“Je suis toujours aux aguets” dit la victime à la barre


Tahiti, le 23 juin 2025 - Un homme de 33 ans était jugé ce lundi après-midi en comparution immédiate, mis en cause pour harcèlement. Sa femme, qu’il fréquente depuis 2010 et avec qui il est marié depuis 2017, a porté plainte à plusieurs reprises. Il a été condamné à 18 mois d’emprisonnement dont 6 mois de sursis probatoire.
 
Tout au long du premier semestre de cette année, un homme – il l’a reconnu à la barre ce lundi en comparution immédiate – a suivi, harcelé, bousculé et menacé sa femme. Il l’a appelée, plusieurs fois par jour, s’est rendu chez elle mais aussi sur son lieu de travail. “Je suis toujours aux aguets”, a-t-elle affirmé. Elle a porté plusieurs fois plainte et a demandé une ordonnance de protection qui a été délivrée mais qui n’a pas été respectée. Elle a changé de numéro de téléphone.
 
Lors de l’audience, la présidente du tribunal a repris les faits et lu en partie les plaintes “car c’est important pour que l’on ait l’ambiance”. Elle a égrené le nombre d’appels reçus par la victime. “C’est pénible”, a-t-elle commenté. “Rien qu’à le lire, c’est pénible”, a-t-elle répété. “Alors à vivre… !”
 
Le prévenu a évoqué “des idées noires”. Il a dit vouloir des réponses à ses questions. “C’est juste la séparation que je n’ai pas acceptée”. Sa femme est partie avec ses trois enfants et a demandé le divorce. “Je veux juste plus du tout être en contact avec lui.”
 
“Monsieur, vous ne niez pas les faits, mais vous continuez !”, a résumé la présidente à l’attention du prévenu. “Et on ne voit pas très bien ce qui va vous arrêter.” Une nouvelle fois, elle a listé : les obstacles, la police, les auditions, l’ordonnance du juge aux affaires familiales et même, au tribunal, la menace pénale. “Vous avez réfléchi à tout ça ?”, a interrogé la présidente. “Non, je n’ai pas encore les idées claires”, a répondu le prévenu. “Mais vous n’avez jamais pensé à aller voir un médecin plutôt que d’aller sur le lieu de travail de madame ?” Silence.
 
“Il serait peut-être temps que le futur ex-mari comprenne et qu’il cesse”, a indiqué l’avocate de la victime lors de sa plaidoirie. Elle a demandé 100 000 francs de dommages et intérêts au titre du préjudice moral.
 
La procureure, qui a retenu en partie les faits, sans être “viscéralement convaincue” par la prise de conscience du prévenu, a requis trois mois d’emprisonnement ferme avec maintien en détention. L’avocat du prévenu, quant à lui, a rappelé que le couple était marié. “Certes, personnes n’appartient à personne” mais “mon client fonctionne à l’ancienne”. Madame reste “sa femme”. Et puis, “il n’y a pas eu de violence corporelle”, a-t-il rappelé. La demande de divorce ayant été entamée, “mon client va pouvoir vivre la relation avec plus de détachement”. Il a plaidé pour une peine de sursis probatoire. “On devrait pouvoir sortir par le haut dans ce dossier.”
 
Le prévenu a été condamné à 18 mois d’emprisonnement dont 6 mois de sursis probatoire pendant 2 ans et obligation de soins. Il est maintenu en détention avec interdiction d’approcher la victime, son lieu de vie et son lieu de travail ainsi que les établissements où sont scolarisés les enfants.

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 23 Juin 2025 à 19:31 | Lu 1427 fois