Au salon du tourisme, les pensions respirent mieux mais les billets coincent encore


Tahiti, le 5 septembre 2026 – En février, certaines pensions des îles éloignées vendaient leurs séjours sans même savoir si leurs clients pourraient prendre l’avion, faute de visibilité sur le renouvellement de la délégation de service public (DSP) aérienne. Six mois plus tard, changement d’ambiance au Salon du tourisme de Mama’o : les vols sont ouverts à la réservation plusieurs mois à l’avance et les carnets se remplissent de nouveau. Mais une inquiétude en a chassé une autre : celle du prix des billets, parfois bien supérieur aux tarifs d’appel affichés.
 
 
“Alléluia !” Derrière son stand aux couleurs de Makemo, Véronique, de la pension Hello Makemo, n’a pas oublié le Salon de février. “Ça a été vraiment une catastrophe parce qu’on ne pouvait pas réserver au-delà de juin.” Six mois plus tard, le décor a changé. Les ventes sont ouvertes jusqu’en février prochain et les clients peuvent de nouveau se projeter. “Cette année, ils ont fait beaucoup d’efforts”, reconnaît-elle.
 
En février, l’échéance de la DSP aérienne au 30 juin empêchait en effet Air Tahiti de commercialiser des vols au-delà de cette date vers les 34 destinations concernées. Pour les pensions venues vendre des séjours plusieurs mois à l’avance, le rendez-vous avait tourné au casse-tête. Plusieurs avaient même enregistré des réservations sans pouvoir garantir à leurs clients qu’un avion les conduirait jusqu’à leur île.
 
De la visibilité retrouvée
 
Cette fois, l’horizon s’est dégagé. À Ahe, Raita Richmond ne cache pas son soulagement. “Ça va beaucoup mieux. Ce qui est bien, c’est que ça a poussé les dates de vente jusqu’au 30 avril. C’est excellent pour nous tous.” Les réservations suivent et la pension peut encore remplir son carnet de commandes pour l’année prochaine.
 
À cela s’ajoute, pour treize destinations de la DSP représentées au Salon, le nouveau dispositif Tīteti Nātira’a Turu : une réduction de 4.000 francs par personne et par séjour. Une aide appréciée par Raita, qui y voit aussi une manière de remettre les îles éloignées dans la course : “Il faut arrêter aussi de toujours mettre en avant les îles rentables. Il faut aussi penser à nous qui sommes loin.”
 
Tout n’est pourtant pas réglé. À Manihi, Terava pointe encore des horaires qui compliquent les courts séjours : selon l’heure du vol retour, un week-end peut se résumer à une seule véritable journée sur place. “Avec la DSP, c’est toujours compliqué”, résume-t-elle.
 
Car dans les allées de Mama’o, une autre préoccupation revient vite dans les conversations : le coût du transport. À Makemo, Véronique évoque un aller-retour à 57.000 francs hors promotion. Pendant le Salon, certaines de ses clientes ont toutefois réussi à décrocher leurs billets à 36.000 ou 40.000 francs. “Ce n’est pas tant le prix de la pension, c’est plus le prix du billet” qui freine les voyageurs, constate-t-elle.
 
Le billet reste le frein
 
À Rangiroa, pourtant hors DSP, le ton se durcit encore. Isaline, de Ariitapuhia Lodge, assure que “l’envie est là”, mais s’agace du décalage entre les prix d’appel et ceux effectivement proposés aux clients. Un aller-retour affiché “à partir de 20.100 francs” est ainsi revenu à 35.000 francs à deux d’entre eux, samedi matin. “Soit on est salon, soit on n’est pas salon”, tranche-t-elle. Et si elle salue l’aide de 4.000 francs accordée à certaines destinations, elle regrette qu’elle ne soit pas plus étendue : “C’est comme si, quelque part, on orientait un petit peu le choix des personnes vers ces îles-là.”
 
Cela n’empêche pas les visiteurs de voyager, parfois avant même d’avoir sorti la carte bancaire. Casque de réalité virtuelle sur la tête, certains se retrouvent à surfer dans le tube d’une vague, nager avec les baleines ou partir aux Marquises avant de rejoindre les stands correspondants. “On a systématiquement un effet waouh”, sourit Nicolas Delon, de Tahiti VR.
 
À l’entrée du Salon, Coral Gardeners propose une autre façon de découvrir le Fenua. L’association emmène désormais le public sur ses sites de restauration pour comprendre le récif mais aussi participer au travail de ses équipes. “Tu en prends plein les yeux, tu apprends plein de choses et surtout tu participes à la mission”, résume Louise Sabadel. Une autre manière de rappeler que, jusqu’à dimanche à Mama’o, le voyage ne se résume pas tout à fait au prix du billet.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Dimanche 6 Septembre 2026 à 07:53 | Lu 601 fois