Crédit Olivier MORIN / AFP
Tahiti, le 3 mars 2026 - Hasard du calendrier ou clin d’œil diplomatique ? Quelques mois après le sommet de l’Unoc à Nice et en pleine montée des tensions internes au Tavini autour de l’exploitation des fonds marins, la Polynésie française a célébré mardi matin, au musée de Tahiti et des îles, l’entrée en vigueur du traité BBNJ. Un texte international majeur que le ministre Taivini Teai présente comme le prolongement de Tai Nui Atea. “Deux outils complémentaires”, dit-il, pour défendre la biodiversité, de la ZEE à la haute mer.
Dans l’écrin du musée de Tahiti et des îles, ce mardi, le message était double : pédagogique en apparence, stratégique en profondeur. Depuis le 17 janvier, le traité BBNJ – Biodiversity Beyond National Jurisdiction – est entré en vigueur. Une étape saluée comme “à la fois un aboutissement et un point de départ” par Étienne de la Fouchardière, secrétaire général adjoint du haut-commissariat.
Adopté en 2023 après près de vingt ans de discussions, ce texte onusien crée pour la première fois un cadre juridique spécifique pour protéger la biodiversité en haute mer, soit près de la moitié de la planète et un tiers de l’océan mondial. “Après le sprint des ratifications, place à la course de fond”, a résumé le représentant de l’État, rappelant que tout reste à construire : gouvernance de la future COP, critères scientifiques, premières aires marines protégées internationales.
Un prolongement naturel de Tai Nui Atea
Pour le ministre des Ressources marines et de l’Environnement, Taivini Teai, ce colloque visait d’abord à “fédérer autour de ce traité”, associations et institutions, afin de partager une même compréhension des enjeux. Le BBNJ constitue, selon lui, un levier pour “continuer à acquérir des connaissances pour une meilleure gestion de notre océan”.
Dans son discours, le ministre a replacé l’accord dans la continuité de la politique polynésienne : sanctuaire des mammifères marins, interdiction de la pêche à la senne, création en 2018 de l’aire marine gérée Tai Nui Atea couvrant 4,5 millions de km². “Les écosystèmes marins ne s’arrêtent pas aux frontières des 200 milles”, a-t-il rappelé, soulignant que “les décisions prises en matière de gestion de la haute mer ont un impact direct sur l’abondance, la qualité et la résilience des ressources de notre ZEE”.
Le traité permettra notamment la création d’aires marines protégées en haute mer, la réalisation d’études d’impact environnemental et un meilleur partage des connaissances issues des ressources génétiques marines.
Pour Tekau Frère, représentante de l’Alliance pour la haute mer, il s’agit d’un tournant : “Ce traité nous donne enfin une voix dans les décisions qui concernent les eaux internationales adjacentes à nos immenses ZEE”, s’est-elle réjouie, avant de retracer la genèse d’un texte né de tensions entre liberté d’exploitation et exigence de conservation. Elle a également insisté sur le fait que “l’océan n’a pas de frontières” : “Il n’appartient à personne, mais il concerne tout le monde.” La difficulté tient notamment à ce que la haute mer reste régie par une mosaïque d’instances “qui n’ont pas forcément la même tête”, avec des priorités sectorielles parfois contradictoires, rendant la gouvernance internationale fragmentée et peu cohérente.
De la gestion locale à la gouvernance mondiale
Terena Hargous-Chartiez, de la Direction de l’environnement (Diren), voit dans le BBNJ une prolongation logique de Tai Nui Atea : l’enjeu est désormais de relier “une gestion locale avec Tai Nui Atea à une gouvernance mondiale grâce au BBNJ”. Car “ce qui se passe en haute mer peut impacter les efforts que l’on mène dans notre ZEE”.
Sur le terrain, cette stratégie se décline archipel par archipel. Tai Nui Atea “n’est pas qu’un zonage”, mais une gouvernance partagée avec les communes et les communautés locales, intégrant savoirs traditionnels et expertise scientifique. Une réserve intégrale de 220 000 km² dans la Société, un parc marin de 700 000 km² aux Gambier, des projets en discussion aux Australes et aux Marquises : l’objectif est d’articuler protection forte et développement durable.
En toile de fond, le débat sur les grands fonds
Si le colloque s’est voulu technique et pédagogique, le contexte politique local est difficile à ignorer. Le traité s’inscrit dans la dynamique de l’Unoc de Nice, où le gouvernement Brotherson a acté un tournant majeur : classement de la ZEE en espace naturel protégé – et non plus en aire marine gérée comme depuis 2018 – ainsi qu’interdiction générale d’exploitation des ressources marines sur l’ensemble de la zone.
“Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est à la fois un aboutissement et un point de départ”, a rappelé Étienne de la Fouchardière, soulignant que l’entrée en vigueur du traité est “d’abord la grande réussite de l’Unoc à Nice”. Une réussite diplomatique dont tout le monde ne partage pas la lecture politique, à commencer par le président du Tavini.
Interrogé sur les positions d’Oscar Temaru, qui plaide pour “explorer et exploiter” les ressources profondes et en a fait un thème de campagne municipale, Taivini Teai reste aligné sur la ligne du président du Pays : “Oui à l’exploration, non à l’exploitation”. Dans son discours, il a simplement reconnu l’existence de “tensions autour de la pêche en haute mer et de l’exploitation des grands fonds”.
L’État en appui, la mise en œuvre en question
Pour l’État, l’heure est à l’accompagnement. Étienne de la Fouchardière a évoqué la mobilisation des organismes de recherche, les campagnes scientifiques sur les grands fonds dans le cadre de France 2030, ainsi que l’appui en matière de surveillance maritime. Mais le BBNJ reste avant tout un cadre juridique, et les financements devront passer par d’autres canaux, notamment via des partenariats et des ONG.
Au musée de de Tahiti et des îles, mardi matin, le temps était à la pédagogie et à l’unité. Mais chacun sait que la haute mer demeure un espace de convoitises. Entre ambition environnementale, souveraineté et pressions économiques, le BBNJ ouvre un nouveau chapitre qui reste à écrire collectivement.
Dans l’écrin du musée de Tahiti et des îles, ce mardi, le message était double : pédagogique en apparence, stratégique en profondeur. Depuis le 17 janvier, le traité BBNJ – Biodiversity Beyond National Jurisdiction – est entré en vigueur. Une étape saluée comme “à la fois un aboutissement et un point de départ” par Étienne de la Fouchardière, secrétaire général adjoint du haut-commissariat.
Adopté en 2023 après près de vingt ans de discussions, ce texte onusien crée pour la première fois un cadre juridique spécifique pour protéger la biodiversité en haute mer, soit près de la moitié de la planète et un tiers de l’océan mondial. “Après le sprint des ratifications, place à la course de fond”, a résumé le représentant de l’État, rappelant que tout reste à construire : gouvernance de la future COP, critères scientifiques, premières aires marines protégées internationales.
Un prolongement naturel de Tai Nui Atea
Pour le ministre des Ressources marines et de l’Environnement, Taivini Teai, ce colloque visait d’abord à “fédérer autour de ce traité”, associations et institutions, afin de partager une même compréhension des enjeux. Le BBNJ constitue, selon lui, un levier pour “continuer à acquérir des connaissances pour une meilleure gestion de notre océan”.
Dans son discours, le ministre a replacé l’accord dans la continuité de la politique polynésienne : sanctuaire des mammifères marins, interdiction de la pêche à la senne, création en 2018 de l’aire marine gérée Tai Nui Atea couvrant 4,5 millions de km². “Les écosystèmes marins ne s’arrêtent pas aux frontières des 200 milles”, a-t-il rappelé, soulignant que “les décisions prises en matière de gestion de la haute mer ont un impact direct sur l’abondance, la qualité et la résilience des ressources de notre ZEE”.
Le traité permettra notamment la création d’aires marines protégées en haute mer, la réalisation d’études d’impact environnemental et un meilleur partage des connaissances issues des ressources génétiques marines.
Pour Tekau Frère, représentante de l’Alliance pour la haute mer, il s’agit d’un tournant : “Ce traité nous donne enfin une voix dans les décisions qui concernent les eaux internationales adjacentes à nos immenses ZEE”, s’est-elle réjouie, avant de retracer la genèse d’un texte né de tensions entre liberté d’exploitation et exigence de conservation. Elle a également insisté sur le fait que “l’océan n’a pas de frontières” : “Il n’appartient à personne, mais il concerne tout le monde.” La difficulté tient notamment à ce que la haute mer reste régie par une mosaïque d’instances “qui n’ont pas forcément la même tête”, avec des priorités sectorielles parfois contradictoires, rendant la gouvernance internationale fragmentée et peu cohérente.
De la gestion locale à la gouvernance mondiale
Terena Hargous-Chartiez, de la Direction de l’environnement (Diren), voit dans le BBNJ une prolongation logique de Tai Nui Atea : l’enjeu est désormais de relier “une gestion locale avec Tai Nui Atea à une gouvernance mondiale grâce au BBNJ”. Car “ce qui se passe en haute mer peut impacter les efforts que l’on mène dans notre ZEE”.
Sur le terrain, cette stratégie se décline archipel par archipel. Tai Nui Atea “n’est pas qu’un zonage”, mais une gouvernance partagée avec les communes et les communautés locales, intégrant savoirs traditionnels et expertise scientifique. Une réserve intégrale de 220 000 km² dans la Société, un parc marin de 700 000 km² aux Gambier, des projets en discussion aux Australes et aux Marquises : l’objectif est d’articuler protection forte et développement durable.
En toile de fond, le débat sur les grands fonds
Si le colloque s’est voulu technique et pédagogique, le contexte politique local est difficile à ignorer. Le traité s’inscrit dans la dynamique de l’Unoc de Nice, où le gouvernement Brotherson a acté un tournant majeur : classement de la ZEE en espace naturel protégé – et non plus en aire marine gérée comme depuis 2018 – ainsi qu’interdiction générale d’exploitation des ressources marines sur l’ensemble de la zone.
“Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est à la fois un aboutissement et un point de départ”, a rappelé Étienne de la Fouchardière, soulignant que l’entrée en vigueur du traité est “d’abord la grande réussite de l’Unoc à Nice”. Une réussite diplomatique dont tout le monde ne partage pas la lecture politique, à commencer par le président du Tavini.
Interrogé sur les positions d’Oscar Temaru, qui plaide pour “explorer et exploiter” les ressources profondes et en a fait un thème de campagne municipale, Taivini Teai reste aligné sur la ligne du président du Pays : “Oui à l’exploration, non à l’exploitation”. Dans son discours, il a simplement reconnu l’existence de “tensions autour de la pêche en haute mer et de l’exploitation des grands fonds”.
L’État en appui, la mise en œuvre en question
Pour l’État, l’heure est à l’accompagnement. Étienne de la Fouchardière a évoqué la mobilisation des organismes de recherche, les campagnes scientifiques sur les grands fonds dans le cadre de France 2030, ainsi que l’appui en matière de surveillance maritime. Mais le BBNJ reste avant tout un cadre juridique, et les financements devront passer par d’autres canaux, notamment via des partenariats et des ONG.
Au musée de de Tahiti et des îles, mardi matin, le temps était à la pédagogie et à l’unité. Mais chacun sait que la haute mer demeure un espace de convoitises. Entre ambition environnementale, souveraineté et pressions économiques, le BBNJ ouvre un nouveau chapitre qui reste à écrire collectivement.
BBNJ : quels financements pour la mise en œuvre ?
L’entrée en vigueur du traité ne s’accompagne pas d’une enveloppe automatique pour les États ou territoires. Comme l’a rappelé le ministre de l’Environnement et des Ressources marines, le BBNJ est d’abord un cadre juridique.
Le mécanisme financier repose sur quatre leviers : Les contributions budgétaires des États parties, qui assurent le fonctionnement institutionnel. Un fonds de contributions volontaires, destiné notamment à permettre la participation des pays en développement aux instances du traité. Un fonds spécial, alimenté par les paiements liés aux ressources génétiques marines (RGM), ainsi que par des contributions volontaires publiques ou privées. Le recours possible au Fonds pour l’environnement mondial pour financer certains projets. Un comité des finances, créé par la future COP du BBNJ, devra préciser les modalités de fonctionnement et de répartition.
Pour la Polynésie française, l’enjeu sera donc moins celui d’un financement direct que de sa capacité à mobiliser ces instruments à travers l’État, les partenariats scientifiques et les ONG, notamment pour appuyer les projets en cours dans les archipels, comme les études sur les couloirs migratoires des tortues aux Gambier ou le renforcement des aires marines protégées de Tai Nui Atea.
Le mécanisme financier repose sur quatre leviers : Les contributions budgétaires des États parties, qui assurent le fonctionnement institutionnel. Un fonds de contributions volontaires, destiné notamment à permettre la participation des pays en développement aux instances du traité. Un fonds spécial, alimenté par les paiements liés aux ressources génétiques marines (RGM), ainsi que par des contributions volontaires publiques ou privées. Le recours possible au Fonds pour l’environnement mondial pour financer certains projets. Un comité des finances, créé par la future COP du BBNJ, devra préciser les modalités de fonctionnement et de répartition.
Pour la Polynésie française, l’enjeu sera donc moins celui d’un financement direct que de sa capacité à mobiliser ces instruments à travers l’État, les partenariats scientifiques et les ONG, notamment pour appuyer les projets en cours dans les archipels, comme les études sur les couloirs migratoires des tortues aux Gambier ou le renforcement des aires marines protégées de Tai Nui Atea.