Tahiti, le 29 juin 2026 – Trois jours après le rejet inédit des reports de crédits de paiement à Tarahoi, Antony Géros assume pleinement le vote des élus Tavini. Sans reprendre les arguments fiscaux du Tapura ou de A Here ia Porinetia, le président de l'assemblée explique avoir voulu “secouer le cocotier” afin de rompre avec une pratique budgétaire qui, selon lui, conduit les gouvernements successifs à immobiliser des milliards de francs sur des projets que l'administration n'a pas les moyens de réaliser.
“Il faut marquer la rupture.” Vendredi, les élus Tavini ont uni leurs voix à celles du Tapura et de A Here ia Porinetia pour rejeter les délibérations autorisant le report de 42 milliards de crédits de paiement sur l'exercice 2026. Mais les motivations ne sont pas les mêmes.
“Je me démarque complètement des raisons de mes collègues”, assure Antony Géros. Là où A Here ia Porinetia réclame une baisse de la pression fiscale au regard des réserves accumulées, et où le Tapura dénonce avant tout un gouvernement qui multiplie les annonces sans parvenir à concrétiser les investissements, l'élu Tavini revendique une autre démarche : provoquer un électrochoc pour obliger l'exécutif à rompre avec une méthode qu'il juge devenue contre-productive : “Aujourd'hui, il faut arrêter de faire la surenchère. On prélève ce qu'on peut réaliser. On ne prélève pas tout ce qu'on peut prélever sans pouvoir le réaliser après.”
Ancien ministre des Finances, Antony Géros souligne que cette accumulation de crédits de paiement ne date pas du seul gouvernement Brotherson mais des gouvernements successifs. Raison de plus, estime-t-il, pour que le Tavini rompe avec ces méthodes plutôt que de les reproduire.
Revoir la voilure
Pour le président de l'assemblée, le problème dépasse la seule question budgétaire. Les services du Pays n'ont plus les moyens humains d'absorber tous les projets inscrits au budget. “Quand on dit demain, on fait une piste. Les gens veulent que la piste soit construite après-demain, pas dans quinze ou vingt ans”, résume-t-il. À ses yeux, le gouvernement doit désormais “toiletter” les crédits de paiement, comme les autorisations de programme l'avaient été par le passé, afin de concentrer les moyens sur les opérations réellement réalisables.
Cette logique vaut aussi, selon lui, pour le troisième collectif budgétaire, retiré lundi avant même son examen programmé le lendemain en commission de l'Économie. Il s'étonne d'y voir apparaître de nouveaux projets alors que l'assemblée venait précisément de refuser le report de près de 42 milliards de francs de crédits de paiement accumulés au fil des exercices. “On recharge la mule avec de nouveaux projets”, résume-t-il, estimant qu'il faut d'abord faire le tri dans les opérations anciennes avant d'en lancer de nouvelles.
Deux lectures, deux stratégies
Le gouvernement défend une lecture inverse. Pour Moetai Brotherson, le texte rejeté vendredi n'était qu'un “acte technique” destiné à reporter des crédits déjà votés. Le véritable débat politique devait intervenir avec le troisième collectif. “Sans ces reports de crédits, le collectif 3 n'a plus de sens”, fait valoir le président du Pays. À Tarahoi, Heinui Le Caill espère désormais que le gouvernement reviendra avec un texte fusionnant les deux collectifs.
Le fossé est tout aussi net, dans le récit que chacun fait de cette crise. Les deux hommes n'en racontent manifestement pas la même histoire. Après avoir affirmé que le vote pourrait compromettre l'organisation des Jeux du Pacifique, Moetai Brotherson va jusqu'à estimer qu'“on va peut-être devoir fermer des aéroports” faute de crédits disponibles. Antony Géros, lui, balaie ce qu'il considère comme un scénario catastrophe et ramène le débat au fond du problème : des crédits immobilisés sur des projets qui ne voient jamais le jour.
Une différence de taille demeure toutefois entre les oppositions au gouvernement. Si le Tapura et A Here ia Porinetia voient dans la crise actuelle un moyen de provoquer un retour anticipé devant les électeurs, le Tavini historique continue de privilégier un changement de président plutôt qu'un changement d'assemblée. Une stratégie qui se heurte toutefois au calendrier : à mesure que l'on se rapproche de 2028, l'hypothèse d'une dissolution permettant encore l'organisation de nouvelles territoriales s'éloigne. Moetai Brotherson, lui, n'entend toujours pas emprunter cette voie. “Les Polynésiens ont juste envie d'un pays qui fonctionne, ils n'ont pas envie de retourner aux urnes”, assure-t-il.
“Il faut marquer la rupture.” Vendredi, les élus Tavini ont uni leurs voix à celles du Tapura et de A Here ia Porinetia pour rejeter les délibérations autorisant le report de 42 milliards de crédits de paiement sur l'exercice 2026. Mais les motivations ne sont pas les mêmes.
“Je me démarque complètement des raisons de mes collègues”, assure Antony Géros. Là où A Here ia Porinetia réclame une baisse de la pression fiscale au regard des réserves accumulées, et où le Tapura dénonce avant tout un gouvernement qui multiplie les annonces sans parvenir à concrétiser les investissements, l'élu Tavini revendique une autre démarche : provoquer un électrochoc pour obliger l'exécutif à rompre avec une méthode qu'il juge devenue contre-productive : “Aujourd'hui, il faut arrêter de faire la surenchère. On prélève ce qu'on peut réaliser. On ne prélève pas tout ce qu'on peut prélever sans pouvoir le réaliser après.”
Ancien ministre des Finances, Antony Géros souligne que cette accumulation de crédits de paiement ne date pas du seul gouvernement Brotherson mais des gouvernements successifs. Raison de plus, estime-t-il, pour que le Tavini rompe avec ces méthodes plutôt que de les reproduire.
Revoir la voilure
Pour le président de l'assemblée, le problème dépasse la seule question budgétaire. Les services du Pays n'ont plus les moyens humains d'absorber tous les projets inscrits au budget. “Quand on dit demain, on fait une piste. Les gens veulent que la piste soit construite après-demain, pas dans quinze ou vingt ans”, résume-t-il. À ses yeux, le gouvernement doit désormais “toiletter” les crédits de paiement, comme les autorisations de programme l'avaient été par le passé, afin de concentrer les moyens sur les opérations réellement réalisables.
Cette logique vaut aussi, selon lui, pour le troisième collectif budgétaire, retiré lundi avant même son examen programmé le lendemain en commission de l'Économie. Il s'étonne d'y voir apparaître de nouveaux projets alors que l'assemblée venait précisément de refuser le report de près de 42 milliards de francs de crédits de paiement accumulés au fil des exercices. “On recharge la mule avec de nouveaux projets”, résume-t-il, estimant qu'il faut d'abord faire le tri dans les opérations anciennes avant d'en lancer de nouvelles.
Deux lectures, deux stratégies
Le gouvernement défend une lecture inverse. Pour Moetai Brotherson, le texte rejeté vendredi n'était qu'un “acte technique” destiné à reporter des crédits déjà votés. Le véritable débat politique devait intervenir avec le troisième collectif. “Sans ces reports de crédits, le collectif 3 n'a plus de sens”, fait valoir le président du Pays. À Tarahoi, Heinui Le Caill espère désormais que le gouvernement reviendra avec un texte fusionnant les deux collectifs.
Le fossé est tout aussi net, dans le récit que chacun fait de cette crise. Les deux hommes n'en racontent manifestement pas la même histoire. Après avoir affirmé que le vote pourrait compromettre l'organisation des Jeux du Pacifique, Moetai Brotherson va jusqu'à estimer qu'“on va peut-être devoir fermer des aéroports” faute de crédits disponibles. Antony Géros, lui, balaie ce qu'il considère comme un scénario catastrophe et ramène le débat au fond du problème : des crédits immobilisés sur des projets qui ne voient jamais le jour.
Une différence de taille demeure toutefois entre les oppositions au gouvernement. Si le Tapura et A Here ia Porinetia voient dans la crise actuelle un moyen de provoquer un retour anticipé devant les électeurs, le Tavini historique continue de privilégier un changement de président plutôt qu'un changement d'assemblée. Une stratégie qui se heurte toutefois au calendrier : à mesure que l'on se rapproche de 2028, l'hypothèse d'une dissolution permettant encore l'organisation de nouvelles territoriales s'éloigne. Moetai Brotherson, lui, n'entend toujours pas emprunter cette voie. “Les Polynésiens ont juste envie d'un pays qui fonctionne, ils n'ont pas envie de retourner aux urnes”, assure-t-il.