Déjà six cas de VIH recensés en 2026


Tahiti, le 11 février 2026 - Six. C’est le nombre de personnes séropositives recensées par la Direction de la santé depuis le début de l’année. Et nous ne sommes qu’au 11 février 2026.
 
Face à une recrudescence des cas séropositifs en ce début d'année, l’association Agir contre le sida organisait ce mercredi une journée de dépistage au fare pote’e de la mairie de Papeete, de 9 heures à 16 heures. L’objectif : endiguer la baisse de vigilance qui entraîne une augmentation des contaminations. À l’approche de la Saint-Valentin, l’association veut montrer que “Protéger, c’est aimer” ou “Tei paruru, ‘ua here ia” en tahitien.
 
En matinée, ils étaient une dizaine à franchir le pas et à se faire dépister. “C’est simple : c’est une piqûre au doigt”, montre une infirmière.
 
L’an passé, les Nations unies soulignaient un risque de recrudescence du Sida dans le Pacifique. En Polynésie française, 210 personnes vivaient avec le VIH. Plus inquiétant, en dix ans, le nombre de cas a doublé.
 
Mercredi, un homme d'une cinquantaine d'années venu déposer des documents administratifs pour son père âgé s’est arrêté au stand en passant. “Je suis venu vérifier”, dit-il, sans stress particulier. Il se dit soulagé après avoir reçu un résultat négatif.
 
Mais les professionnels de santé insistent sur l’importance d’un suivi médical complet. Comme le rappelle Sonia Anouilh, infirmière au centre des maladies infectieuses et tropicales de Papeete : “Ce n’est qu’un premier test rapide VIH et syphilis. Mais je conseille toujours de faire d’autres tests plus poussés pour d’autres maladies sexuellement transmissibles.” Elle évoque la chlamydia ou la gonorrhée, également en recrudescence.
 
L’infirmière souligne aussi un manque d’information sur les modes de transmission : “Certains patients sont surpris de savoir qu’ils peuvent être infectés via un cunnilingus ou un anulingus.” Les risques sont pourtant réels : “Les conséquences peuvent être graves : stérilité, etc.”, explique le personnel de santé, alors que la situation est encore plus alarmante dans certaines îles voisines, comme les Fidji, où les chiffres ont été multipliés par six en 15 ans. Le VIH y a progressé de 3 000 %. Au Fenua, les contaminations locales se confirment et le virus circule désormais sur le territoire.
 
“Les gens attendent des signes mais il faut consulter avant”
 
Lors de cette journée de sensibilisation, une distribution de préservatifs et des échanges avec le personnel ont été proposés. Jeux, questionnaires et micros-trottoirs étaient également de la partie. Une dizaine de volontaires ont participé à l’événement, parmi lesquels des membres d’Agir contre le sida et de l’Union polynésienne pour la jeunesse (UPJ).
 
“On a commencé sur les réseaux sociaux, Facebook et TikTok, où nous avons parlé principalement du couple, puisqu’aujourd’hui le thème, c’est le couple. Tout au long de l’année, ça sera pareil. On a prévu une dizaine de rendez-vous. On va à chaque fois approfondir chaque sujet mais toujours par rapport au VIH”, développe Tevaiarii Frébault, de l’association Agir contre le Sida.
 
Le 13 février, deux infirmières se rendront à l’Université de la Polynésie française pour proposer des dépistages. “C’est ouvert à tous, pas seulement aux élèves.” Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, une campagne spécifique sera consacrée au VIH et aux femmes.
 
Selon les acteurs de terrain, les comportements évoluent. “On a plus de partenaires multiples qu’avant”, constate Taoahere Maono, de la direction générale des services de l’Union polynésienne pour la jeunesse.
 
Il s’inquiète particulièrement pour les jeunes : “Les chiffres sont effarants, les 16-19 ans sont très touchés. On voit qu’ils cherchent à se rencontrer. N’ayant pas de cadre, les jeunes sont en totale errance. Ils pratiquent sans protection. Oon le voit bien dans les parkings quand ils zonent.”
 
L’UPJ estime qu’un meilleur encadrement pourrait améliorer la situation. “On n’a aucun cap, on n’a pas de budget. On attend une politique claire”, déplore Taoahere Maono.
 
Les professionnels de santé rappellent qu’il ne faut pas attendre l’apparition de symptômes. “Les gens attendent des signes mais il faut consulter avant”, interpelle Sonia Anouilh.
 
Les spécialistes insistent sur l’existence d’un traitement préventif empêchant l’infection par le VIH, efficace à 98 %. Dans l’Hexagone, ce traitement est remboursé à 100 % depuis 2016. Au Fenua, il n’est pas encore systématiquement pris en charge par le gouvernement. “Seulement dans certains cas, comme les cas de viols.”
 
Les professionnels estiment enfin que la hausse observée ne reflète probablement qu’une partie de la réalité.

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 11 Février 2026 à 15:52 | Lu 483 fois