La guerre au Moyen-Orient grève de 7,5% l'approvisionnement mondial en pétrole


Crédit Alain JOCARD / AFP
Paris, France | AFP | jeudi 12/03/2026 - "La plus importante perturbation" de l’approvisionnement en or noir de l'histoire: le blocage du détroit d'Ormuz contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%, selon l'Agence international de l'énergie. 

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, plusieurs infrastructures énergétiques des pays du Golfe ont subi des attaques et le blocage du détroit d'Ormuz, corridor maritime crucial, par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale de pétrole, cause des problèmes majeurs d'approvisionnement en hydrocarbures. 

Selon l'AIE, la production mondiale de pétrole devrait chuter de 8 millions de barils par jour en mars, pour s’établir à 98,8 mb/j, soit "son plus bas niveau depuis le premier trimestre 2022".

Cela représente une chute de 7,5% sur un mois par rapport à l'évaluation de la production mondiale pour février (106,9 mb/j).

La crise du détroit d'Ormuz - "strait of Hormuz" en anglais -occupe une large place dans la publication mensuelle de l'AIE qui a donné un titre de circonstance à l'un de ses chapitres: "Dire Straits", du nom du groupe de rock phare des années 80, lequel peut se traduire par "en grande difficulté". 

L'AIE l'assure: "la guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l’offre de toute l’histoire du marché pétrolier mondial", même si l'Agence de l'énergie de l'OCDE basée à Paris ne précise pas en quoi elle serait pire que le choc pétrolier de 1973.

Les flux réduits aujourd'hui à un "mince filet", les capacités limitées des routes alternatives par oléoducs terrestres, et les stockages remplis au maximum, "ont conduit les pays du Golfe à réduire leur production totale de pétrole d’au moins 10 millions de barils par jour", explique l'AIE. 

- La production de brut du Golfe fond de 30% -

Concrètement, "la production de brut est actuellement réduite d’au moins 8 millions de barils par jour (mb/j), avec 2 mb/j supplémentaires" liés à des produits pétroliers (dont condensats, un pétrole très léger). 

Rien que pour le brut, cela représente une baisse de 30% de la production habituelle du Golfe, estimée à 25 millions de barils par jour, selon les chiffres rapportés par l'AIE. 

Il y a en particulier "d'’importantes réductions d’offre" en Irak, au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, ajoute l'Agence dont le rapport est toujours très scruté par les marchés. 

Il intervient de surcroît au lendemain de la décision des pays membres de l’AIE de libérer sur les marchés la quantité record de 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves d’urgence, afin d'amortir les perturbations, qui mettent en péril l'approvisionnement de l'Asie, très dépendante du pétrole moyen-oriental.

Les réductions de production au Moyen-Orient ne devraient être que partiellement compensées par une hausse de la production des pays non membres de l'alliance élargie OPEP+, du Kazakhstan et de la Russie, indique l'agence.

La fermeture du détroit contraint également les raffineries dédiées à l’exportation à réduire la voilure ou à s’arrêter, ce qui menace "plus de 4 Mb/j de capacité de raffinage", ajoute l'AIE.

"Si l’ampleur des pertes dépendra de la durée du conflit et des perturbations des flux", l'AIE a d'ores et déjà abaissé ses prévisions de la croissance de la production de pétrole: elle augmentera en moyenne de 1,1 mb/j sur l'ensemble de l'année 2026, pour s'établir à 107,2 mb/j, contre une hausse de 2,4 mb/j anticipée dans le rapport du mois dernier.

La hausse des prix du pétrole et les perspectives assombries pour l'économie mondiale entraînent aussi des ajustements sur les projections de la demande: sur 2026, la consommation devrait augmenter de 640.000 barils sur un an - c'est 210.000 barils de moins que la prévision avancée le mois dernier.

Le choc d'approvisionnement réduit de fait d'environ un tiers les prévisions de l'AIE sur l'excédent mondial d'or noir, désormais estimé à 2,4 millions de barils par jour. Jusqu'ici, l'AIE anticipait un surplus de pétrole record pour l'année 2026, proche de 4 mb/j, tiré notamment par l'augmentation de la production des Amériques (Etats-Unis, Canada, Guyana).

le Jeudi 12 Mars 2026 à 05:56 | Lu 103 fois