L'art de la vannerie à l'honneur pendant deux semaines


Tahiti, le 23 février 2026 - Top départ. Depuis ce lundi 23 février, les emplettes se font au rythme des fibres et des gestes ancestraux au salon Te Rara’a, hébergé dans le hall de l'assemblée de la Polynésie française à Papeete jusqu'au 8 mars. Pendant deux semaines, ce salon met en lumière l’art du tressage des îles Australes et le savoir-faire unique de ses artisanes et artisans, célébré depuis vingt ans.
 
Trente-cinq exposants sont réunis depuis ce lundi dans le hall de l’assemblée pour le 18e salon Te Rara’a. Bijoux, chapeaux et objets de décoration, fabriqués sur place ou importés, brillent sur les présentoirs. La majorité des exposants a fait le déplacement depuis les Australes.
 
Le thème de cette année, “le tressage d’antan à aujourd’hui”, n’a pas été choisi au hasard. Pour l’association Te Rara’a, présidée par Melia Avae Tavita, le tressage constitue un lien vivant entre passé et présent, transmis par les ancêtres.
 
Selon la présidente, les techniques actuelles diffèrent de celles d’autrefois : “Le travail du tressage d’aujourd’hui n’est pas le même. Les générations sont différentes et la génération actuelle doit prendre le temps de faire comme celle de nos ancêtres”, dit celle qui exposait déjà ses créations il y a vingt ans. Un avertissement pour les plus jeunes qui se lancent dans le tressage. L’an dernier, le thème du taupo’o avait montré l’évolution du chapeau traditionnel, aujourd’hui souvent tressé uniquement autour du crâne, sans le couvrir entièrement – une transformation qu’elle regrette.
 
Entre anciens et nouveaux artisans
 
Certains vanniers participent au salon depuis de nombreuses années, tandis que d’autres font leurs débuts. C’est le cas d’Elena Raurii, la benjamine du groupe. Cette chanteuse et mère de deux enfants a découvert l’art du tressage il y a moins d'un an.
Initiée par sa voisine Cindy Thompson, elle confectionne désormais ses propres bijoux. Malgré un stress de débuter dans un domaine inconnu, elle a su s'adapter. “Je découvre, je n'attends rien, juste des échanges et du partage. Et découvrir ce que les gens voient à travers nos stands”, sourit celle qui se motive en discutant avec les autres artisans pour en apprendre davantage sur le milieu du salon. “Quand je ne pouvais pas être présente, Elena m'a remplacée et quand elle a vu ce que ça pouvait apporter personnellement, elle s'est lancée”, rebondit Cindy Thompson avec fierté. Elle travaille avec son mari depuis quelque temps sous le nom de son entreprise de bijoux Teriihanake. “Je m'amuse tous les jours dans ce travail”, s'enthousiasme-t-elle alors que son mari confectionne les derniers bracelets qui trouveront leur place sur le présentoir.
 
“C’est le seul endroit où nous arrivons vraiment à écouler nos produits”
 
À quelques pas de là, dans le fond du hall, la fédération artisanale Vahine Vaero de Rimatara attire l’attention avec un stand plus vaste que les autres. Sa présidente, Iaera Tamarino Tefaafana, également à la tête du comité artisanal des Australes, souligne l’importance de l’événement : “C’est le seul endroit où nous arrivons vraiment à écouler nos produits”, confie-t-elle, sourire aux lèvres, robe rouge et chapeau tressé qui entoure le crâne.
 
Inscrits avec quatre associations, les membres participent régulièrement au salon. Pour faire face à la concurrence, l’artisan Ishido Kato estime qu’il faut “suivre la tendance des jeunes et innover”, notamment avec des sacs avec petites boucles ornées de roses fabriquées à partir de fibres, destinées à attirer l’attention des clientes.
 
Si le tressage constitue leur activité principale, certains artisans proposent également des sculptures en bois de rose décorées de motifs des Australes. Jacky, par exemple, consacre jusqu’à deux mois à la réalisation d’une pièce, tandis que son apprenti met plusieurs semaines à achever ses créations. Il prévoit de présenter davantage de sculptures lors de la prochaine édition.
 
Le salon séduit déjà les visiteurs. Loana, 28 ans, déambule depuis l'ouverture du salon. Elle examine attentivement un sac qui a retenu son attention et énumère ses trouvailles : “Paniers, boucles d’oreilles et c'est tout”.
 
Durant ces deux semaines, les visiteurs pourront profiter d’un programme riche avec des ateliers, expositions, animations musicales, mais aussi un concours et un défilé. Le concours débute le mardi 24 février, dès 8 ou 9 heures selon les organisateurs, et se déroulera jusqu’à samedi. Il sera également possible de goûter aux plats typiques de Rimatara à l'entrée du hall.

L'arrêté pour protéger la dénomination “tīfaifai” appliqué au salon
 
“C’est la première fois que je montre ma carte, c’est bien pour l’artisanat local”, explique une vendeuse, seule à proposer des tīfaifai sur le salon. Elle présente sa carte d'agrément d'artisan traditionnel de Polynésie française délivrée par le Service de l’artisanat traditionnel, désormais exigée pour garantir l’authenticité des produits. Ses pièces dépassent les 10 000 francs, un prix qui reflète le travail artisanal, alors qu’une imitation coûterait sans doute bien moins cher.
 
Cet arrêté vise à protéger le tīfaifai et, plus largement, le savoir-faire local, en encadrant la vente et en assurant que les pièces commercialisées sont bien réalisées par des artisans reconnus.
 
Cette protection répond à une demande des artisans locaux, qui souhaitent aussi une reconnaissance internationale. Une inscription du tīfaifai au patrimoine immatériel de l’Unesco est également en demande.

Rédigé par Violaine Broquet le Lundi 23 Février 2026 à 16:35 | Lu 225 fois