Tahiti, le 10 février 2026 - Quatre mois après la dernière séquence onusienne sur la décolonisation, Richard Tuheiava, directeur de cabinet d’Antony Géros et bras armé juridique de la majorité à l’assemblée, estime avoir “tout obtenu sur le plan formel”. Résolution inchangée, dialogue bloqué avec l’État, commission d’enquête retoquée : le camp Tavini, côté assemblée, a fait le tour de la question onusienne et veut désormais déplacer le combat sur le terrain politique, via des missions d’information et des initiatives locales. En toile de fond, des divergences avec l’exécutif et la pression des municipales.
Mardi, à l’assemblée, Richard Tuheiava, directeur de cabinet d’Antony Géros, a fait le point avec nous sur le dossier onusien de la décolonisation. Son constat est sans détour : la séquence diplomatique touche à son plafond. Autrement dit, ils estiment avoir fait le tour de la question et ne plus rien pouvoir obtenir de New York. La résolution adoptée en décembre par l’Assemblée générale n’a, en effet, “pas bougé d’un iota” par rapport au texte préparé en juin par le comité des 24. Et pour les artisans du dossier, la séquence onusienne est désormais bouclée. Place à l’action locale.
“La résolution a été adoptée, avec notamment la remise à jour du reporting nucléaire et la référence au programme de travail constructif. Sur le plan textuel, on a tout eu. On ne peut pas aller plus loin formellement”, résume-t-il. La suite dépend désormais d’actes concrets : séminaire régional, mission de visite du C24, ou lancement d’un dialogue de décolonisation. Or, sur ces points, la mécanique est grippée.
“Il faut démystifier les Nations Unies”
La “visiting mission” réclamée par les indépendantistes, sans opposition de principe chez les autonomistes, reste à l’arrêt. “C’est bloqué. Clairement bloqué par l’État”, affirme Richard Tuheiava, qui estime que Paris “botte en touche” également sur le dialogue politique. Un recours pour défaut de dialogue est toujours pendant devant la cour administrative d’appel. Mais là encore, le camp Géros ne nourrit guère d’illusions sur l’issue : “On se dirige vers une scène internationale contentieuse. La géopolitique actuelle n’aime pas trop ce genre de posture.”
Face à ce verrou, la stratégie évolue. “Il faut démystifier maintenant les Nations Unies. On a eu ce qu’on voulait. Ça, c’était le combat juridico-diplomatique. Maintenant, il faut bosser sur le terrain.” La commission spéciale de décolonisation de l’assemblée de la Polynésie française doit d’ailleurs se réunir prochainement pour enclencher une phase plus politique, davantage tournée vers les ressources naturelles et les rapports de force régionaux.
Commission retoquée : “On ne fera pas appel”
Sur le front interne, le revers judiciaire sur la commission d’enquête relative à la “valeur” de la Polynésie marque aussi un tournant. Le tribunal administratif a annulé la délibération créant cette commission dotée de moyens importants. Cette fois, pas d’appel. “On ne fera pas appel. On acquiesce, puis on recommence autrement. On est fair-play”, tranche Richard Tuheiava. Hors de question également de modifier le règlement intérieur pour contourner la censure : “On ne modifie pas sur mesure le règlement d’une institution aussi importante.”
Ce refus de “tripatouiller” le règlement intérieur intervient aussi après une séquence tendue, fin 2023, lorsque les élus d’opposition du Tapura et d’Ahip avaient dénoncé une révision portée par Antony Géros. Ils y voyaient un renforcement des pouvoirs du président de l’assemblée dans la conduite des débats. Était surtout visée la règle limitant la diffusion des comptes rendus de la commission spéciale de décolonisation aux seuls membres disposant d’une voix délibérative – dénoncée comme une “chape de plomb” par l’opposition. Antony Géros avait alors rejeté toute dérive autoritaire, parlant d’une simple clarification du fonctionnement interne.
Les récents revers judiciaires du Tavini sur ses outils d’investigation parlementaire semblent d’ailleurs avoir conduit à un ajustement de méthode. À la place de la commission d’enquête retoquée, Richard Tuheiava nous a confié aller désormais dans le sens de ce qu’avaient préconisé les élus de l’opposition d’ailleurs, à savoir la mise en place de deux missions d’information distinctes : l’une sur les transferts financiers de l’État et la valeur économique du territoire, l’autre sur les ressources des fonds marins, initialement englobées dans un seul dispositif. Un recentrage assumé : “On a peut-être été un peu trop gourmands en mélangeant transferts d’État et ressources de la ZEE. Il faut scinder en deux.”
Deux missions d’information pour remplacer la commission d’enquête
Ces missions n’auront toutefois ni la même force ni les mêmes moyens. Budget bien plus réduit – de l’ordre de 2 millions contre 25 pour la commission d’enquête –, absence de pouvoirs coercitifs, impossibilité de mandater les cabinets externes envisagés au départ. “Ce ne sont pas les mêmes moyens. On va jouer plus correct sur le plan financier”, admet le directeur de cabinet, tout en espérant un relais du côté de l’exécutif pour compléter le travail.
C’est là que transparaît la ligne de fracture interne. Sans jamais attaquer frontalement le président du Pays, il pointe un décalage de tempo : “Il impose un rythme qui n’est pas le même. Nous, on a un mandat à terminer et des objectifs à atteindre.” Et d’ajouter : “On peut avancer aussi sans l’exécutif, sur certains points, et presque terminer un mandat de manière satisfaisante sur la décolonisation.” Ce décalage se lit aussi dans le dossier du recours judiciaire contre l’État pour défaut de dialogue, pourtant annoncé en octobre par le président du Pays. La procédure, qui devait être engagée rapidement, est aujourd’hui à l’arrêt. Officiellement, l’exécutif évoque d’autres priorités juridiques. En interne, certains y voient plutôt un signal de retenue politique vis-à-vis de Paris, à rebours de la stratégie plus offensive portée par la majorité Tavini à l’assemblée.
“On continue la démarche, avec ou sans l’exécutif”
Richard Tuheiava assume la différence de posture : “On ne peut pas à chaque fois attendre que le lapin sorte du chapeau. On continue la démarche, avec ou sans l’exécutif. Parce que sinon, on perd du temps sur le fond.” Manière de rappeler que, côté législatif, la séquence onusienne est considérée comme bouclée et que le rapport de force doit désormais se jouer ailleurs.
À l’approche des municipales, cette différence de rythme devient aussi un enjeu politique interne. Les tensions internes au mouvement, les rumeurs de listes dissidentes et les divergences de doctrine entre partisans d’une ligne dure et tenants d’une approche plus graduelle compliquent encore l’équation. Richard Tuheiava le résume sans détour : Moetai Brotherson “ménage la chèvre et le chou”. Une attitude jugée “intelligente” sur le plan tactique, mais qui ne saurait, selon lui, dicter le tempo de l’assemblée.
“Nous, on a fait le travail juridico-diplomatique. Maintenant, il faut engager quelque chose de plus politique.” Message clair : pour la branche dure du Tavini, pas question de lever le pied. ONU ou pas, recours ou pas, calendrier électoral ou pas, la ligne idéologique, elle, ne bouge pas.
Mardi, à l’assemblée, Richard Tuheiava, directeur de cabinet d’Antony Géros, a fait le point avec nous sur le dossier onusien de la décolonisation. Son constat est sans détour : la séquence diplomatique touche à son plafond. Autrement dit, ils estiment avoir fait le tour de la question et ne plus rien pouvoir obtenir de New York. La résolution adoptée en décembre par l’Assemblée générale n’a, en effet, “pas bougé d’un iota” par rapport au texte préparé en juin par le comité des 24. Et pour les artisans du dossier, la séquence onusienne est désormais bouclée. Place à l’action locale.
“La résolution a été adoptée, avec notamment la remise à jour du reporting nucléaire et la référence au programme de travail constructif. Sur le plan textuel, on a tout eu. On ne peut pas aller plus loin formellement”, résume-t-il. La suite dépend désormais d’actes concrets : séminaire régional, mission de visite du C24, ou lancement d’un dialogue de décolonisation. Or, sur ces points, la mécanique est grippée.
“Il faut démystifier les Nations Unies”
La “visiting mission” réclamée par les indépendantistes, sans opposition de principe chez les autonomistes, reste à l’arrêt. “C’est bloqué. Clairement bloqué par l’État”, affirme Richard Tuheiava, qui estime que Paris “botte en touche” également sur le dialogue politique. Un recours pour défaut de dialogue est toujours pendant devant la cour administrative d’appel. Mais là encore, le camp Géros ne nourrit guère d’illusions sur l’issue : “On se dirige vers une scène internationale contentieuse. La géopolitique actuelle n’aime pas trop ce genre de posture.”
Face à ce verrou, la stratégie évolue. “Il faut démystifier maintenant les Nations Unies. On a eu ce qu’on voulait. Ça, c’était le combat juridico-diplomatique. Maintenant, il faut bosser sur le terrain.” La commission spéciale de décolonisation de l’assemblée de la Polynésie française doit d’ailleurs se réunir prochainement pour enclencher une phase plus politique, davantage tournée vers les ressources naturelles et les rapports de force régionaux.
Commission retoquée : “On ne fera pas appel”
Sur le front interne, le revers judiciaire sur la commission d’enquête relative à la “valeur” de la Polynésie marque aussi un tournant. Le tribunal administratif a annulé la délibération créant cette commission dotée de moyens importants. Cette fois, pas d’appel. “On ne fera pas appel. On acquiesce, puis on recommence autrement. On est fair-play”, tranche Richard Tuheiava. Hors de question également de modifier le règlement intérieur pour contourner la censure : “On ne modifie pas sur mesure le règlement d’une institution aussi importante.”
Ce refus de “tripatouiller” le règlement intérieur intervient aussi après une séquence tendue, fin 2023, lorsque les élus d’opposition du Tapura et d’Ahip avaient dénoncé une révision portée par Antony Géros. Ils y voyaient un renforcement des pouvoirs du président de l’assemblée dans la conduite des débats. Était surtout visée la règle limitant la diffusion des comptes rendus de la commission spéciale de décolonisation aux seuls membres disposant d’une voix délibérative – dénoncée comme une “chape de plomb” par l’opposition. Antony Géros avait alors rejeté toute dérive autoritaire, parlant d’une simple clarification du fonctionnement interne.
Les récents revers judiciaires du Tavini sur ses outils d’investigation parlementaire semblent d’ailleurs avoir conduit à un ajustement de méthode. À la place de la commission d’enquête retoquée, Richard Tuheiava nous a confié aller désormais dans le sens de ce qu’avaient préconisé les élus de l’opposition d’ailleurs, à savoir la mise en place de deux missions d’information distinctes : l’une sur les transferts financiers de l’État et la valeur économique du territoire, l’autre sur les ressources des fonds marins, initialement englobées dans un seul dispositif. Un recentrage assumé : “On a peut-être été un peu trop gourmands en mélangeant transferts d’État et ressources de la ZEE. Il faut scinder en deux.”
Deux missions d’information pour remplacer la commission d’enquête
Ces missions n’auront toutefois ni la même force ni les mêmes moyens. Budget bien plus réduit – de l’ordre de 2 millions contre 25 pour la commission d’enquête –, absence de pouvoirs coercitifs, impossibilité de mandater les cabinets externes envisagés au départ. “Ce ne sont pas les mêmes moyens. On va jouer plus correct sur le plan financier”, admet le directeur de cabinet, tout en espérant un relais du côté de l’exécutif pour compléter le travail.
C’est là que transparaît la ligne de fracture interne. Sans jamais attaquer frontalement le président du Pays, il pointe un décalage de tempo : “Il impose un rythme qui n’est pas le même. Nous, on a un mandat à terminer et des objectifs à atteindre.” Et d’ajouter : “On peut avancer aussi sans l’exécutif, sur certains points, et presque terminer un mandat de manière satisfaisante sur la décolonisation.” Ce décalage se lit aussi dans le dossier du recours judiciaire contre l’État pour défaut de dialogue, pourtant annoncé en octobre par le président du Pays. La procédure, qui devait être engagée rapidement, est aujourd’hui à l’arrêt. Officiellement, l’exécutif évoque d’autres priorités juridiques. En interne, certains y voient plutôt un signal de retenue politique vis-à-vis de Paris, à rebours de la stratégie plus offensive portée par la majorité Tavini à l’assemblée.
“On continue la démarche, avec ou sans l’exécutif”
Richard Tuheiava assume la différence de posture : “On ne peut pas à chaque fois attendre que le lapin sorte du chapeau. On continue la démarche, avec ou sans l’exécutif. Parce que sinon, on perd du temps sur le fond.” Manière de rappeler que, côté législatif, la séquence onusienne est considérée comme bouclée et que le rapport de force doit désormais se jouer ailleurs.
À l’approche des municipales, cette différence de rythme devient aussi un enjeu politique interne. Les tensions internes au mouvement, les rumeurs de listes dissidentes et les divergences de doctrine entre partisans d’une ligne dure et tenants d’une approche plus graduelle compliquent encore l’équation. Richard Tuheiava le résume sans détour : Moetai Brotherson “ménage la chèvre et le chou”. Une attitude jugée “intelligente” sur le plan tactique, mais qui ne saurait, selon lui, dicter le tempo de l’assemblée.
“Nous, on a fait le travail juridico-diplomatique. Maintenant, il faut engager quelque chose de plus politique.” Message clair : pour la branche dure du Tavini, pas question de lever le pied. ONU ou pas, recours ou pas, calendrier électoral ou pas, la ligne idéologique, elle, ne bouge pas.