EDITO - ​Colère patronale


Tahiti le 4 mai 2025. Après six semaines d’une grève intense et assez dure, l’Apair-Apurad a signé à la veille du 1er mai, Fête du travail, un protocole de sortie de grève marquant la fin d’un des conflits sociaux les plus longs de ces dernières années.
 
Mais si un conflit s’est clos en ce 1er mai, un autre s’est ouvert avec l’absence des organisations patronales jeudi à la présidence dans le cadre des traditionnelles rencontres avec le gouvernement.
 
Le syndicat des patrons des petites et moyennes entreprises, tout d’abord, s’est levé contre un projet de texte qui avait déjà récolté son indignation lors de son étude au Conseil économique, social, environnemental et culturel. “Les nouvelles qui nous viennent des mesures du gouvernement ne sont pas bonnes et le bureau confédéral a décidé de ne pas répondre à l’invitation du président”, a expliqué son président, Christophe Plée. Le patron, qui n’a toujours pas digéré la sortie sur “la grève des Porsche” de Moetai Brotherson, est toujours vent debout contre la cotisation des salariés sur leur activité de patentés. “Inacceptable”, “impossible”, pour le patron de la CPME.
 
Dès le lendemain, c’est le Medef qui faisait savoir sa colère contre les mesures “anti-entreprises” du gouvernement. Steeve Hamblin, patron du Medef, sent lui aussi le vent du boulet se rapprocher. Les patrons des entreprises “ont le sentiment d’être attaqués”, rappelle-t-il.
 
Après une année ponctuée par les revendications dans le public, le gouvernement voit maintenant les patrons du privé s’inquiéter de la suite, en attendant peut-être que ce soient désormais les salariés du privé qui se manifestent au regard des acquis divers et variés obtenus depuis deux ans dans la fonction publique (congés paternité, paiement des heures supplémentaires, revalorisations salariales, maintien des avantages des conventions collectives, cession des jours de congés).
 
Moetai Brotherson et son ministre de l’Économie, Warren Dexter, devront trouver le juste milieu entre la tentation de la taxation des entreprises et celle de la baisse des taxes à la consommation, qui trop souvent ne conduisent qu’à un seul résultat, celui de voir les marges des entreprises augmenter et non les prix baisser.
 
Le retrait des 1% de la TVA dite sociale en 2023 en est un exemple frappant. Coup de chance pour le gouvernement, l’indice des prix à la consommation n’a augmenté “que” de 1,6% sur un an depuis sa dernière revalorisation en mai 2024. À 0,4 point près, il se trouvait dans l’obligation d’augmenter le Smig horaire pour tous.
 
Bertrand Prévost

Rédigé par Bertrand PREVOST le Dimanche 4 Mai 2025 à 09:19 | Lu 2529 fois