Collectif 3, Tarahoi sort son stylo rouge


Tahiti, le 17 août 2026 – À deux jours de son examen en commission de l'Économie, le troisième collectif budgétaire ne semble avoir aucune chance de sortir intact de Tarahoi. Tapura comme Ahip annoncent déjà des amendements, tandis que le Tavini doit arrêter sa position mardi. Si les critiques divergent, notamment sur le prêt de 8,5 milliards à Air Tahiti Nui, les trois groupes désormais majoritaires à l'assemblée devraient chercher à coordonner leurs amendements avant la séance plénière. Pas question de tout bloquer, mais encore moins de signer un chèque en blanc au gouvernement.
 

Le collectif 3 n'est pas encore arrivé en commission qu'il est déjà promis à quelques coups de crayon. Après avoir passé le week-end à décortiquer la nouvelle mouture transmise mercredi par le gouvernement, les groupes de l'assemblée préparent désormais leurs amendements. La commission de l'Économie doit se réunir mercredi matin. Pour connaître la position du Tavini, il faudra patienter jusqu’à mardi : Heinui Le Caill nous a confié préférer attendre la réunion de son groupe prévue ce jour-là avant de s'exprimer. Tapura et Ahip ont, eux, déjà commencé à dévoiler leurs intentions.
 
Et si Édouard Fritch et Nicole Sanquer ne portent pas exactement le même regard sur les 34,5 milliards mis sur la table par le gouvernement, ils se rejoignent sur un point : le texte ne passera pas en l'état.
 
Pour le président du Tapura, le changement de copie intervenu entre juin et août illustre d'abord une méthode qu'il juge erratique. “On a la démonstration qu'on fait du grand n'importe quoi”, attaque Édouard Fritch, qui décrit un collectif fait de “bricolage” et d'“improvisation”. À ses yeux, le gouvernement utilise un budget modificatif pour engager des choix qui auraient dû être anticipés et discutés dans le cadre du budget initial.
 
ATN : deux regards sur les 8,5 milliards
 
C'est notamment le cas du prêt de 8,5 milliards destiné à Air Tahiti Nui pour refaire les cabines de ses quatre Dreamliner, principale nouveauté de la copie transmise mercredi. Pour Édouard Fritch, le problème tient déjà au principe même du dispositif. “On va jouer la banque, le Pays devient la banque”, raille l'ancien président, qui conteste également le choix des priorités. “Ce budget est loin des préoccupations des Polynésiens”, estime-t-il, pointant notamment les 500 millions retirés aux aides à l'emploi alors qu'“il y a encore aujourd'hui des gens qui n'ont pas de boulot”. Pour lui, le collectif va “totalement à contresens des besoins de la population”.
 
Nicole Sanquer ne fait pas la même lecture du mécanisme retenu par le gouvernement. Contrairement aux aides directes accordées jusqu'ici à la compagnie, souligne la présidente d'Ahip, il s'agit cette fois d'un prêt appelé à être remboursé. Une option dont elle comprend la logique : “On voit qu'ATN a des difficultés à obtenir des prêts bancaires, donc c'est une solution proposée par le gouvernement.” C'est davantage le montant de 8,5 milliards qui l'interpelle, ainsi que la capacité de la compagnie à le rembourser au regard de sa situation financière.

Elle s'interroge notamment sur l'opportunité d'engager une telle somme pour refaire les cabines de certains appareils alors qu'“ATN n'en est pas encore propriétaire”. Et au-delà du financement, elle revient sur les annonces faites autour de l'avenir de la compagnie, notamment l'arrivée d'un nouveau partenaire. “La fameuse réinvention d'ATN, on l'attend toujours.”
 
À chacun ses priorités
 
Sur les Jeux, Édouard Fritch s'arrête sur les 300 millions supplémentaires inscrits dans l'enseignement. Il affirme avoir été informé qu'ils seraient destinés “au logement des sportifs au lycée Diadème et au lycée Paul-Gauguin”. Mais il peine à voir comment : “Les enfants sont à l'école. Ils occupent les dortoirs. Est-ce qu'il y a des vacances exceptionnelles qui sont prévues au mois de décembre ?” Et de s'interroger : “Est-ce que c'est du bluff ? Est-ce qu'on annonce un chiffre pour dire : voilà, il faut voter ce collectif ?”
 
Sur ce point, Nicole Sanquer pose là aussi un diagnostic différent. Pour Ahip, les Jeux ne sont aujourd'hui “pas menacés par un manque de crédits, mais plutôt par la lenteur administrative” dans la mise en œuvre des chantiers. Elle rappelle que plusieurs autorisations budgétaires existent déjà et que le collectif vient notamment abonder les crédits de paiement permettant de poursuivre les travaux.
 
Les priorités ne seront ainsi pas forcément les mêmes d'un groupe à l'autre. Édouard Fritch veut notamment remettre sur la table les cantines du primaire. Il chiffre à 1,5 milliard de francs par an la prise en charge des repas des quelque 30.000 élèves concernés et estime que “c'est une urgence qu'il faut faire passer maintenant”.
 
Édouard Fritch revient aussi sur l'un des enjeux de fond du collectif : les conséquences budgétaires du moratoire sur la fiscalité des hydrocarbures, dont le manque à gagner est désormais évalué à 4,5 milliards de francs. Mais il regrette de ne pas y trouver davantage de mesures directement destinées aux ménages : “Il n'y a aucune augmentation des allocations familiales, il n'y a aucun avantage direct qui puisse concerner les familles qui souffrent aujourd'hui.”
 
Nicole Sanquer pointe, elle, la baisse des recettes fiscales que le Pays doit justement compenser en abondant le Fonds pour la protection sociale universelle (FPSU) à hauteur de 2,5 milliards de francs. Elle relève notamment le recul des recettes liées au tabac et au vapotage, mais aussi une baisse de 1,5 milliard de francs sur les revenus de capitaux mobiliers. Autant d'évolutions qu'elle entend regarder de près en commission.
 
Trois groupes et des amendements à accorder
 
Même réserve sur le nouveau scanner de Taravao. L'équipement est nécessaire, reconnaît en substance le président du Tapura, mais l'urgence est selon lui ailleurs : dans les moyens de fonctionnement promis à l'hôpital de Taravao, qu'il dit ne pas retrouver dans ce collectif. Un constat qui rejoint en partie celui de Nicole Sanquer, également attentive aux moyens consacrés à la santé. Ahip compte d’ailleurs proposer un amendement en faveur de la Fédération de lutte contre les addictions, qui peine, selon sa présidente, à obtenir sa subvention pour l'année prochaine.
 
Le nouveau rapport de force à Tarahoi change surtout la donne. “La majorité est plutôt à l'opposition, les amendements sont sûrs de passer”, résume Nicole Sanquer. Encore faudra-t-il accorder les violons. Édouard Fritch indique qu'une réunion pourrait se tenir entre les trois groupes après la commission de mercredi et avant la plénière, afin de confronter leurs propositions et d'éviter les doublons. “Ce n'est pas la peine qu'on propose trois amendements sur le même sujet”, souligne-t-il.
 
Pas question pour autant de tout rejeter. “On ne veut pas non plus tout bloquer”, assure Édouard Fritch. Nicole Sanquer fait le même constat : le collectif comporte des mesures urgentes et “il est compliqué de le rejeter”. Mais avec les amendements annoncés par le Tapura et Ahip, auxquels viendront s'ajouter ceux que le Tavini doit encore arrêter, le gouvernement n'a plus la main sur sa copie, qui, de toute façon, ne passera pas telle quelle.
 

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 17 Aout 2026 à 17:02 | Lu 590 fois