“C'est la population qui décide (…) on offre un choix”


Tahiti, le 17 mars 2026 – À quelques jours du second tour des élections municipales, le jeunisme ou encore les compétences sont mis en avant par la liste Moorea-Maiao, Ia ora na pour convaincre les abstentionnistes de voter en leur faveur. Pas question pour eux de parler de “fusion (…) c'est la population qui décide, ce n’est pas nous (…) on offre un choix. Et ce choix-là, il va aller jusqu'au bout.”
 
La liste Moorea-Maiao, Ia ora na a surpris du monde dimanche soir avec ses 956 voix et en se qualifiant pour le second tour des municipales après avoir totalisé plus de 11 % des suffrages exprimés.
 
“On était prêts”, assure la tête de liste Temaire Chavey épouse Teinaratai. “On savait qu'on allait arriver au deuxième tour. On est une équipe de jeunes, mais attention, on s'est battus, on est fiers d'être au deuxième tour.”
 
Alors que cinq listes se sont qualifiées pour le second tour et que les listes officielles devaient être déposées mardi soir au plus tard au haut-commissariat, Moorea-Maiao, Ia ora na a décidé de repartir seule. Temaire Chavey compte sur le jeunisme de la liste pour convaincre les plus de 5 000 abstentionnistes. Elle prône une “jeunesse remplie de compétences (…) les autres, c’est du réchauffé et nous, on est un plat api”. Elle met en avant leur dynamisme, leur savoir-faire et leur sincérité. “On ne vient pas là pour le pouvoir, pour l'argent, pour s'enrichir. On a tous de belles carrières, on gagne bien nos vies.”

“Des novices en politique (…) mais compétents dans nos domaines”

Pour elle, ses colistiers ont “réussi à insuffler la dynamique d'un nouveau changement au sein de la politique de la commune”. Et elle souligne qu’une seule personne dans son équipe a déjà fait de la politique. Il s’agit en effet de Daphné Chavey, sa mère, qui a été pendant une mandature élue à l’assemblée de la Polynésie de 2008 à 2013 avec To tatou Ai’a de Gaston Tang Song.
 
La tête de liste de Moorea-Maiao, Ia ora na assure qu’à part Daphné Chavey, tous ses autres colistiers sont “des novices en politique, par contre, nous sommes des compétents dans nos domaines, et ça, ça a fait la différence”. Elle garantit que tous les “messages” qu’ils ont délivrés auprès des électeurs lors de leurs différentes tournées dans les quartiers, dans les maisons ou lors de leurs meetings sont notamment : “Nous sommes présents, et nous sommes le seul groupe à aujourd'hui incarner le réel changement”.
 
Temaire Chavey explique en effet que dans les quatre autres listes en lice, “les candidats (…) ont tous une fois, à un moment donné dans leur vie, siégé au conseil municipal ou au pouvoir, quel qu'il soit”.
 
Maurice Frogier abonde dans le sens de la tête de liste et ajoute que toutes les listes en lice pour le second tour des municipales, “c'est du réchauffé tout cuit (…) c’est simple, on prend les mêmes, mais on dit que c'est nouveau (…). Ce n'est pas une insulte, c'est simplement un constat, c'est ça aussi qui nous a motivés à nous présenter (…) car on ne se retrouvait pas dans les listes existantes”.
 
Pour Matairii Maire, cela devenait une évidence de se présenter car “on a envie de faire bouger notre île (…). On ne se reconnaît pas, il faut qu’on présente une alternative, une nouveauté, un changement pour les habitants de Moorea parce qu'on ne peut pas continuer comme ça”.
 
Temaire Chavey considère qu’avoir convaincu près de mille électeurs alors même que c’est leur “première fois en politique et atteindre ces chiffres-là, c’est qu’il y a une réelle volonté de changer les choses”, même si elle admet que cela ne va pas être une tâche facile puisqu’ils devront affronter “des mentors, mais on ne lâche pas, on y croit”.
 
Matairii Maire explique ensuite qu’à Moorea-Maiao, il y a toujours autant de listes en lice lors des communales, car “les gens veulent changer (…). Tāvana ‘oire est peut-être devant, mais 80 % des gens veulent changer (…) c’est l’ensemble des listes concurrentes à celle du maire sortant qui montre la volonté réelle de changement de la part de la population”. Mais la liste Moorea-Maiao, Ia ora na veut tout de même continuer la course car “il y a mille personnes qui nous font confiance, on ne veut pas briser cet espoir (…) et on veut aussi redonner un espoir à tous ceux qui ne se sont pas déplacés”.

Mateata Ruta, colistière À Haapiti, “on invente des règles, des lois (…) c’est une politique mesquine et sans intégrité”

“Je me suis levée parce que j'ai des valeurs et des principes (…). Je les ai reconnues dans cette liste-là. Une liste jeune, compétente et surtout intègre. Le premier tour des élections, j'ai vu à quel point c'était la politique d'avant, c'est une politique, je dirais, mesquine et sans intégrité.
 
Pour ma commune (Haapiti, NDLR), j'ai bien vu qu’on inventait des règles, des lois (…). On est arrivés et on s'est fait limite agresser parce qu'on était habillés en jaune. Dans aucun texte, il y a marqué de ne pas s'habiller avec la même couleur que le bulletin. Il y a marqué de ne pas porter l'insigne ou le logo du parti. On s’est disputé avec le président du bureau de vote (Walter Taputuarai, NDLR) qui nous a dit de sortir de l'enceinte du bureau de vote (…). Je suis allée lire les textes et à aucun moment, il y a marqué ce texte-là, je ne comprends pas.
 
Tout au long du déroulement du vote, il y a eu énormément de défaillances. Je pense que j'ai été la seule à écrire dans les PV toutes les défaillances que j'ai vues. Il fallait être un pitbull parce que devant nous, l'équipe qui menait ce vote imposait ses lois qui n'étaient pas du tout inscrites dans les textes. Si on devait se laisser faire, on se faisait écraser et ça devenait du n'importe quoi. Pour moi, cette politique est nulle, pas intègre et pas juste. Dans ma famille, mes grands-parents et mes parents m'ont appris le respect et le respect, c'est mutuel aussi.”

Temaire Chavey épouse Teinaratai Tête de liste Moorea-Maiao, Ia ora na “On y croit”

“On est conscients qu'il y a un risque de remettre le maire actuel en place (avec cinq listes en lice pour le second tour, NDLR). Mais on a envie de porter cette nouvelle voie-là jusqu'au bout (…). Il y en a qui ne se sont pas encore exprimés, ni positionnés, et on aimerait aller jusqu'au bout de cette aventure. Il y en a qui pourraient aussi changer d'avis.
 
Il n'y aura pas de fusion car on se présente pour changer les choses (…). On sait très bien que ces fusions-là, après, ça se défusionne (…) ça ne marche pas, car on ne partage pas les mêmes valeurs, la même vision. On a tenu à rester ensemble jusqu'à la fin et on y croit.
 
Il y a eu des échanges, mais nous, on est restés sur notre position. On a dit qu'il n'y aurait pas de fusion et on continue.
 
On ne peut pas nous reprocher ça (qu’Evans Haumani soit réélu, NDLR). Je suis désolée, c'est la population qui décide, ce n’est pas nous. On est là, au contraire, on offre un choix. Et ce choix-là, il va aller jusqu'au bout (…). On s'est engagés à aller ensemble jusqu'à la fin et on reste sur nos engagements. Ça aussi, ça fait partie des valeurs du changement.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 18 Mars 2026 à 10:38 | Lu 765 fois