Tahiti, le 25 juin 2026 - Les comptes administratifs 2025 du Pays auront finalement moins servi à débattre de finances publiques que d'autorité politique. Jeudi, à Tarahoi, personne n'a contesté la solidité des comptes, saluée récemment par la note A+ de Standard & Poor's. En revanche, majorité éclatée, opposition et non-inscrits se sont retrouvés sur un même constat : malgré des moyens financiers inédits, l'action publique peine toujours à se traduire concrètement sur le terrain. Au point que plusieurs élus ont fini par dresser le même procès : celui d'une administration qui aurait pris le pas sur le politique.
Le débat, jeudi à l’assemblée, avait pourtant tout d'un exercice comptable. Approbation des comptes administratifs, reprise du résultat, report des crédits… autant de textes réputés techniques. Mais très vite, les milliards ont laissé place à une question autrement plus politique : qui décide encore ?
Le premier à ouvrir les hostilités est Édouard Fritch. S'il reconnaît volontiers la bonne santé financière du Pays, l'ancien président refuse de s'en satisfaire. “Moi, ce que j'attends du gouvernement, c'est une réponse politique, pas une réponse technique”, lance-t-il d'emblée, regrettant que les débats en commission aient davantage été animés par le directeur de cabinet du ministère des Finances que par le ministre lui-même. “Attention à ce que les techniciens ne prennent pas le pas sur le politique”, a-t-il ajouté, soulignant que les derniers remaniements ont conduit à “un gouvernement peuplé d’anciens conseillers techniques”.
L'administration, ce “monstre immobile”
Dans la même veine, Nuihau Laurey pousse le raisonnement un cran plus loin. S'il salue lui aussi la solidité des comptes et une gestion financière prudente, l'élu Ahip estime que le véritable problème est désormais ailleurs. “Je constate une forme d'inertie du gouvernement et même une forme d'échec de l'administration qui devient un monstre immobile, une administration qui fonctionne presque en roue libre”, déplore-t-il. Avant d'élargir le débat au fonctionnement même des institutions : “Les politiques sont éjectables par les électeurs. Ce sont eux qui doivent décider, pas les techniciens. Les conseillers sont là pour conseiller, pas pour décider”.
Comme Édouard Fritch avant lui, mais aussi Heinui Le Caill pour le Tavini, Nuihau Laurey relativise la portée de la récente note A+ de Standard & Poor's, largement mise en avant par le gouvernement. Tous reconnaissent qu'elle traduit la solidité des finances publiques. Mais, pour les trois élus, elle ne saurait suffire à juger de l'action de l'exécutif. “Une bonne note ne construit ni une école, ni une route, ni un dispensaire”, claque Heinui Le Caill, tandis que Nuihau Laurey conclut, sous les sourires de l'hémicycle : “On va finir riches, mais tout nus... avec une note A+”.
Le soutien sans chèque en blanc
Dans ce concert de critiques, une voix détonne pourtant : celle de Tematai Le Gayic. Depuis la rupture avec le Tavini, le groupe A Fano Ti'a est devenu le principal – et même le seul – allié du gouvernement à l'assemblée. Sans remettre en cause les équilibres financiers, il choisit toutefois de ne pas livrer un plaidoyer sans réserve. “Si les caisses sont saines, où sont les résultats ?”, interroge-t-il à son tour, reprenant finalement la même question que les intervenants précédents.
La nuance est de taille. Là où l'opposition dénonce un échec du gouvernement et où le Tavini démonte, mission après mission, les retards d'exécution, Tematai Le Gayic appelle surtout l'exécutif à transformer plus rapidement ses marges budgétaires en réalisations concrètes. Un soutien qui ressemble davantage à une mise en garde qu'à un chèque en blanc.
Une position qui n'a d'ailleurs pas échappé à Hinamoeura Morgant-Cross. La représentante non inscrite dit avoir du mal à suivre la ligne d'A Fano Ti'a. “On a du mal à comprendre votre ligne. Elle n’est pas claire. D'un côté, vous défendez le gouvernement et de l'autre, vous tenez un discours alarmiste sur la situation du terrain”. Une remarque qui résume à elle seule toute l'ambiguïté de la nouvelle équation politique à Tarahoi : le gouvernement est soutenu, mais son seul allié lui demande désormais publiquement des comptes.
Brotherson absent, Dexter au front
C'est précisément au moment où le débat quitte définitivement le terrain comptable pour devenir franchement politique que Moetai Brotherson quitte l'hémicycle pour honorer plusieurs inaugurations prévues de longue date.
L'absence du président du Pays, ordonnateur du budget, n’a d’ailleurs pas manqué de provoquer une réaction d'Édouard Fritch, qui demande une suspension de séance afin que Moetai Brotherson puisse répondre lui-même aux critiques formulées contre ses choix.
C'est finalement le ministre des Finances, Warren Dexter, qui monte au créneau. Il défend une économie “qui se porte bien”, rappelant que plusieurs baisses d'impôts ont paradoxalement généré davantage de recettes fiscales et que la confiance des investisseurs reste élevée. Surtout, il conteste l'idée d'un recul de l'investissement. “On a consommé plus de crédits de paiement en 2025 que les années précédentes. On est à 43 milliards, quand on était entre 36 et 38 milliards auparavant”, fait-il valoir. Si les taux d'exécution demeurent insuffisants, poursuit-il, c'est avant tout parce que les ministres affichent des ambitions plus importantes qu'il n'est matériellement possible de réaliser au cours d'un même exercice.
La démonstration ne suffira toutefois pas à éteindre les critiques. Car, au fil des débats, la question n'aura finalement plus été celle de la solidité des comptes, mais de la capacité du politique à reprendre la main sur une administration que plusieurs élus, de tous bords, jugent désormais trop pesante. Dans une assemblée où le gouvernement ne peut plus compter que sur les quinze élus d'A Fano Ti'a, les comptes administratifs auront finalement servi de prétexte à un nouveau procès de la méthode Brotherson. Plus que les finances publiques, c'est la capacité de Moetai Brotherson à transformer cette solidité financière en résultats concrets qui s'est retrouvée sur le banc des accusés.
Le débat, jeudi à l’assemblée, avait pourtant tout d'un exercice comptable. Approbation des comptes administratifs, reprise du résultat, report des crédits… autant de textes réputés techniques. Mais très vite, les milliards ont laissé place à une question autrement plus politique : qui décide encore ?
Le premier à ouvrir les hostilités est Édouard Fritch. S'il reconnaît volontiers la bonne santé financière du Pays, l'ancien président refuse de s'en satisfaire. “Moi, ce que j'attends du gouvernement, c'est une réponse politique, pas une réponse technique”, lance-t-il d'emblée, regrettant que les débats en commission aient davantage été animés par le directeur de cabinet du ministère des Finances que par le ministre lui-même. “Attention à ce que les techniciens ne prennent pas le pas sur le politique”, a-t-il ajouté, soulignant que les derniers remaniements ont conduit à “un gouvernement peuplé d’anciens conseillers techniques”.
L'administration, ce “monstre immobile”
Dans la même veine, Nuihau Laurey pousse le raisonnement un cran plus loin. S'il salue lui aussi la solidité des comptes et une gestion financière prudente, l'élu Ahip estime que le véritable problème est désormais ailleurs. “Je constate une forme d'inertie du gouvernement et même une forme d'échec de l'administration qui devient un monstre immobile, une administration qui fonctionne presque en roue libre”, déplore-t-il. Avant d'élargir le débat au fonctionnement même des institutions : “Les politiques sont éjectables par les électeurs. Ce sont eux qui doivent décider, pas les techniciens. Les conseillers sont là pour conseiller, pas pour décider”.
Comme Édouard Fritch avant lui, mais aussi Heinui Le Caill pour le Tavini, Nuihau Laurey relativise la portée de la récente note A+ de Standard & Poor's, largement mise en avant par le gouvernement. Tous reconnaissent qu'elle traduit la solidité des finances publiques. Mais, pour les trois élus, elle ne saurait suffire à juger de l'action de l'exécutif. “Une bonne note ne construit ni une école, ni une route, ni un dispensaire”, claque Heinui Le Caill, tandis que Nuihau Laurey conclut, sous les sourires de l'hémicycle : “On va finir riches, mais tout nus... avec une note A+”.
Le soutien sans chèque en blanc
Dans ce concert de critiques, une voix détonne pourtant : celle de Tematai Le Gayic. Depuis la rupture avec le Tavini, le groupe A Fano Ti'a est devenu le principal – et même le seul – allié du gouvernement à l'assemblée. Sans remettre en cause les équilibres financiers, il choisit toutefois de ne pas livrer un plaidoyer sans réserve. “Si les caisses sont saines, où sont les résultats ?”, interroge-t-il à son tour, reprenant finalement la même question que les intervenants précédents.
La nuance est de taille. Là où l'opposition dénonce un échec du gouvernement et où le Tavini démonte, mission après mission, les retards d'exécution, Tematai Le Gayic appelle surtout l'exécutif à transformer plus rapidement ses marges budgétaires en réalisations concrètes. Un soutien qui ressemble davantage à une mise en garde qu'à un chèque en blanc.
Une position qui n'a d'ailleurs pas échappé à Hinamoeura Morgant-Cross. La représentante non inscrite dit avoir du mal à suivre la ligne d'A Fano Ti'a. “On a du mal à comprendre votre ligne. Elle n’est pas claire. D'un côté, vous défendez le gouvernement et de l'autre, vous tenez un discours alarmiste sur la situation du terrain”. Une remarque qui résume à elle seule toute l'ambiguïté de la nouvelle équation politique à Tarahoi : le gouvernement est soutenu, mais son seul allié lui demande désormais publiquement des comptes.
Brotherson absent, Dexter au front
C'est précisément au moment où le débat quitte définitivement le terrain comptable pour devenir franchement politique que Moetai Brotherson quitte l'hémicycle pour honorer plusieurs inaugurations prévues de longue date.
L'absence du président du Pays, ordonnateur du budget, n’a d’ailleurs pas manqué de provoquer une réaction d'Édouard Fritch, qui demande une suspension de séance afin que Moetai Brotherson puisse répondre lui-même aux critiques formulées contre ses choix.
C'est finalement le ministre des Finances, Warren Dexter, qui monte au créneau. Il défend une économie “qui se porte bien”, rappelant que plusieurs baisses d'impôts ont paradoxalement généré davantage de recettes fiscales et que la confiance des investisseurs reste élevée. Surtout, il conteste l'idée d'un recul de l'investissement. “On a consommé plus de crédits de paiement en 2025 que les années précédentes. On est à 43 milliards, quand on était entre 36 et 38 milliards auparavant”, fait-il valoir. Si les taux d'exécution demeurent insuffisants, poursuit-il, c'est avant tout parce que les ministres affichent des ambitions plus importantes qu'il n'est matériellement possible de réaliser au cours d'un même exercice.
La démonstration ne suffira toutefois pas à éteindre les critiques. Car, au fil des débats, la question n'aura finalement plus été celle de la solidité des comptes, mais de la capacité du politique à reprendre la main sur une administration que plusieurs élus, de tous bords, jugent désormais trop pesante. Dans une assemblée où le gouvernement ne peut plus compter que sur les quinze élus d'A Fano Ti'a, les comptes administratifs auront finalement servi de prétexte à un nouveau procès de la méthode Brotherson. Plus que les finances publiques, c'est la capacité de Moetai Brotherson à transformer cette solidité financière en résultats concrets qui s'est retrouvée sur le banc des accusés.
Un “trésor de guerre” pour préparer 2028 ?
Pour Édouard Fritch, les excellents indicateurs financiers du Pays ne racontent qu'une partie de l'histoire. “L'argent sort des portefeuilles, mais les caddies sont de moins en moins remplis”, lance le président du Tapura, opposant la bonne santé des comptes publics au ressenti d’une population en mal de pouvoir d’achat.
Mais l'ancien président va plus loin. À ses yeux, les près de 47 milliards de francs de résultat cumulé de fonctionnement ne relèvent pas de “la prudence budgétaire, mais de la rétention politique”. “Un trésor de guerre, mais pour qui ? Pour quoi faire ? Un trésor de guerre pour attaquer la campagne électorale de 2028”, accuse-t-il.
Selon lui, le gouvernement conserverait volontairement ces marges de manœuvre afin de disposer, au cours des deux dernières années de la mandature, des moyens financiers nécessaires pour multiplier les réalisations visibles avant les élections territoriales. De quoi conforter ceux qui, à commencer par Édouard Fritch, estiment que le véritable dénouement de cette crise politique ne pourra finalement intervenir que devant les électeurs.
Mais l'ancien président va plus loin. À ses yeux, les près de 47 milliards de francs de résultat cumulé de fonctionnement ne relèvent pas de “la prudence budgétaire, mais de la rétention politique”. “Un trésor de guerre, mais pour qui ? Pour quoi faire ? Un trésor de guerre pour attaquer la campagne électorale de 2028”, accuse-t-il.
Selon lui, le gouvernement conserverait volontairement ces marges de manœuvre afin de disposer, au cours des deux dernières années de la mandature, des moyens financiers nécessaires pour multiplier les réalisations visibles avant les élections territoriales. De quoi conforter ceux qui, à commencer par Édouard Fritch, estiment que le véritable dénouement de cette crise politique ne pourra finalement intervenir que devant les électeurs.