La Polynésie au centre du judo océanien


Tahiti, le 21 avril 2026 - Depuis plusieurs années, le judo océanien est en mutation. À la recherche de la meilleure formule pour faire évoluer ce sport, les instances ont recréé une dynamique sportive et de projets dans laquelle la Fédération polynésienne de judo s’est pleinement impliquée. Première étape : le retour des Oceania, absents depuis huit ans. Et nos judokas ont déjà marqué de leur empreinte ce renouveau en se classant troisième nation avec dix-sept médailles. Une magnifique preuve que le travail réalisé au Fenua porte ses fruits.

Le judo océanien est en perpétuel mouvement. Toujours à la recherche de la meilleure formule pour permettre à ses athlètes de se développer et de progresser, l’Oceania Judo Union n’a cessé, depuis plusieurs années, de trouver sa place afin de faire monter en compétences sa discipline et de la faire exister au niveau mondial. Jusqu’en 2018, les Oceania étaient une compétition autonome réunissant les pays de l’Océanie. Un championnat qui ne permettait pas, à l’époque, de réunir suffisamment de judokas pour s’opposer dans toutes les catégories. Pour remédier à cela et élever le niveau des oppositions, les instances du judo océanien se sont rattachées à l’Asie. Malheureusement, le niveau y était bien trop élevé et les participants ne s’y retrouvaient pas dans leur progression. Une réalité dans les sports d’opposition, où le niveau de l’adversaire doit être égal ou légèrement supérieur pour permettre une progression. Le judo océanien s’est alors tourné vers les championnats panaméricains, qui ont permis de belles compétitions mais qui restaient aussi trop relevés dans certaines catégories d’âge.

Mais chercher ailleurs ce que l’on peut faire chez soi n’est pas toujours la bonne solution. C’est sur ce constat que tous les pays de l’Océanie se sont réunis avec l’envie de développer le judo sur leur territoire. Bien en avance dans ce domaine, la Polynésie s’est logiquement positionnée comme un acteur fort de ce changement. La Fédération polynésienne de judo (FPJ) a ainsi pris part à ce nouveau projet et s’est positionnée comme l’un des leaders du renouveau du judo océanien. “On a voulu prendre une part active à ce développement du judo océanien. On sent une énergie positive qui émane des différents pays pour que notre sport trouve sa place sur l’échiquier mondial. On est encore l’un des continents les moins représentés, mais ce nouveau projet, qui va nous amener à mettre les moyens sur notre propre territoire, est une très belle initiative. Et nous, en tant que pays engagé dans le judo, on a envie aussi de faire partie intégrante de cette aventure. On va recevoir un congrès à Tahiti avant les Jeux, un séminaire de kata et d’autres événements qui vont faire avancer notre sport”, expliquait Franck Bellard, cadre technique de la FPJ. Une fédération déjà bien en avance depuis plusieurs années dans la construction de ses athlètes vers le haut niveau.

Des Oceania nouvelle version réussis

Avec plus de 1 000 licenciés, la FPJ est en perpétuel essor. Et pas uniquement en termes d’effectifs, puisque les résultats suivent. Le travail mis en place par le cadre technique, le président Stéphane Gustin et ses équipes a emmené le judo polynésien vers un niveau jamais atteint. Preuve en sont les médailles ramenées de cette campagne océanienne. Et pourtant, les principaux pourvoyeurs de médailles étaient bien présents : l’Australie, la Nouvelle-Zélande et même la Nouvelle-Calédonie, qui avait l’habitude de mettre à mal nos judokas et judokates sur ce type de rendez-vous.

“L’Australie est devenue une nation émergente du judo océanien depuis peu. L’approche des Jeux olympiques de Brisbane a dynamisé le développement de cette discipline. Ils ont franchi un cap et ils sont difficiles à battre, même dans certaines catégories où nous ne sommes pas loin”, car la politique mise en place par la FPJ pour ses jeunes espoirs est sur la bonne voie. Entre l’intégration au Centre de performance polynésien (CPP) et les fréquents déplacements sur des tournois à l’étranger, la nouvelle génération impressionne. “Quand on part à Melbourne pour les Oceania, je ne sais pas trop à quoi m’attendre en termes de niveau. On sait quand même qu’on va se rapprocher de ce qui nous attend aux Jeux, mais le fait d’être passés devant la Nouvelle-Calédonie pour la première fois a déclenché quelque chose chez nos jeunes. Tout en gardant l’humilité que nous impose notre sport, on est très contents des résultats.”

Troisième nation sur dix, derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande et devant la Nouvelle-Calédonie, nos garçons et nos filles ont fait preuve de caractère et parfois de résilience, des qualités qui permettront à cette génération de grandir et d’acquérir l’expérience nécessaire pour viser encore plus haut. “On a vécu des moments incroyables, individuellement mais surtout en équipe, où l’on travaille cet aspect collectif depuis longtemps. Et quand on se retrouve face à la Nouvelle-Zélande en demi-finale, notre état d’esprit les a mis en difficulté. Même si on perd alors que l’on mène deux combats à zéro, cette expérience nous a permis de gagner la troisième place face à la Nouvelle-Calédonie dans un scénario fou. On mène trois combats à deux et, sur la sixième opposition, si on perd, on doit disputer un combat décisif au tirage au sort. Et à la dernière seconde, Jade Popoff, qui n’a que 14 ans, marque les points qui nous permettent de décrocher le bronze. Jade, qui avait justement perdu dans les derniers moments de son combat chez les seniors pour une médaille. Une expérience qui va leur permettre de gérer ce genre de situation lorsqu’ils y seront confrontés”, confiait avec émotion le technicien.

Une délégation proche de celle des Jeux

Avec 17 médailles, dont trois en or, cinq en argent et neuf en bronze, cette jeune délégation n’est pas loin de ressembler à celle que l’on verra aux Jeux du Pacifique 2027. “Rien n’est encore fait. Nous avions 13 participants sur cette compétition et il y aura 18 places pour les Jeux (9 garçons / 9 filles). Cette année, il reste encore trois compétitions qui font partie du chemin de sélection : les championnats de France cadets, le championnat de France 3e division et l’Oceania Open de Tahiti, qui se déroulera les 13 et 14 juin. Après cela, nous annoncerons environ 80 % de la sélection. Ensuite, nous ne tarderons pas trop pour dévoiler le reste du groupe, car nous voulons vraiment mettre les moyens sur ceux qui participeront aux Jeux du Pacifique.”

Résultats des Oceania

Médailles d’or : Jefferson Yersin (CAD -66 kg) Natimoana Guilloux (CAD +90 kg) Ra'imaru Holozet (JUN +100 kg)  
Médailles d’argent : Jade Popoff (CAD -57 kg) Rahiti Reia (CAD -55 kg) Natimoana Guilloux (JUN +100 kg) Tini Bopp (SEN -63 kg) Lukas Chene (SEN -60 kg)  
Médailles de bronze :  Lukas Chene (CAD -60 kg) Lukas Chene (JUN -60 kg) Jefferson Yersin (JUN -66 kg) Jade Popoff (JUN -57 kg) Haukea Vitielli (JUN -70 kg) Kerian Vasapolli (SEN -73 kg) Toanui Lucas (SEN -81 kg) Jérémy Picard (SEN -100 kg) Équipes mixtes


Rédigé par Manu Rodor le Mardi 21 Avril 2026 à 16:09 | Lu 331 fois