes plaintes déposées par la victime et les trois gardes à vue effectuées par le prévenu, le couple avait toujours fini par se rabibocher.
 
Séparés en raison de l'incarcération de l'intéressé, les jeunes gens se sont donc retrouvés à la barre du tribunal mardi matin pour évoquer leur relation débutée il y a quatre ans alors que la victime était âgée de 16 ans. Interrogé sur ses accès de violence, le prévenu a reconnu qu'il avait frappé son ex-compagne et qu'il avait déclaré en garde à vue qu'il lui mettait des gifles pour la “calmer”. Peu bavard mais répondant à toutes les questions du tribunal, il a ensuite assuré qu'il regrettait les faits et que cette histoire était “bel et bien finie”. Entendue à son tour, la jeune mère a elle aussi soutenu que leur relation était terminée tout en indiquant qu'elle ne s'opposait pas à ce que son ex-compagnon puisse s'occuper de leur enfant.
 
Contrôle et emprise
 
Alors qu'il est ressorti du dossier que le couple se retrouvait souvent malgré les violences, les interdictions de contact et les multiples procédures en cours, l'avocate de la partie civile, Me Sophie Girault a tenu, dès le début de sa plaidoirie, à dénoncer le contexte d'“emprise” dans lequel se trouvait sa cliente : “Dans ce dossier, on se demande pourquoi elle y retourne plusieurs fois mais nous sommes face à quelqu'un qui était victime d'une forme de contrôle, d'une emprise et ce, dans le cadre d'une relation toxique.”
 
Un sentiment partagé par le procureur de la République pour lequel cette histoire n'est autre que la “chronique annoncée de la déchéance totale d'une relation” dans laquelle un homme s'est “accaparé sa proie”. Avant de requérir 30 mois de prison dont 18 avec sursis, le représentant du ministère public a demandé au tribunal de tenir compte du fait que si la jeune femme avait pu sembler faire preuve d'“ambiguïté”, c'était en raison d'une “perte de repères”.
 
“Cette histoire d'emprise, je ne sais pas d'où ça sort. Elle retournait systématiquement le voir, elle le relançait. De quelle emprise parle-t-on lorsque cette jeune femme écrit au juge d'instruction pour que mon client puisse être extrait de prison afin d'assister à l'accouchement ?” a ensuite lancé l'avocat du prévenu en affirmant que l'on essayait de faire passer son client pour “un monstre qu'il n'est pas”.
 
Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné le prévenu à deux ans de prison dont un avec sursis probatoire assortis d'une obligation de soins et d'une interdiction de contact.
 

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 8 Juillet 2025 à 19:54 | Lu 2770 fois