Cinquante jours après… toujours des restrictions


Tahiti, le 20 avril 2026 - Alain Sangues de Teva Farm dénonce le fait que le Pays n’ait toujours pas, au bout de cinquante jours, levé la mise sous surveillance de son exploitation avicole, suspectée d'infection par Salmonella enterica sérotype Enteritidis, même après que plusieurs contrôles ont démontré qu’il n’y avait aucune infection. Il dénonce aussi le fait que le Pays se soit appuyé sur ses contrôles alors qu’il aurait dû faire ses propres analyses.  
 
En 2020, Alain Sangues ouvre sa ferme avicole Teva Farm “après 12 années de procédures administratives”, précise-t-il. Il commence à commercialiser ses œufs en août de la même année “en plein Covid”, rappelle-t-il. Six ans après, il compte dix employés et deux prestataires car il y a “une charge de travail au niveau de l'hygiène à respecter car on travaille dans un environnement avec la poussière et de la fiente de poulet. Il faut aussi préserver les salariés”.
 
Alain Sangues rappelle que les fermiers doivent “effectuer des autocontrôles sanitaires à hauteur d’une centaine de mille tous les trois mois”. Ces analyses sont ensuite transmises à la biosécurité “pour information et vérification”.
 
Et en février dernier, il effectue un autocontrôle et sur les six “chiffonnettes”, l’une d’entre elles était “suspecte” quant à la présence de salmonelle. “Il faut savoir qu’il y a 2 500 variantes de salmonelles et les deux salmonelles dangereuses pour l’homme, ce sont la Salmonellose Tifimurium et la Enteretidis”, précise Alain Sangues.
 
Quelques jours après, soit le 27 février, le Pays, au travers de la biosécurité, prend un arrêté “portant mise sous surveillance” de l’exploitation Teva Farm car “suspectée d’infection par Salmonelle enterica sérotype Enteritidis”.
 
Ainsi, les poules sont “séquestrées et maintenues isolées”, les “œufs sont consignés dans un local approprié permettant leur bonne conservation et de façon à éviter toute dissémination de l'infection”.
 
Et le lendemain même de la sortie de cet arrêté, Alain Sangues décide de refaire un autre autocontrôle pour confirmer la présence ou pas de la Salmonelle enterica sérotype Enteritidis.
 
“Je reçois mes résultats et ils sont négatifs. Et là, déjà vingt jours sont passés”, peste le fermier car tout est toujours “sous séquestre”. Il rappelle d’ailleurs que la durée de conservation des œufs est de 28 jours, mais il préfère tabler sur 21 jours “pour garder la fraîcheur”, dit-il. “C’est une grosse perte, car on ne vend plus d’œufs et en plus, on continue à donner à manger à nos poules. C’est une perte par millions de francs.”

Toujours pas de levée des restrictions

Alain Sangues pointe du doigt le fait que le Pays ne l’ait ni “consulté ni informé” et qu’“il m’ait bloqué l’exploitation. Je m’attendais à ce qu’ils viennent le lendemain ou le surlendemain pour faire leurs analyses, mais ils sont venus seulement vingt jours après, soit le 18 mars, la fleur à l’oreille, pour faire leur premier prélèvement”.
 
Effectivement, l’article 37 de l’arrêté relatif à la lutte contre les infections à Salmonella enterica sérotypes Enteritidis et Typhimurium dans les troupeaux de l'espèce Gallus gallus en filière ponte d’œufs de consommation stipule que la Direction de la biosécurité “fait procéder dans les plus brefs délais et dans chaque troupeau de l’exploitation aux prélèvements et analyses de confirmation officiels suivants. Les analyses portent sur la recherche de Salmonella Enteritidis et de Salmonella Typhimurium en vue de qualifier le risque de contamination des œufs produits par le troupeau”.
 
“Les personnes en charge de la biosécurité ont tous les droits ? Puisqu’ils n’ont pas fait leurs propres analyses”, s’interroge Alain Sangues. Ce dernier dénonce également le fait que le Pays se soit appuyé sur les contrôles effectués par ses soins.
 
Les analyses effectuées par le Pays le 18 mars se sont révélées négatives. Mais ce lundi, Alain Sangues n’a toujours pas reçu l’arrêté mettant fin à cette mise sous surveillance de son exploitation. “Ils peuvent traîner en longueur comme ils veulent, cela fait quand même cinquante jours que cela dure”, peste l’exploitant. Il ajoute même qu’au niveau du Pays, “personne ne veut prendre ses responsabilités (…). Je ne sais pas s’ils savent que j’ai perdu plusieurs millions dans cette affaire (…). Il y a vraiment un manque de professionnalisme”.
 
Il rappelle d’ailleurs que depuis que Teva Farm est en place, il n’a jamais eu d’infection. “Je touche du bois, pourvu que cela dure”, dit-il. Malgré tous ces déboires, pas question pour lui de baisser les bras. “C'est une société familiale. Je travaille pour mes enfants car je souhaite leur léguer cet héritage. C’est aussi devenu une passion maintenant. Et je suis heureux d'être entré dedans.”
 
Contactés, ni le directeur de la biosécurité Yves Laugrost, ni le ministre de l’Agriculture Taivini Teai n’étaient joignables ce lundi.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 20 Avril 2026 à 18:59 | Lu 1153 fois