EDITO - Le chemin de croix


La fronde des deux tiers des élus de l’assemblée de la Polynésie française face à la réforme du RNS a poussé Moetai Brotherson dans ses derniers retranchements. Dernière possibilité pour lui face à la mort annoncée de la proposition de loi portée par son ministre de la Santé, Cédric Mercadal : s’en remettre au peuple.  

Non par la voix d’un referendum, ce qui serait une première en Polynésie française, mais par l’organisation d’une réunion publique ce samedi à la présidence. L’objectif se veut pédagogique, même s’il y a fort à parier que les opposants à ce fameux texte viennent se glisser dans le public pour participer au débat.  

Mais l’objectif est aussi électoraliste. Alors que les deux années qui viennent risquent fort de se transformer en chemin de croix pour le gouvernement, Moetai Brotherson tente là un coup de poker pour commencer à compter ses soutiens dans le cadre de la constitution du parti politique qui accompagnera le groupe A Fano Ti’a à l’assemblée.  

Quoi de mieux que de se parer de l’habit du défenseur des petits et de gardien de la Protection sociale généralisée pour enfumer le terrier du Tavini et en faire sortir ses sympathisants qui hésitent encore entre la fidélité au metua Oscar Temaru et la voix de la sagesse affichée par le président du Pays.  

Car, oui, deux ans, c’est long, très long, pour le président comme pour les Polynésiens qui risquent fort de voir les amants d’hier se déchirer en public comme ils l’ont fait ce jeudi à Tarahoi.  

Le gouvernement est désormais sans majorité, et il est fini le temps des alliances contre-nature des uns et des autres pour former des majorités bricolées à la va-vite, incapables de tenir plus de six mois. Depuis Marie-Luce Penchard, fini les groupes qui se font et se défont, les 7-7-7 et autres manigances. À défaut de se trouver le nombre nécessaire d’élus pour déposer une motion de défiance, et encore plus pour la voter, le gouvernement, sauf démission, comme les Miss France, est et restera.  

Mais sans soutien à Tarahoi, c’est dans la population qu’il va falloir aller chercher ses appuis.  


Rédigé par Bertrand PREVOST le Vendredi 24 Avril 2026 à 18:01 | Lu 687 fois