Interdiction du vapotage - Les professionnels prêts à réagir


Tahiti, le 2 septembre 2025 - Vendredi dernier, l'assemblée de la Polynésie française votait l'interdiction pure et simple de l'importation des appareils et produits de vapotage à compter du 1er juillet 2026. Une décision qui a surpris les professionnels du secteur qui dénoncent aujourd'hui un vote “sous le coup de l'émotion”. En effet, ces derniers estiment être les boucs émissaires de problématiques plus larges. Un recours est d'ores et déjà en préparation pour être déposé au Conseil d'État.
 
Le sujet fait couler beaucoup d'encres sur les réseaux. L'interdiction prochaine des appareils et produits de vapotage suscite de vives réactions, tant chez les consommateurs que leurs opposants. Mais quatre jours après le vote du texte de loi et son amendement, c'est au tour des professionnels du secteur de se faire entendre. Réunis à l'occasion d'une conférence de presse ils ne cachaient pas leur étonnement, mardi : “Le vote de cet amendement est une déception”, s'indigne Torea Gille de la société Vape-X. “Cet amendement a été voté sous le coup de l'émotion. (...) Lors des débats, il était question de la jeunesse et de la consommation de drogues, et donc nous avons été pris comme boucs émissaires de la propagation de ces fléaux.” Une maladresse doublée d'une hypocrisie selon l'entrepreneur : “Si on part sur une interdiction du vapotage, partons alors sur une interdiction du tabac. Partons sur une interdiction du sucre, de l'alcool et de tout ce qui va avec. Interdire la vape, c'est choisir derrière le tabac. Si on supprime la vape, le jeune derrière, qu'est-ce qu'il va chercher et trouver ? On le sait tous.”
 
Mais aujourd'hui, ce que les professionnels dénoncent surtout, c'est la manière dont les choses se sont passées. Et pour cause : le texte de loi proposé par le gouvernement lors de la session extraordinaire de vendredi à l'assemblée de la Polynésie française représente le fruit d'un an de travail et de collaboration entre les professionnels et les services de Santé. Un travail balayé d'un revers de main et, de surcroît, “sous le coup de l'émotion” estiment les différents acteurs du secteur.
 
“C'était un texte qui proposait une réelle stratégie en termes de prévention”, assure Roméo Lai Fao, de la société Elix Vape. “Ce texte abordait les contours de la distribution et imposait des licences de distribution au même titre que l'alcool et le tabac. En somme, il proposait un certain nombre de closes dont le but était d'assainir le marché de toutes les dérives que l'on connait aujourd'hui, à savoir la consommation de produits de vapotage par les mineurs. Nous avons longuement travaillé avec les services de la Santé pour pouvoir proposer quelque chose de fiable et de durable dans le temps. C'est pourquoi on regrette que l'assemblée, sous l'impulsion d'une seule élue, ait pu balayer tout ce travail et sortir une interdiction qui vient de nulle part.”
 
Une méconnaissance du sujet au cœur du problème
 
D'autant que les professionnels du secteur insistent : “Aux représentants de l'assemblée, avant de voter, venez nous parler !” Car pour l'ensemble des entrepreneurs concernés, le problème vient aussi et surtout de la méconnaissance des produits visés par cette loi. “Il est hors de question pour nous de faire l'apologie du vapotage”, expliquent ces derniers. “D'ailleurs on ne dit pas que c'est bon pour la santé. C'est également nocif, mais vraiment dans une moindre mesure.” Et les professionnels du secteur rappellent que dans un e-liquide, on retrouve essentiellement de l'arôme, de la glycérine végétale et du propylène glycol, qui sont des composants que l'on retrouve aussi dans les aliments. Quant à la nicotine, sa quantité varie : “Il est vrai que dans une cigarette électronique la nicotine peut être en quantité supérieur à ce qu’on trouve dans le tabac. On peut trouver des doses de 20 mg de nicotine”, concède Torea Gille, de la société Vape-X, avant de préciser : “Si on connait notre métier et nos produits, on sait que ces doses se réduisent. On peut passer du 20 mg à 16 mg, puis à 11 mg, 6 mg, 3 mg et même 0 mg. C'est quelque chose que l'on ne retrouve pas dans le tabac et la cigarette classique, où les composants ne changent pas.”
 
Pour l'heure, les professionnels assurent qu'un recours est en préparation pour faire opposition à cet amendement : “Nous allons faire appel à notre juriste qui est à Paris et qui travaillera en collaboration avec des avocats de la capitale. On souhaite directement viser le Conseil d'État. Néanmoins, pour pouvoir contester [l’amendement], on attend aujourd'hui la parution au Journal officiel de la Polynésie française”, indique le collectif d'entrepreneurs.

Rédigé par Wendy Cowan le Mardi 2 Septembre 2025 à 15:51 | Lu 3257 fois