Édito - ​Victimes du nucléaire, l'espoir grandit !


De 1966 à 1996, la France a mené 193 essais nucélaires, jetant sur les îles de Polynésie française le dommage collatéral d’une souffrance invisible. Si la France dispose aujourd’hui de l’arme et de l’énergie nucléaire, ce drame longtemps occulté, écrasé sous le poids d’un silence complice et d’un déni d’État, a duré des décennies. Et les promesses de la loi d’indemnisation Morin de 2010 ont été vaines, malgré deux bricolages depuis.
 
Le 29 janvier dernier, l’Assemblée nationale a, dans un élan inédit, voté à l’unanimité une proposition de loi visant à “reconnaître les victimes de l’exposition aux essais nucléaires français et à améliorer leur indemnisation”. Cette avancée est le fruit du travail minutieux d’une commission d’enquête co-présidée par la députée Mereana Reid Arbelot. L’instance a passé six mois à fouiller les arcanes de la mémoire pour constater que la France était, dès 1966, consciente des conséquences néfastes de ses essais nucléaires pour la santé des Polynésiens. Aussi, le choix du Fenua, fondé sur des critères tels que l’isolement et la faible densité démographique, en toute connaissance de cause, illustre-t-il le grand cynisme colonial de l’époque.
 
Aujourd’hui, cette proposition de loi entend mettre un terme à soixante ans de déni. Le dernier tir nucléaire date de janvier 1996. Trente ans après, pour les malades polynésiens, la loi Morin montre que la justice n’a jamais véritablement vu le jour, avec à peine plus de 750 indemnisations endiguant très mal la cohorte de demandes exprimées depuis.
 
Si le Sénat approuve la proposition de loi Reid Arbelot, jeudi prochain, le nombre de victimes reconnues pourrait être multiplié par vingt pour être porté à 15 000. Et il ne s’agit pas que d’un nombre : c’est le symbole d’une nécessaire reconnaissance des souffrances infligées.
 
Rien n’est encore gagné, certes. Les appréhensions demeurent face à une machine législative qui peut se montrer réticente. Mais pour la première fois depuis des décennies, une lueur d’espoir s’allume au bout du tunnel. L’espoir grandit et l’examen de ce texte par le Sénat constituera un moment décisif, le 28 mai prochain. Il est crucial que les législateurs ne laissent pas cette chance s’évanouir dans le flot des débats politiques.
 
Reconnaître les victimes du nucléaire, c'est faire acte de courage et d'humanité et saisir l’opportunité, enfin, de panser des plaies anciennes et toujours douloureuses pour les populations de Polynésie française.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 21 Mai 2026 à 16:14 | Lu 272 fois