Brotherson remanie en pleine tempête


Tahiti, le 11 mai 2026 – Nouveau jeu de chaises musicales à la présidence. À moins de deux ans de la fin de mandature, Moetai Brotherson a procédé lundi à son sixième remaniement ministériel depuis son arrivée au pouvoir. Officiellement, les départs des ministres de la Santé et des Sports relèvent de “choix personnels”. Mais ils interviennent aussi en pleine tempête sur deux dossiers explosifs : la réforme du RNS et l’organisation des Jeux du Pacifique 2027.
 
 
Moetai Brotherson voulait afficher de la sérénité ce lundi matin à la présidence. Entouré de l’ensemble de son gouvernement, le président du Pays a présenté ses deux nouvelles ministres : Raihai Ansquer à la Santé et Vanina Pommier aux Sports, à la Jeunesse et à la Prévention de la délinquance. Deux profils issus des cabinets ministériels, chargés d’assurer une forme de continuité dans une équipe gouvernementale qui a subi six remaniements en trois ans.
 
Le président a d’ailleurs reconnu lui-même être à l’origine de plusieurs départs. “Il y a eu cinq changements de ministre, deux de ces changements, c’est moi qui les ai décidés”, a-t-il d’abord affirmé, avant d’ajouter finalement un troisième nom : celui de Rony Teriipaia remplacé à l’Éducation par Samantha Bonet-Tirao en février dernier. Des départs qui s’ajoutent à ceux d’Éliane Tevahitua et Tevaiti Pomare, déjà poussés vers la sortie lors des précédents remaniements. Une première pour le chef de l’exécutif, jusque-là resté flou sur les circonstances de ces départs.
 
Pour ceux de Cédric Mercadal et Kainuu Temauri, le discours officiel reste toutefois inchangé. “Ce sont des motifs personnels, familiaux”, a assuré Moetai Brotherson, refusant d’entrer dans les détails. Mais ce nouveau remaniement intervient aussi dans un contexte politique loin d’être anodin. Car parmi les ministres poussés vers la sortie depuis 2023 figurent plusieurs personnalités issues du premier cercle Tavini, comme Éliane Tevahitua ou Rony Teriipaia, tandis que Tevaiti Pomare avait lui rejoint le parti après son éviction du gouvernement. De quoi alimenter les interrogations sur la place des figures historiques du Tavini dans un exécutif que Moetai Brotherson remodèle progressivement à son image, alors même qu’il prépare son futur mouvement politique. Interrogé sur le maintien des autres ministres Tavini au gouvernement, le président a préféré éluder, assurant diriger avant tout “un gouvernement de tous les Polynésiens”.
 
“L’assemblée est souveraine”
 
À la Santé, Cédric Mercadal quitte le navire alors que la réforme du RNS continue de fracturer syndicats, patronat et majorité politique. À Tarahoi, l’abrogation du texte semble désormais probable et la nouvelle ministre hérite immédiatement d’un dossier hautement inflammable. “L’assemblée est souveraine”, a reconnu Raihai Ansquer, tout en défendant une réforme “courageuse” et “fondée sur des valeurs de solidarité et d’équité”. Une manière de prendre ses distances sans désavouer totalement son prédécesseur (lire encadré).
 
Même logique aux Sports. Kainuu Temauri quitte le gouvernement en pleine visite du Pacific Games Council, alors que l’organisation des Jeux du Pacifique 2027 reste fragilisée par l’épineux dossier de la natation et l’absence de nouveaux bassins homologués. Malgré les inquiétudes, la nouvelle ministre Vanina Pommier a tenté de rassurer : “Les Jeux vont se tenir à Tahiti en 2027.” (lire encadré).
 
Au-delà des dossiers techniques, ce nouveau remaniement intervient surtout dans un contexte politique devenu plus incertain pour Moetai Brotherson. Entre majorité relative, tensions persistantes autour du Tavini et projet de nouveau parti politique en toile de fond, le président du Pays cherche désormais à verrouiller son équipe pour la dernière ligne droite de la mandature. Une équipe gouvernementale désormais à parité, avec cinq hommes et cinq femmes. Une maigre consolation…

Santé : RNS, SOS, hantavirus… une ministre déjà sous pression

À peine nommée, Raihai Ansquer se retrouve propulsée au cœur de plusieurs crises simultanées. La plus politique reste évidemment celle du RNS, cette réforme de la protection sociale généralisée devenue explosive en quelques semaines. Largement contesté et déjà condamnée à être abrogée le 21 mai prochain par l’assemblée, la nouvelle ministre tente donc un exercice d’équilibriste. Sans renier la philosophie de la réforme portée par son prédécesseur, elle a immédiatement insisté sur “le dialogue” et “l’écoute”. “L’assemblée est souveraine”, a-t-elle rappelé, en “ouvrant la porte” à des discussions avec syndicats, patronat mais aussi opposition politique. Une posture plus conciliante qui tranche avec les tensions des dernières semaines.
 
Mais le Régime des non-salariés n’est qu’un des nombreux chantiers qui l’attendent. Ancienne conseillère technique de Cédric Mercadal, médecin urgentiste de formation, Raihai Ansquer hérite également du Schéma d’organisation sanitaire (SOS) qu’elle a elle-même piloté et qui va être examiné à l’assemblée après un avis défavorable du Cesec. Elle assure avoir intégré les demandes de précisions formulées sur le calendrier et le financement du projet.
 
La ministre veut aussi accélérer plusieurs priorités : prévention, santé mentale, lutte contre les maladies chroniques, mais surtout accès aux soins dans les îles. Elle mise notamment sur le développement de la e-santé et d’un futur centre de coordination numérique destiné à renforcer les consultations à distance dans les archipels.
 
Comme si cela ne suffisait pas, sa première journée a également été marquée par l’alerte autour d’un cas contact d’hantavirus détecté en Polynésie. Sans céder à l’alarmisme, la ministre a tenté de rassurer sur le suivi sanitaire et les mesures de surveillance déjà activées, la personne étant en isolement sur l’île de Pitcairn et ne présentant pas de symptômes. Une entrée en fonction qui illustre déjà la difficulté du portefeuille : gérer à la fois les urgences sanitaires immédiates et les réformes structurelles de long terme.

 

Jeux du Pacifique : un dossier déjà sous haute tension

​À tout juste quatorze mois de l’ouverture des Jeux du Pacifique 2027, plusieurs dossiers structurants restent encore loin d’être réglés. Le principal point de crispation concerne la natation. Le gouvernement a abandonné l’idée de nouveaux bassins olympiques et mise désormais sur la rénovation de la piscine de Tipaerui, qui n’est pas aux normes internationales puisqu’il lui manque 30 cm. Un choix contesté par une partie du mouvement sportif, qui craint que les performances réalisées ne puissent pas être homologuées.
 
Ce remaniement intervient en outre en pleine visite du Pacific Games Council (PGC), actuellement en mission au Fenua pour justement évaluer l’avancement des préparatifs. Malgré les inquiétudes, la nouvelle ministre des Sports, Vanina Pommier, s’est voulue rassurante : “Les Jeux vont se tenir à Tahiti en 2027”, assure-t-elle, indiquant travailler avec le PGC et les fédérations océaniennes pour “trouver une solution” acceptable concernant les épreuves de natation.
 
Autre sujet sensible : la boxe, après les tensions autour de la délégation de service public accordée à la fédération de Tauhiti Nena, non reconnue internationalement. Interrogée sur les conséquences pour les athlètes polynésiens, la ministre a surtout rappelé qu’une DSP ne pouvait pas être accordée au seul regard des Jeux du Pacifique. Même si Vanina Pommier suivait déjà le dossier comme conseillère technique, ce changement de ministre en pleine phase critique des discussions avec les instances sportives du Pacifique alimente, malgré tout, les interrogations sur la capacité du Pays à tenir le calendrier.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 11 Mai 2026 à 14:53 | Lu 1214 fois