“Il trainait souvent le soir dans le salon”


Tahiti, le 9 juin 2026 - Le tribunal correctionnel s’est penché, ce mardi, sur une affaire de violences sexuelles sur mineures impliquant un homme mis en cause après les dénonciations de trois jeunes filles, toutes membres du même cercle familial. Le prévenu a été reconnu coupable et condamné à trois ans d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire.

Les premiers faits remontent à novembre 2021. Une des victimes, nièce du prévenu, décrit des attouchements commis dans la partie basse de son corps au domicile familial où logaient quatre familles et dans lequel tous les enfants dormaient dans le salon. La victime affirme que son oncle lui aurait demandé de garder le silence. “Il m’a touchée. Il a vu que je n’étais pas bien. Il a arrêté”, raconte la jeune victime lors de son audition en ajoutant que son oncle aurait glissé sa main sous son short. Selon son récit, elle n’avait pas immédiatement signalé les faits à la gendarmerie. Le psychiatre qui a vu la jeune fille, âgée de 13 ans en 2022, l’a observée avec une “souffrance psychologique importante : mal-être profond, tristesse persistante et épisodes de scarification”.

L’expertise ne retient aucun élément laissant penser à une affabulation et évoque des symptômes compatibles avec des violences sexuelles. Elle rapporte aussi que le prévenu lui aurait demandé de ne rien dire à la famille.  

Une deuxième jeune fille relate, lors de son audition, des faits survenus en janvier 2022. Elle évoque des attouchements aux fesses alors qu’elle dormait. Sœur de la première victime, elle affirme s’être réveillée en sentant une main se retirer de son postérieur et rapporte que le prévenu lui aurait tenu des propos déplacés. Elle dit garder aujourd’hui encore un profond malaise.

La troisième victime, mineure au moment des faits, évoque une histoire similaire aux deux autres et une ambiance familiale dégradée. L’expertise psychologique relève chez elle de la honte, une déception d’être méprisée et un vécu de transgression dans le cadre familial élargi. Les symptômes sont également compatibles avec des faits d’agressions sexuelles. C’est cette victime, la dernière pièce du puzzle. Puisque le jour de son agression, elle a immédiatement dénoncé les faits ; un membre de la famille a appelé les forces de l’ordre qui sont intervenues dans la foulée. Depuis, le prévenu nie l’ensemble de ces faits.  

Un témoignage familial évoque par ailleurs un climat de violences au sein du foyer. Interrogée, la fille répond à la question : “Est-ce qu’il tape sa femme ?” Par “Oui, tous les jours ils se disputent. Il lui donne des claques et des coups de poing”. Des faits sur lesquels sa femme du prévenu ne s’étend pas lors son audition, bien qu’elle précise, concernant les faits d’agression sexuelle pour lesquels son mari est poursuivi : “Il traînait souvent le soir dans le salon. Je n’ai pas été surprise.” Les victimes étaient réticentes pour se présenter au procès. Leur avocate confie qu’elles ont renoncé car c’était trop dur pour elles.

​“C’est un fantasme de pervers”


À la barre, l’avocate des parties civiles a exprimé sa déception face à l’absence de reconnaissance des faits : “J’espérais pouvoir dire à mes clientes qu’il a reconnu les faits”. Le prévenu conteste l’ensemble des faits, qu’il attribue à des accusations “par jalousie”. La défense, elle, demande de replacer le dossier dans le contexte personnel du prévenu, décrit comme “pas quelqu’un de méchant”, évoquant une vie compliquée et un environnement familial tendu.  

Dans ses réquisitions, le ministère public a décrit des faits systématiquement niés et justifiés par des mises en scène répétées. La magistrate a insisté sur la réalité des traumatismes subis par les trois jeunes filles. “C’est préférable qu’elles ne soient pas là. Il les traite de menteuses, mieux vaut qu’elles ne soient pas présentes”, a-t-elle relevé, dénonçant le “déni intégral” du prévenu : “Ce qu’il a fait c’est un fantasme de pervers masculin adulte. Il n’y a que dans des esprits dérangés que l’on entend cela.”  

Le parquet a requis une peine de quatre ans d’emprisonnement, dont un an assorti d’un sursis probatoire de trois ans. Le tribunal a finalement condamné le prévenu à trois ans d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire de deux ans, avec interdiction d’entrer en contact avec les victimes et inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Il devra également verser 500 000 francs à chacune des victimes.

Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 9 Juin 2026 à 18:21 | Lu 2929 fois