Convention Santé : la question de la prise en charge des évasan reste entière


Tahiti, le 11 juin 2026 – La convention Santé État-Pays a été signée ce jeudi matin mais rien à l’intérieur de ce document n’est prévu pour la prise en charge des très onéreuses évasans d’urgence réalisées par l’État et facturées à la Caisse de prévoyance sociale. Selon nos informations, l’État “ne veut pas revivre l’épisode du cyclotron”.
 
Ce jeudi matin, le haut-commissaire Alexandre Rochatte et le président du Pays Moetai Brotherson ont signé deux conventions relatives à la santé ainsi qu’aux évacuations sanitaires. Interrogée sur la partie de l’accord concernant les évasans, la ministre de la Santé, Raihei Ansquer, affirme qu’il s’agit de “la continuité” de la précédente convention. Une entente qui, selon elle, permet au Pays de “solliciter [les moyens de] l'État en cas d'évacuation sanitaire complexes auxquelles le Pays ne peut pas répondre”.
 
Quant à une participation beaucoup plus importante de l’Etat concernant les évasans inter-îles, la ministre de la Santé assure que cela fera partie d’une prochaine étape”.
 
Elle explique en effet qu’au-delà de la signature de la convention relative aux evasans, il était également question ce jeudi de la signature de la convention cadre État-Pays qui est passé de trois à cinq ans et qui doit permettre “l'appui de l'État aux politiques de santé” que le Pays doit établir sur une feuille de route, que l’on nous dit en cours de finalisation.
 
Cette feuille de route terminée, de nouvelles négociations sont programmées entre le Pays et l’État au sujet des “molécules onéreuses et de la prise en charge des evasans urgentes (…) effectués par les forces armées (…) parce que la limite entre le secours qui relève de l'État et la santé est très mince (…) et voir dans quelle mesure il peut participer au financement de ces évasans urgentes”.
 
La ministre de la Santé explique que, la convention cadre santé étant signée, “on peut enfin commencer des vraies négociations (…). Tout se discute, tout se négocie”. Son prédécesseur, Cédric Mercadal, a commencé “ces discussions il y a deux ans mais comme la Convention cadre État-Pays n'était pas signée, c'était compliqué de passer à cette deuxième étape”.
 
Rappelons qu’en 2024 il y a eu près de 40 000 évasans inter-îles qui ont été effectués pour un coût total à peu près de 2, 5 milliards francs. Le ministère de la Santé a comptabilisé 1 200 personnes évasanés en urgence “tout confondu” dont 10 % sur des vols militaires facturés à la CPS.

Augmentation des évasans

Et ces chiffres sont susceptibles d’augmenter avec la fermeture de dispensaires dans les îles et la raréfaction des médecins sur place. La ministre ne le nie pas et ajoute qu’effectivement “la pénurie des soignants dans les îles (…) entraîne des retards de prise en charge et des cas très complexes qui mènent à des évasans urgentes”. Il y a également, précise-t-elle, l’augmentation des maladies chroniques qui entraînent une pression sur le système de santé. “Il faut donc améliorer la prise en charge précoce.” Et cela passe par “l'attractivité mais aussi par un appui numérique qui permettra, de pallier ce manque de ressources humaines pour pouvoir prendre en charge nos populations beaucoup plus tôt”.
 
Mais, “est-ce normal qu’il n'y a que le Pays qui prend en charger les évasans d’urgence ?”, s’interroge une personne proche du dossier. “L’État ne peut-il pas aussi prendre en charge une partie ? Malheureusement, la question n'a jamais véritablement abouti”.

“Désorganisation des évasans”

Pour certains professionnels de santé, “on en est là aujourd’hui car il y a une désorganisation au niveau des évasans”. Ils regrettent que la convention signée ce jeudi entre l’État et le Pays soit “la continuité” de la précédente. Pour eux “cela veut dire que le ministre et le gouvernement n’ont rien fait puisque c’est juste une continuité de l’ancienne convention”.
 
D’autres sources ajoutent que “ce n’est pas à la fin de la mandature qu’il faut travailler sur la feuille de route [de la Santé]. L’ancien ministre et le gouvernement ont-ils navigué à vue depuis trois ans ?” Certains avancent même qu’il n’est pas question pour l’Etat de participer pour l’instant à la prise en charge des évasans et attend du Pays “une meilleure organisation”.
 
En outre, ajoute-t-on, la mise en place d’un suivi régulier des patients par des spécialistes qui se déplacent dans les îles pourraient aussi “diminuer le nombre d’évasans”. Selon toujours nos sources, l’État “ne veut pas revivre l’épisode du cyclotron”. Le financement de cet équipement de pointe pour la fabrication de réactifs nucléaires était acté. Faute d’une décision sur le lieu pour l’installer, les crédits ont été perdus par le Pays.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 11 Juin 2026 à 18:33 | Lu 555 fois