Édito : ​La Fraap fantôme


Tahiti, le 17 juillet 2025 - Dans le paysage local des luttes sociales, la grève des fonctionnaires de la Fraap a finalement plus pris la forme d’une averse lointaine et vite dissipée que du désordre orageux tant redouté. Après l’échec des négociations, mardi, le débrayage de jeudi s’est soldé par un cuisant flop avec à peine une centaine de grévistes sur le piquet, devant la présidence, alors qu’on se laissait aller la veille, dans le syndicat, à en espérer au bas mot vingt fois plus. L'absence du soutien des pompiers d'aérodrome, et donc de la perturbation du trafic inter-îles, aura révélé toute la faiblesse du pouvoir de coercition de ce mouvement et réduit l’impact de cette mobilisation à une simple gesticulation. Même les agents de l’Équipement étaient en poste jeudi pour faciliter le trafic automobile sur la section de voies mixtes à Arue.
 
Une victoire pour Moetai Brotherson qui se refuse à renégocier le point d’indice de la fonction publique avant les prochaines discussions réglementaires prévues pour avril 2026, après la clôture des comptes administratifs. La Fraap, de son côté, continue d'exiger une revalorisation immédiate. Après avoir été largement déçue par les 20 francs (+1,89 %) obtenus au 1er mai, jugés très insuffisants pour compenser les pertes de pouvoir d’achat des petits revenus de l’administration, le syndicat a revu ses ambitions à la baisse. D’un souhait initial de 1 500 francs le point (+41 %) qui aurait engendré une dépense budgétaire de plus de 11 milliards de francs par an, la Fraap a, dans une tentative désespérée de trouver un compromis, proposé une augmentation plus modeste ainsi qu’une refonte des grilles et classifications déjà en chantier. Mais cela n’a pas plus été plus entendu par le Pays. Et dans ce contexte, jeudi, le mouvement a visiblement eu du mal à passer du cri de ralliement à une action effective.
 
Dans sa lutte pour une revalorisation des salaires, la Fraap se voit aujourd’hui dans la nécessité de secouer le carcan d'inertie qui lui est opposé. Mais comment ? Sans un véritable levier de pression et en l'absence de médiation significative, son mouvement risque fort de se dissoudre dans le brouhaha des discours sans lendemain. Plus qu’une menace fantôme, le temps de la reprise du dialogue sincère est venu, loin des chants de grève qui résonnent désormais comme un bruit sans écho.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 17 Juillet 2025 à 19:27 | Lu 1438 fois