“Il faut une réaction politique forte, immédiate”


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Tahiti, le 23 juin 2026 - Chercheurs et scientifiques se sont réunis ce mardi matin pour échanger sur un des enjeux majeurs actuels : que faire face au changement climatique. Il s’agit de “mieux prévoir, mieux planifier, et surtout mieux nous organiser pour agir ensemble” face au changement climatique, mais “les plans, les stratégies, c'est bien beau, mais s'il n'y a personne pour les animer, ça reste des listes d'actions”, déplore-t-on.
 
Les assises régionales de clôture du programme Climat du Pacifique, savoirs locaux et stratégies d’adaptation (Clipssa) ont eu lieu ce mardi à la présidence. Scientifiques, chercheurs et agriculteurs, avec le soutien de l’Institut de recherche et de développement (IRD), Météo-France et l'Agence française pour le développement (AFD) ont travaillé en coconstruction pendant cinq ans avec comme objectif : faire face au changement climatique. “Cette mobilisation répond à un enjeu majeur”, explique la représentante de l’IRD en Polynésie, Mélanie Roue.
 
Effectivement, certains pays du Pacifique sont déjà fortement touchés par le changement climatique. Les fortes pluies ou fortes chaleurs impactent déjà l’agriculture, les ressources en eau ou encore la vie des habitants. “Face à ces défis, comprendre pour anticiper n'est plus seulement une ambition scientifique. C'est une nécessité pour les territoires, les décideurs publics et les populations”, ajoute Mélanie Roue.
 
L’activiste écologique Jason Man était présent au démarrage de Clipssa et considère que les données obtenues sont “essentielles pour savoir à quel point le changement climatique va impacter nos vies. Par contre, ces données-là doivent absolument impliquer des actes politiques”.
 
Il soutient qu’il y a cinq ans, “on avait assez de données pour enclencher des choses très ambitieuses et j'étais inquiet qu'on se rabatte beaucoup plus sur la recherche et pas assez sur les actions et c'est plus ou moins ce qui s’est passé”. Pour lui, il n’y a pas de secret, avec toutes ces nouvelles données, “il faut une réaction politique forte, immédiate”. Il pointe du doigt le fait que “politiquement parlant, le plan climat n'a pas encore de grosse ligne budgétaire, donc les actions n'ont pas pu commencer de manière ambitieuse et suffisante par rapport à l'ampleur de la menace”.
 
Faire évoluer les institutions
 
François Fao, ancien chargé du programme Clipssa à Wallis-et-Futuna, rappelle qu’en 2017, dans le cadre du projet Intègre, ils avaient travaillé sur la réduction d'une stratégie d'adaptation au changement climatique. “Comme beaucoup de stratégies, faute de portage, elle est restée en sommeil pendant dix ans, Clipssa a été l'occasion de la remettre sur la table, de l'actualiser, de l'enrichir avec des données territorialisées et surtout de la traduire en plan d'action opérationnel qui est aujourd'hui en cours de finalisation à l'horizon de 2030.”
 
Il explique que Wallis-et-Futuna ne dispose malheureusement pas des ressources humaines” suffisantes pour mettre en œuvre les actions sur le long terme. Il souligne la nécessité de faire évoluer d’abord les institutions avant de transformer les territoires et précise que “l’adaptation s’impose donc comme une nécessité plutôt que comme un choix (…). La leçon que l'on a retenue de tout ça, c'est que les plans, les stratégies, c'est bien beau, mais s'il n'y a personne pour les animer, ça reste des listes d'actions”.
 
L'enjeu est désormais de poursuivre les coopérations engagées et de transformer les résultats obtenus en actions concrètes au bénéfice des populations du Pacifique”, insiste Mélanie Roue.
 
Jason Man précise de son côté que beaucoup de pays du Pacifique savent que “la lutte contre le changement climatique ne peut pas reposer uniquement sur les actions locales”. Il donne l’exemple de nos voisins anglophones qui utilisent la scène internationale pour se faire entendre et “demandent aux grands pays émetteurs de réduire leurs émissions et de prendre leurs responsabilités”.
 
Il regrette que l’on soit encore “trop peu engagé dans ce plaidoyer international, alors même qu’on se fait voler nos capacités à vivre dans nos îles comme on veut. C'est extrêmement grave et on doit aller leur dire d'arrêter leurs conneries. Et le plaidoyer, c'est de développer des outils pour les contraindre à le faire devant des instances juridiques internationales.” Il regrette que le gouvernement Brotherson ne fasse rien dans ce sens.

Françoise Henry, agricultrice bio : “L'arbre pas assez au centre des préoccupations des politiques publiques”

“Le message que je voudrais délivrer, c'est l'importance de passer vers de l'agriculture biologique si on veut lutter contre le réchauffement climatique et l'effondrement des biodiversités. (…) En agriculture bio, on met en place des agrosystèmes extrêmement verts et résilients, car on va se servir de plantes et d'arbres qui vont nous aider à fertiliser nos terres, plutôt que de désherber et d'être dépendants des énergies fossiles sur notre fertilisation.
 
L'arbre est au centre de nos préoccupations et pas assez au centre des préoccupations des politiques publiques. On continue à désertifier les centres urbains sous prétexte que ça coûte cher d'entretenir un arbre (…). J'ai envie de dire que, quelque part, la climatisation a un coût aussi. Le fait de mettre des arbres peut aussi nous aider à faire des économies sur ce coût. Il faut toujours garder cette idée d'avoir au centre de nos préoccupations les arbres, surtout de ne pas transformer nos villes en déserts urbains macadamisés.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 23 Juin 2026 à 18:21 | Lu 208 fois