Dans le chessboxing, tous les coups ne sont plus permis


  Tahiti le 10 mai 2026. Sport mêlant échecs et boxe, le chessboxing a parcouru du chemin depuis sa naissance dans une bande dessinée d'Enki Bilal où "tous les coups étaient permis" pour devenir une discipline à part entière, dotée de sa propre compétition mondiale, qui a fait étape à Paris mardi.

Dans sa BD "Froid Equateur" sortie en 1992, Enki Bilal a imaginé un sport mêlant agilité cérébrale et physique, poussées à l'extrême. "Tous les coups étaient permis et ça finissait généralement par la mort, c'était d'une très grande violence", a rappelé l'auteur, présent au Théâtre de la Renaissance pour la 7e édition de l'Intellectual Fight Club (IFC).

Dix ans plus tard, l'artiste norvégien Iepe Rubingh perçoit dans cette discipline fictive un potentiel certain, et entame une collaboration avec le dessinateur. "J'ai été le premier surpris", a avoué Enki Bilal, ému à l'idée qu'une "étincelle puisse produire une réalité".

Avant que le chessboxing ne devienne réalité, les règles ont dû être adaptées. Le sport hybride à la frontière avec l'art alterne rounds sur le ring et devant l'échiquier de trois minutes chacun, jusqu'à ce qu’un vainqueur se dessine désormais sur K.O. ou par échec-et-mat.

- "Les échecs, plus violents" -

  Si Djaï Bouyeure, ressorti victorieux de son combat, salue la bienveillance entre les compétiteurs, il relève dans le chessboxing une autre forme de violence que celle imaginée dans l'œuvre d'Enki Bilal. "Les échecs, c'est bien plus violent que la boxe", estime celui qui évolue au niveau régional en boxe.

Pas besoin d'être boxeur professionnel ou grand maître international pour réussir dans le chessboxing, c'est l'équilibre entre le corps et l'esprit qui prime. Après avoir essuyé de nombreux coups de poing, c'est la goutte au front et l'esprit encore chamboulé que les joueurs doivent déplacer leurs pions de la manière la plus lucide possible, devant les quelque 700 spectateurs du théâtre de la Renaissance à Paris.

Un "côté oxymore" voulu par Enki Bilal qui a d'emblée plu à Guillaume Salençon, président de la Fédération française de chessboxing. "+From zero to hero+, ce sont des anonymes qui, le temps d'une soirée, deviennent des stars, deviennent Rocky", s'enthousiasme-t-il.
Le chessboxing a vu son nombre de pratiquants augmenter depuis 2019, avec une trentaine de clubs en France et 1.500 licenciés désormais.

Selon son fondateur, il a même "toutes les qualités pour devenir un sport olympique". "Le chessboxing, c'est le sport de la Grèce antique. A l'époque on faisait 50% de physique, 50% d'intellect", rappelle le président de la Fédération lors de la soirée parisienne où le Français Jean-Yves Marty a conservé son titre de champion du monde.

Rédigé par AFP le Dimanche 10 Mai 2026 à 09:57 | Lu 121 fois