“Intimidations et pressions” à Tureia


Tahiti, le 10 juin 2026 – L’ambiance est plutôt électrique sur le petit atoll de Tureia depuis le dépôt de plusieurs recours demandant l’annulation des dernières élections municipales. Une requérante dénonce avoir été victime d’“intimidations et de pressions” venant de la famille de la maire sortante et du mūto’i de l’île qui nie, alors qu’une plainte le vise. “On saura la vérité. Je veux bien être condamné mais seulement sur la vérité et pas sur le mensonge" se défend-il.  
 
Juste après les élections municipales à Tureia, des recours ont été déposés au tribunal administratif. Et mardi, le couperet est tombé puisque le tribunal administratif a décidé d’annuler les élections considérant qu’un candidat d’une liste concurrente à la maire sortante n’a pas eu accès au bureau de vote en sa qualité d’assesseur titulaire ou suppléant.
 
Une des requérante, Teheatua, se dit satisfaite de cette décision : “Je suis très contente. Il fallait vraiment que justice soit faite.”

“Après les votes (…) il y a eu des pressions et des intimidations”

Elle ajoute qu’après les élections municipales cela n’a pas été de tout repos pour elle à Tureia : elle aurait été victime de “pressions et d’intimidations” de la part des proches de la maire sortante, Tevahine Brander. “Il faut savoir qu'après les votes (…) il y a eu des pressions et des intimidations (…) pour que je retire mon recours”. Elle assure même qu’ils se sont rendus à plusieurs chez elle pour insister : “Quand je leur ai demandé de partir ils ont refusé.” Elle soutient en outre qu’elle ne serait pas la seule à avoir subi de telles pressions, indiquant une de ses colistières à Tematangi, elle aussi victime d’“intimidations et de menaces déguisées par téléphone”. Une plainte a été déposée.
 
Elle déclare même que le mūto’i de l’atoll, Etienne, a dit à sa sœur : “Le sang va couler si la maire sortante a des problèmes”. Un agent de police municipale qui serait, selon elle, allé voir ses parents “avec sa tenue de policier municipal, pour leur demander de venir me voir et me dire que ce n'est pas la peine de faire des recours.”
 
Selon Teheatua, au-delà de recours engagé après les élections municipales, c’est surtout la demande d'audit qui a fâché les proches de la maire sortante. “Il faut que les gens sachent qu’on n’a pas besoin d’être élu pour demander un audit et à Tureia la moitié de la population demande qu’un audit soit fait car il y a beaucoup de favoritisme ici.” Selon elle, la secrétaire de la mairie aurait même posté sur les réseaux sociaux que la tāvana sortante, Tevahine Brander, a embauché ses proches car “sa famille est surdouée”.
 
Actuellement à Tahiti pour des raisons familiales, Teheatua affirme avoir “quelques craintes à retourner à Tureia, pas forcément pour moi mais pour ma petite famille”. Elle ajoute même qu’avec tous ses problèmes “à un moment donné, ça m'a donné envie d’y retourner et de me représenter aux élections (…) pour l'avenir de mon atoll”
 
Elle assure avoir déposé une dizaine de plaintes pour “insultes”, “diffamation” ou encore “intimidation” et affirme être “soutenue” par la moitié des habitants de Tureia.

“Il n’y a eu aucun harcèlement”

Contacté, le policier municipal de Tureia, Etienne, crie au “mensonge”. Il précise que, lors d’une discussion avec sa sœur alors qu’ils parlaient des municipales et de toutes les dissensions autour, “je lui ai dit qu’avec ce qui se passe ici, il peut y avoir de gros ennuis. Si certains vont en prison comment crois-tu que les familles vont réagir car ils ne seront vraiment pas contents”. Il regrette que sa sœur n’ait pas rapporté ses propos avec exactitude. Il assure qu’à aucun moment il n’a suggéré “que le sang coule” à Tureia.
 
Quant aux pressions concernant les parents de Teheatua, Etienne nie également leur existence. Il justifie en précisant que le père de Teheatua et lui sont “frères de lait. On a grandi ensemble”. Il assure ensuite que c’est lui qui l’a appelé et lui a demandé de passer à la maison. “Il m’a dit qu’il faut l’aider à mettre tāvana Brander dehors car on est frères, et voter pour la personne qu’il a choisie. Je lui ai juste répondu que pour ma famille ce n’est pas moi qui décide, ils vont décider eux-mêmes. Je lui ai ensuite dit de dire à notre fille d’arrêter-là car il faut apaiser les choses pour que la paix revienne car les élections sont terminées”.

"Dès que je suis parti Teheatua a fait signer à ses parents une attestation m’accusant d’avoir fait pression sur eux”, explique-t-il aussi. “C’est du n’importe quoi surtout que notre discussion était fraternelle. Il n’y a eu aucun harcèlement surtout que j’ai prêté serment au tribunal.”

Il assure être déçu de son frère : “Je ne m’attendais pas à ce qu’il me fasse cela, dès que j’ai eu le dos tourné il m’a planté un couteau. Je lui ai dit que cette fille cherche des problèmes.”
 
Il encourage même Teheatua à porter cette affaire au tribunal ainsi “on saura la vérité. Je veux bien être condamné mais seulement sur la vérité et pas sur le mensonge”.  
 
Rappelons qu’à Tureia le conseil municipal dispose de onze sièges tandis que l’atoll comptabilise 261 habitants au recensement de 2022.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 10 Juin 2026 à 18:05 | Lu 655 fois