Tahiti, le 16 juillet 2025 – Après avoir déposé une gerbe devant le monument aux morts de Papeete, le ministre délégué aux Outre-mer, Manuel Valls, a été reçu à la présidence par Moetai Brotherson. Il s'est ensuite rendu à Tarahoi accompagné du haut-commissaire Éric Spitz pour s'entretenir avec le président de l'assemblée, Antony Géros, rejoint par Oscar Temaru qui revenait du cortège du Tavini. Si le ministre d'État et le président du Pays ne se sont pas exprimés après leur entretien, celui de l'assemblée a évoqué un échange constructif avec Manuel Valls sur le sujet de la décolonisation. Interview.
De quoi avez-vous parlé avec le ministre ?
“Ça, c'est une grande question ! On a parlé de refaire le monde ensemble, notamment en évoquant la décolonisation de la Polynésie, le fait nucléaire et l'espace Indo-Pacifique. Des sujets très intéressants pour lesquels il a donné des pistes de réponse.”
Et quelles sont ces pistes et la position de la France surtout ?
“La position de la France reste inchangée par rapport à la décolonisation, mais quand même, avec l'expérience qu'il a des Outre-mer, il pense qu'il est peut-être temps de revoir la manière d'appréhender le sujet au niveau de la République, au niveau de la France. Donc, dans les jours ou dans les mois qui viennent, ils vont peut-être revenir sur leur positionnement pour trouver une piste qui permettrait de donner satisfaction à toutes ces revendications naissantes dans les Outre-mer et, bien entendu, ici en Polynésie.”
Il va y avoir un cycle de changement constitutionnel pour appliquer l'accord de Bougival sur la Calédonie. Est-ce à ce moment-là qu'il pourrait y avoir un changement de relation plus global entre la France et ses Outre-mer ?
“Non, on n'a pas du tout parlé de ça. La Calédonie, c'est un sujet qui l'inquiète, c'est tout ce qu'il nous a dit. Sans plus.”
Concernant la décolonisation de la Polynésie, est-ce que c'est vraiment le ministre qui décide ?
“Non, ce n'est jamais le ministre qui décide. Il y a un président de la République, toute une équipe autour et je pense que la décision va être consensuelle. Elle ne peut pas être uniforme et rattachée à une seule personne, ce n'est pas possible.”
Avez-vous évoqué les recours que vous avez déposés contre l'État et est-ce que vous les maintenez ?
“On les maintient. On n'a pas évoqué le sujet. Il connaît mais par contre, il commence à se rendre compte que dans les Outre-mer, la posture de l'État trouve une autre manière de s'affirmer plutôt que celle de s'opposer à chaque fois à des revendications comme celle que la Polynésie a proposée à l'État français.”
Un petit mot sur les deux sit-in que vous avez organisés aujourd'hui. Il y avait un peu moins de 200 personnes, êtes-vous content de ce résultat et avez-vous parlé avec Manuel Valls de cet “accueil” ?
“On n'en a pas parlé, mais il s'en est rendu compte de lui-même. Ce sont deux sit-in que nous avons voulu unifier puisque dans le protocole de départ normalement, Manuel Valls devait rencontrer Oscar Temaru sur place. Mais compte tenu du fait qu'Oscar a quand même marché depuis Paofai jusqu'à Tarahoi, je lui ai dit de venir ici le rencontrer dans mon bureau parce qu'il s'est déjà affaibli un peu dans la marche. Donc, ça s'est fait ici et ils ont beaucoup parlé de football, de Barcelone, etc.”
De quoi avez-vous parlé avec le ministre ?
“Ça, c'est une grande question ! On a parlé de refaire le monde ensemble, notamment en évoquant la décolonisation de la Polynésie, le fait nucléaire et l'espace Indo-Pacifique. Des sujets très intéressants pour lesquels il a donné des pistes de réponse.”
Et quelles sont ces pistes et la position de la France surtout ?
“La position de la France reste inchangée par rapport à la décolonisation, mais quand même, avec l'expérience qu'il a des Outre-mer, il pense qu'il est peut-être temps de revoir la manière d'appréhender le sujet au niveau de la République, au niveau de la France. Donc, dans les jours ou dans les mois qui viennent, ils vont peut-être revenir sur leur positionnement pour trouver une piste qui permettrait de donner satisfaction à toutes ces revendications naissantes dans les Outre-mer et, bien entendu, ici en Polynésie.”
Il va y avoir un cycle de changement constitutionnel pour appliquer l'accord de Bougival sur la Calédonie. Est-ce à ce moment-là qu'il pourrait y avoir un changement de relation plus global entre la France et ses Outre-mer ?
“Non, on n'a pas du tout parlé de ça. La Calédonie, c'est un sujet qui l'inquiète, c'est tout ce qu'il nous a dit. Sans plus.”
Concernant la décolonisation de la Polynésie, est-ce que c'est vraiment le ministre qui décide ?
“Non, ce n'est jamais le ministre qui décide. Il y a un président de la République, toute une équipe autour et je pense que la décision va être consensuelle. Elle ne peut pas être uniforme et rattachée à une seule personne, ce n'est pas possible.”
Avez-vous évoqué les recours que vous avez déposés contre l'État et est-ce que vous les maintenez ?
“On les maintient. On n'a pas évoqué le sujet. Il connaît mais par contre, il commence à se rendre compte que dans les Outre-mer, la posture de l'État trouve une autre manière de s'affirmer plutôt que celle de s'opposer à chaque fois à des revendications comme celle que la Polynésie a proposée à l'État français.”
Un petit mot sur les deux sit-in que vous avez organisés aujourd'hui. Il y avait un peu moins de 200 personnes, êtes-vous content de ce résultat et avez-vous parlé avec Manuel Valls de cet “accueil” ?
“On n'en a pas parlé, mais il s'en est rendu compte de lui-même. Ce sont deux sit-in que nous avons voulu unifier puisque dans le protocole de départ normalement, Manuel Valls devait rencontrer Oscar Temaru sur place. Mais compte tenu du fait qu'Oscar a quand même marché depuis Paofai jusqu'à Tarahoi, je lui ai dit de venir ici le rencontrer dans mon bureau parce qu'il s'est déjà affaibli un peu dans la marche. Donc, ça s'est fait ici et ils ont beaucoup parlé de football, de Barcelone, etc.”
Football et Barcelone au menu des discussions entre Temaru et Valls
En dehors des sujets de football et de décolonisation, avez-vous abordé d'autres dossiers politiques en tant que président de l'assemblée ?
“Alors, on s'est quand même partagé les sujets avec le président du Pays qui a évoqué tous les sujets du quotidien et il va continuer pendant la semaine avec le ministre. Mais nous, on est restés sur des questions essentiellement politiques, et de politique de fond comme la décolonisation, le fait nucléaire, la nécessité d'aider à ce que cette loi Morin puisse être remodifiée en profondeur à l'avantage de ceux qui appellent de leur voix une indemnisation acceptable. Et ensuite, on a surtout parlé de l'espace Indo-Pacifique. Là, on est dans un domaine inconnu de tout le monde. On sait à quoi il faut s'attendre, mais on ne sait pas encore quand ça va démarrer et sous quelle forme. Donc il y a des enjeux stratégiques qui échappent à la Polynésie et qui touchent à la géopolitique locale et même régionale. Et puis des enjeux plus intéressants pour la Polynésie dans l'espace Indo-Pacifique qui touchent à l'économie. Là également, Manul Valls, qui connaît bien les Outre-mer, nous a informés qu'à chaque fois que l'État va pouvoir dénouer des points de blocage, ils sont à l'écoute et prêts à apporter leur soutien de manière à ce que l'économie puisse vraiment tourner comme le souhaitent les Polynésiens.”
Il a été Premier ministre il y a quelques années, comment pourrait-il y arriver aujourd'hui en tant que ministre des Outre-mer ?
“Je ne peux pas répondre à sa place mais je sais que c'est un ministre très déterminé parce qu'il a eu des réponses très courtes, mais dans le dialogue qu'on a eu, j'ai bien compris que c'est quelqu'un de très engagé dans ce qu'il dit. C'est pour ça peut-être qu'il parle très peu. Mais dans tout ce qu'il dit, on sait qu'il va s'engager à faire quelque chose. D'ailleurs, il s'est engagé dans ce qu'il pensait être bien de faire au niveau du nouvel accord avec la Nouvelle-Calédonie, même s'il semble que ça part en déroute. Maintenant, l'avenir nous dira si ça va marcher ou pas.”
Pour vous, cette rencontre a -t-elle été constructive ou juste protocolaire et n'a finalement pas servi à grand-chose ?
“Les deux. D'abord protocolaire parce que c'est la République qui le veut. À chaque fois qu'un ministre passe, il faut que les institutions le rencontrent. Et ensuite, très constructive parce qu'il a été à l'écoute de ce que nous avons dit. L'écho a été porté pas par n'importe qui, mais par Oscar Temaru qui était présent et donc il a bien intégré tous les points essentiels et comme il dit, il va d'abord essayer pendant toute cette semaine de travailler sur les problèmes quotidiens des Polynésiens avec le président du Pays, mais tout en continuant à approfondir sa réflexion sur les questionnements qu'on lui a posés ce matin.”
Sur le nucléaire, avez-vous l'impression qu'il a un regard neuf, peut-être avec le rapport de la commission d'enquête qu'on lui a remis il y a moins d'une semaine ?
“Non, absolument pas. Manuel Valls, c'est comme le président de la République. Ils font partie de cette nouvelle génération qui n'a pas vécu les essais nucléaires. Donc ils ont un regard totalement détaché de l'affect, et plutôt pragmatique sur la réalité et la nécessité à apporter des réponses qui soient acceptées et acceptables par les Polynésiens. Et c'est pour ça qu'il nous a affirmé d'un soutien total à la modification de la loi Morin, dans le sens demandé, et puis un certain nombre de préconisations à propos desquelles il est tout à fait ouvert.”
S'il devait y avoir un point qui vous permettrait de considérer le séjour de Manuel Valls comme une réussite au terme de ces sept jours, ce serait quoi ? Attendez-vous quelque chose de particulier ?
“Non pas nécessairement puisque que tout a été dit ce matin et pour nous, on sait que l'État continue à camper sur ses positions, donc bien entendu, nous, on ne peut pas faire autrement que de camper aussi sur nos positions, et puis on va essayer d'avancer. Par contre, la petite fenêtre d'espoir qu'il a ouverte, c'est de dire que l'idée fait son chemin dans la réflexion des sujets qu'on a abordés. Il ne s'est pas empêché de nous dire qu'il faut effectivement que l'État commence à revoir sa posture.”
Et quand le ministre dit qu'en Nouvelle-Calédonie, ça avance parce qu'il n'y a pas la même histoire qu'en Polynésie, est-ce que de votre côté, ça vous fait penser que finalement, les émeutes ont été plus efficaces que la voie pacifique que vous avez choisie ?
“Non, absolument pas. Si vous connaissez bien l'histoire du Tavini Huiraatira, le choix a été fait en 1977 quand le Tavini a été créé. Le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste, NDLR) a décidé en 1977 de sortir des institutions pour accéder à sa souveraineté et mon président (Oscar Temaru, NDLR) a décidé de rentrer dans les institutions pour accéder à notre souveraineté. Donc le choix de la démarche était différent au départ, et les événements et les émeutes de Gossanah les a rattrapés et c'est à partir de là qu'ils ont signé les accords, qu'ils sont revenus dans les institutions et ils continuent à cheminer.”
“Alors, on s'est quand même partagé les sujets avec le président du Pays qui a évoqué tous les sujets du quotidien et il va continuer pendant la semaine avec le ministre. Mais nous, on est restés sur des questions essentiellement politiques, et de politique de fond comme la décolonisation, le fait nucléaire, la nécessité d'aider à ce que cette loi Morin puisse être remodifiée en profondeur à l'avantage de ceux qui appellent de leur voix une indemnisation acceptable. Et ensuite, on a surtout parlé de l'espace Indo-Pacifique. Là, on est dans un domaine inconnu de tout le monde. On sait à quoi il faut s'attendre, mais on ne sait pas encore quand ça va démarrer et sous quelle forme. Donc il y a des enjeux stratégiques qui échappent à la Polynésie et qui touchent à la géopolitique locale et même régionale. Et puis des enjeux plus intéressants pour la Polynésie dans l'espace Indo-Pacifique qui touchent à l'économie. Là également, Manul Valls, qui connaît bien les Outre-mer, nous a informés qu'à chaque fois que l'État va pouvoir dénouer des points de blocage, ils sont à l'écoute et prêts à apporter leur soutien de manière à ce que l'économie puisse vraiment tourner comme le souhaitent les Polynésiens.”
Il a été Premier ministre il y a quelques années, comment pourrait-il y arriver aujourd'hui en tant que ministre des Outre-mer ?
“Je ne peux pas répondre à sa place mais je sais que c'est un ministre très déterminé parce qu'il a eu des réponses très courtes, mais dans le dialogue qu'on a eu, j'ai bien compris que c'est quelqu'un de très engagé dans ce qu'il dit. C'est pour ça peut-être qu'il parle très peu. Mais dans tout ce qu'il dit, on sait qu'il va s'engager à faire quelque chose. D'ailleurs, il s'est engagé dans ce qu'il pensait être bien de faire au niveau du nouvel accord avec la Nouvelle-Calédonie, même s'il semble que ça part en déroute. Maintenant, l'avenir nous dira si ça va marcher ou pas.”
Pour vous, cette rencontre a -t-elle été constructive ou juste protocolaire et n'a finalement pas servi à grand-chose ?
“Les deux. D'abord protocolaire parce que c'est la République qui le veut. À chaque fois qu'un ministre passe, il faut que les institutions le rencontrent. Et ensuite, très constructive parce qu'il a été à l'écoute de ce que nous avons dit. L'écho a été porté pas par n'importe qui, mais par Oscar Temaru qui était présent et donc il a bien intégré tous les points essentiels et comme il dit, il va d'abord essayer pendant toute cette semaine de travailler sur les problèmes quotidiens des Polynésiens avec le président du Pays, mais tout en continuant à approfondir sa réflexion sur les questionnements qu'on lui a posés ce matin.”
Sur le nucléaire, avez-vous l'impression qu'il a un regard neuf, peut-être avec le rapport de la commission d'enquête qu'on lui a remis il y a moins d'une semaine ?
“Non, absolument pas. Manuel Valls, c'est comme le président de la République. Ils font partie de cette nouvelle génération qui n'a pas vécu les essais nucléaires. Donc ils ont un regard totalement détaché de l'affect, et plutôt pragmatique sur la réalité et la nécessité à apporter des réponses qui soient acceptées et acceptables par les Polynésiens. Et c'est pour ça qu'il nous a affirmé d'un soutien total à la modification de la loi Morin, dans le sens demandé, et puis un certain nombre de préconisations à propos desquelles il est tout à fait ouvert.”
S'il devait y avoir un point qui vous permettrait de considérer le séjour de Manuel Valls comme une réussite au terme de ces sept jours, ce serait quoi ? Attendez-vous quelque chose de particulier ?
“Non pas nécessairement puisque que tout a été dit ce matin et pour nous, on sait que l'État continue à camper sur ses positions, donc bien entendu, nous, on ne peut pas faire autrement que de camper aussi sur nos positions, et puis on va essayer d'avancer. Par contre, la petite fenêtre d'espoir qu'il a ouverte, c'est de dire que l'idée fait son chemin dans la réflexion des sujets qu'on a abordés. Il ne s'est pas empêché de nous dire qu'il faut effectivement que l'État commence à revoir sa posture.”
Et quand le ministre dit qu'en Nouvelle-Calédonie, ça avance parce qu'il n'y a pas la même histoire qu'en Polynésie, est-ce que de votre côté, ça vous fait penser que finalement, les émeutes ont été plus efficaces que la voie pacifique que vous avez choisie ?
“Non, absolument pas. Si vous connaissez bien l'histoire du Tavini Huiraatira, le choix a été fait en 1977 quand le Tavini a été créé. Le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste, NDLR) a décidé en 1977 de sortir des institutions pour accéder à sa souveraineté et mon président (Oscar Temaru, NDLR) a décidé de rentrer dans les institutions pour accéder à notre souveraineté. Donc le choix de la démarche était différent au départ, et les événements et les émeutes de Gossanah les a rattrapés et c'est à partir de là qu'ils ont signé les accords, qu'ils sont revenus dans les institutions et ils continuent à cheminer.”