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La ciguatéra, entre surveillance et recherche


Tous les archipels sont concernés, les Tuamotu et les Gambier en tête (Crédit : archive).
Tahiti, le 6 octobre 2026 – Espèces concernées, symptômes, répartition des cas au sein de la population et dans les archipels : on fait le point sur la ciguatéra grâce au bilan 2025 du réseau de surveillance en Polynésie française. D’après les données fournies par les professionnels de santé et les particuliers sur Ciguawatch, l’ILM observe une “stabilisation” à hauteur de 157 personnes intoxiquées. Du côté de la recherche, plusieurs projets sont en cours, notamment pour améliorer le diagnostic de la maladie et évaluer les effets des vagues de chaleur marines sur ce phénomène.  
 

Considérée comme l’intoxication alimentaire par biotoxines marines la plus répandue au monde, la ciguatéra sévit dans les régions tropicales. Elle survient suite à la consommation d’organismes marins contaminés par les ciguatoxines produites par une microalgue (Gambierdiscus), qui sont eux-mêmes contaminés par broutage, filtration ou prédation. En Polynésie, le réseau de surveillance de la ciguatéra est coordonné par l’Institut Louis Malardé (ILM) : les signalements reposent sur la participation volontaire des professionnels de santé (89 %) et des particuliers (11 %) via la plateforme en ligne Ciguawatch. En l’absence de déclaration obligatoire, ces données livrent un aperçu de la situation au Fenua.
 

​157 personnes déclarées en 2025


Le bilan 2025 fait état de 105 cas déclarés impliquant 157 personnes, contre 184 en 2023 et 153 en 2024. Le réseau de veille observe donc une “stabilisation”. L’ILM souligne par ailleurs une diminution du taux d’incidence de la ciguatéra ces dix dernières années : un pic de 17,8 cas pour 10.000 habitants avait été recensé en 2016, contre 8 en 2020 et 5,6 2025. Plusieurs pistes d’explication sont avancées : la baisse de l’effort de déclaration, la diminution du phénomène naturel dans l’environnement et une meilleure gestion du risque par la population.
 
D’après les chiffres rapportés, les adultes de 30 à 69 ans sont les plus touchés. Dans 44,8 % des cas, les patients n’en sont pas à leur première intoxication par la ciguatéra. Les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) concernent 39 % des cas, tandis que 53,3 % sont des cas isolés. Tous les archipels sont concernés, à des niveaux variables : les Tuamotu et les Gambier arrivent en tête (26 et 20 cas), suivis des Marquises (18) et de la Société (15), quand les Australes semblent moins impactées (7). Dans le détail, s’agissant de l’île d’origine des espèces consommées, Mangareva dénombre le plus d’intoxications (42), suivie de Tahiti (13) et Rangiroa (10). Les prises sont majoritairement le fruit d’une pêche personnelle ou de don (65 %), mais les achats dans les commerces et marchés (16 %) ou en bord de route (13 %) ne sont pas épargnés, ni les restaurants (6 %).
 
Des apartés spécifiques complètent ce bilan annuel, comme le cas particulier “très peu documenté” d’intoxication pendant la grossesse : il est notamment recommandé d’assurer un suivi médical rapproché de la mère avec mise au repos pour limiter le risque d’accouchement prématuré, de même qu’une suspension de l’allaitement pendant quatre semaines en raison d’une “forte suspicion” de transmission des ciguatoxines aux nourrissons.
 

Lancée l’an dernier, l’étude Diagnocig vise à améliorer le diagnostic de la ciguatéra (Crédit : Diagnocig).

​La science se mobilise


Le Pacifique Sud étant particulièrement concerné, la recherche reste active sur le sujet. L’objectif est notamment d’améliorer le diagnostic de la ciguatéra via l’étude Diagnocig. Lancée en mai 2025, elle est financée par la Délégation à la recherche de la Polynésie française et menée par le laboratoire de recherche sur les biotoxines marines de l’ILM, en partenariat avec l’UMR-241 Secopol. Elle vise à “évaluer la capacité du test CBA-N2a, utilisé en routine pour tester les produits marins, à détecter et quantifier les ciguatoxines dans le sang, les urines et les selles de patients atteints de ciguatéra”.
 
Autre programme impliquant de nombreux scientifiques : le projet MaHeWa, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre de France 2030, se penche sur l’effet des vagues de chaleur marines sur les socio-écosystèmes de trois territoires ultramarins du Pacifique, dont la Polynésie française. À ce titre, le laboratoire de recherche sur les biotoxines marines est chargé d’évaluer le risque environnemental et sanitaire de la ciguatéra, en sachant que la prolifération des algues à l’origine de l’intoxication coïncide avec la dégradation de l’état de santé du récif.
 

Les symptômes de la “gratte”

Après ingestion, les symptômes apparaissent sous 30 minutes à 48 heures, le plus souvent sous 12 heures. Ils peuvent être digestifs (diarrhée, vomissement), neurologiques (picotements et engourdissements, démangeaisons, sensation de brûlure ou décharge électrique au contact du froid, douleurs musculaires, fatigue intense) ou cardiovasculaires (bradycardie, hypotension). La sévérité de la maladie dépend de l’état physique du consommateur, ainsi que de la nature et de la quantité de toxines ingérées (la tête, les viscères et les œufs seraient plus concentrés en toxines que la chair). Il n’y a pas d’immunisation : une même personne peut attraper plusieurs fois la ciguatéra. Par ailleurs, il n’existe pas de traitement curatif : la prise en charge des patients est symptomatique, associée à un régime alimentaire spécifique pour limiter la récurrence des crises.

​Diverses espèces concernées

Une quinzaine d’espèces marines sont impliquées dans les cas recensés en 2025 (Crédit : ILM).
Les poissons et les invertébrés peuvent être contaminés (ta’ero). Les trois espèces les plus impliquées dans les cas déclarés en 2025 sont le mérou ou loche (21), le poisson-perroquet (17) et le bec de cane (10), suivi de près par le vivaneau (9). Un risque qui concerne des espèces très variées à l’échelle de la chaine alimentaire, de la carangue au mulet, en passant par le barracuda, le thon, le ‘uraveva et le bénitier. Difficultés supplémentaires pour se prémunir d’une éventuelle contamination : les ciguatoxines sont inodores et incolores, mais elles sont aussi résistantes à la congélation, à la cuisson, au salage et au fumage. 

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mardi 6 Octobre 2026 à 16:46 | Lu 291 fois