crédit photo : santé-tahiti
Tahiti, le 31 décembre 2025 - Promulguée le 30 décembre, la loi reconnaissant le préjudice subi par les femmes condamnées pour avortement referme une page sombre de l’histoire nationale. En Polynésie française, où l’IVG n’a été légalisée qu’en 2001, cette reconnaissance ravive une mémoire encore douloureuse. Au moment où Paris a choisi d’étendre à la Polynésie le dispositif sur l’aide à mourir sans concertation préalable, le Pays craint de revivre une nouvelle fois un choix de société décidé ailleurs.
La reconnaissance est désormais inscrite dans la loi. En promulguant, le 30 décembre, le texte visant à reconnaître le préjudice subi par les personnes condamnées pour avortement, l’État français admet officiellement que des lois pénalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ont causé des souffrances profondes et durables. Une avancée mémorielle majeure, 50 ans après la loi Veil. En Polynésie française, cette reconnaissance nationale fait pourtant ressurgir une blessure plus récente. Car ici, l’interruption volontaire de grossesse n’a été légalisée qu’en 2001, soit 26 ans après la métropole. Durant tout ce temps, des femmes ont continué à avorter dans la clandestinité, confrontées à la peur, à l’isolement et à la culpabilité, dans un silence quasi total.
Ce décalage historique s’expliquait déjà par le poids des confessions religieuses et par la prudence des responsables politiques locaux face aux grandes questions sociétales. À l’époque, il avait fallu passer par le Conseil constitutionnel pour imposer l’application de la loi Veil, au nom non pas seulement de la santé publique, mais de la liberté des personnes, compétence régalienne de l’État. Vingt-quatre ans plus tard, le débat sur la fin de vie ravive les mêmes lignes de fracture. Jeudi 27 novembre, l’assemblée de la Polynésie française a adopté une résolution demandant à l’État de respecter la souveraineté sanitaire, culturelle et éthique du Pays dans l’examen des textes sur l’aide à mourir et les soins palliatifs. Derrière un vote très largement favorable, c’est surtout la méthode de Paris qui a été dénoncée : une extension par amendement, sans concertation préalable, sur un sujet jugé intime et profondément clivant.
Un air de déjà-vu législatif
Ce parallèle avec l’avortement s’est imposé dans les échanges. Comme hier pour l’IVG, l’aide à mourir est présentée par l’État comme une liberté, non comme une obligation. Et comme hier, une partie de la classe politique locale réclame du temps, du dialogue, voire une consultation populaire, pour éviter qu’une nouvelle loi sociétale ne soit perçue comme imposée de l’extérieur. La résolution adoptée n’a pas de portée contraignante, mais elle trace une ligne claire : celle d’un Pays qui ne conteste pas le débat, mais refuse de le subir. En filigrane, elle rappelle aussi que l’histoire de l’IVG en Polynésie reste largement absente de la reconnaissance nationale. Si la loi promulguée le 30 décembre réhabilite symboliquement des femmes condamnées avant 1975, elle laisse dans l’ombre celles qui, ici, ont avorté illégalement bien après.
Avortement hier, fin de vie aujourd’hui : deux combats différents, mais un même enjeu. Celui de concilier droits fondamentaux, respect des convictions et prise en compte des réalités locales, pour que la loi ne soit plus seulement juste sur le papier, mais comprise et acceptée par celles et ceux à qui elle s’applique.
La reconnaissance est désormais inscrite dans la loi. En promulguant, le 30 décembre, le texte visant à reconnaître le préjudice subi par les personnes condamnées pour avortement, l’État français admet officiellement que des lois pénalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ont causé des souffrances profondes et durables. Une avancée mémorielle majeure, 50 ans après la loi Veil. En Polynésie française, cette reconnaissance nationale fait pourtant ressurgir une blessure plus récente. Car ici, l’interruption volontaire de grossesse n’a été légalisée qu’en 2001, soit 26 ans après la métropole. Durant tout ce temps, des femmes ont continué à avorter dans la clandestinité, confrontées à la peur, à l’isolement et à la culpabilité, dans un silence quasi total.
Ce décalage historique s’expliquait déjà par le poids des confessions religieuses et par la prudence des responsables politiques locaux face aux grandes questions sociétales. À l’époque, il avait fallu passer par le Conseil constitutionnel pour imposer l’application de la loi Veil, au nom non pas seulement de la santé publique, mais de la liberté des personnes, compétence régalienne de l’État. Vingt-quatre ans plus tard, le débat sur la fin de vie ravive les mêmes lignes de fracture. Jeudi 27 novembre, l’assemblée de la Polynésie française a adopté une résolution demandant à l’État de respecter la souveraineté sanitaire, culturelle et éthique du Pays dans l’examen des textes sur l’aide à mourir et les soins palliatifs. Derrière un vote très largement favorable, c’est surtout la méthode de Paris qui a été dénoncée : une extension par amendement, sans concertation préalable, sur un sujet jugé intime et profondément clivant.
Un air de déjà-vu législatif
Ce parallèle avec l’avortement s’est imposé dans les échanges. Comme hier pour l’IVG, l’aide à mourir est présentée par l’État comme une liberté, non comme une obligation. Et comme hier, une partie de la classe politique locale réclame du temps, du dialogue, voire une consultation populaire, pour éviter qu’une nouvelle loi sociétale ne soit perçue comme imposée de l’extérieur. La résolution adoptée n’a pas de portée contraignante, mais elle trace une ligne claire : celle d’un Pays qui ne conteste pas le débat, mais refuse de le subir. En filigrane, elle rappelle aussi que l’histoire de l’IVG en Polynésie reste largement absente de la reconnaissance nationale. Si la loi promulguée le 30 décembre réhabilite symboliquement des femmes condamnées avant 1975, elle laisse dans l’ombre celles qui, ici, ont avorté illégalement bien après.
Avortement hier, fin de vie aujourd’hui : deux combats différents, mais un même enjeu. Celui de concilier droits fondamentaux, respect des convictions et prise en compte des réalités locales, pour que la loi ne soit plus seulement juste sur le papier, mais comprise et acceptée par celles et ceux à qui elle s’applique.
Quand Paris tranche ce que le Pays n’osait pas décider
Le retard de vingt-six ans dans l’application de la loi Veil en Polynésie française ne relève pas seulement d’un contexte culturel ou religieux : il dit aussi l’embarras durable d’une classe politique locale prise en étau entre convictions personnelles, poids des confessions et calcul électoral. Pendant des décennies, l’IVG a constitué un sujet à haut risque, synonyme de fractures internes et de pertes de voix potentielles. Ne pas décider était alors une stratégie. Laisser l’État trancher permettait d’éviter d’endosser politiquement un choix de société jugé explosif.
Lorsque l’application de la loi Veil a finalement été imposée par Paris, ce fut aussi, pour nombre d’élus locaux, un soulagement tacite. L’État assumait seul la responsabilité d’une réforme que beaucoup jugeaient nécessaire sans vouloir en payer le prix politique. En ce sens, l’intervention régalienne a levé une épine du pied à ceux qui, prisonniers d’équilibres électoraux fragiles, avaient préféré le statu quo au débat.
Ce précédent éclaire d’un jour nouveau les crispations actuelles autour de l’aide à mourir. Derrière la dénonciation d’un passage en force, se lit aussi la crainte de revivre le même scénario : celui d’un État qui décide à la place du Pays, tout en exposant les responsables locaux aux conséquences sociales d’un choix qu’ils n’auront ni porté ni expliqué. La résolution votée par l’Assemblée de la Polynésie française traduit autant une demande de respect institutionnel qu’une volonté de reprendre la main sur des sujets que la politique locale a trop longtemps contournés.
Car refuser le débat n’a jamais empêché la société d’évoluer. Mais à force de déléguer les décisions les plus sensibles à Paris, le risque est double : celui d’une défiance accrue envers l’État, et celui d’une responsabilité politique locale qui s’efface précisément là où elle devrait s’affirmer.
Lorsque l’application de la loi Veil a finalement été imposée par Paris, ce fut aussi, pour nombre d’élus locaux, un soulagement tacite. L’État assumait seul la responsabilité d’une réforme que beaucoup jugeaient nécessaire sans vouloir en payer le prix politique. En ce sens, l’intervention régalienne a levé une épine du pied à ceux qui, prisonniers d’équilibres électoraux fragiles, avaient préféré le statu quo au débat.
Ce précédent éclaire d’un jour nouveau les crispations actuelles autour de l’aide à mourir. Derrière la dénonciation d’un passage en force, se lit aussi la crainte de revivre le même scénario : celui d’un État qui décide à la place du Pays, tout en exposant les responsables locaux aux conséquences sociales d’un choix qu’ils n’auront ni porté ni expliqué. La résolution votée par l’Assemblée de la Polynésie française traduit autant une demande de respect institutionnel qu’une volonté de reprendre la main sur des sujets que la politique locale a trop longtemps contournés.
Car refuser le débat n’a jamais empêché la société d’évoluer. Mais à force de déléguer les décisions les plus sensibles à Paris, le risque est double : celui d’une défiance accrue envers l’État, et celui d’une responsabilité politique locale qui s’efface précisément là où elle devrait s’affirmer.