Tahiti, le 19 mai 2026 - Hasard du calendrier : pendant que le Fenua accueille depuis lundi le colloque des Outre-mer de la Ligue contre le cancer, le CHPF vient de lancer l’appel d’offres pour la maîtrise d’œuvre du futur bâtiment du cyclotron et de l’unité de radiopharmacie. Un dossier engagé depuis près de dix ans, mais dont l’avancement s’est grippé depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Brotherson en 2023, alors même que plusieurs étapes clés semblaient déjà verrouillées.
Le Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) a officiellement lancé son avis d’appel public à la concurrence pour la maîtrise d’œuvre du futur bâtiment destiné à accueillir le cyclotron, le TEP-scan et l’unité de radiopharmacie du Taaone. Les offres devront être remises avant le 22 juin prochain. Derrière cette procédure administrative se cache surtout le retour sur le devant de la scène d’un projet devenu emblématique des tensions autour de la politique de santé du Pays. Car le fameux cyclotron, cet équipement indispensable au fonctionnement optimal du TEP-scan pour détecter certains cancers (lire encadré), ressemble de plus en plus à un serpent de mer institutionnel.
Sur le papier pourtant, le dossier semblait largement engagé avant l’arrivée du gouvernement de Moetai Brotherson en mai 2023. Le premier Plan cancer avait été adopté dès 2017, avant que le TEP-scan et le cyclotron ne soient inscrits dans la carte sanitaire en 2018. L’année suivante, le Contrat de projets État-Polynésie française 2015-2020 actait le principe de financement des deux équipements.
Le CHPF sollicitait ensuite une subvention pour lancer l’opération, avant que le Pays et l’État ne formalisent en 2020 leurs participations financières et lancent les premiers appels d’offres. En parallèle, les premières études autour du futur Institut du cancer de Polynésie française (ICPF) et du laboratoire public d’anatomopathologie étaient lancées. L’ICPF était officiellement installé fin 2021 pour piloter la lutte contre le cancer au Fenua.
Mais derrière cette montée en puissance du Plan cancer, le chantier du cyclotron révélait déjà ses premières fragilités. En 2021, l’appel d’offres était déclaré infructueux après un dépassement budgétaire de 36 %, contraignant les porteurs du projet à revoir leur copie et à repousser les délais.
Le dossier change de rythme avec l’arrivée du Tavini
Malgré cela, le projet continuait d’avancer. En mars 2023, soit quelques semaines avant l’arrivée au pouvoir du Tavini, le marché de maîtrise d’œuvre pour la construction de l’Institut du cancer et des bâtiments du TEP-scan et du cyclotron était notifié. Deux mois plus tard, le CHPF indiquait que le cyclotron avait déjà été commandé pour plus de 300 millions de francs TTC et que le TEP-scan était en cours de dédouanement pour un coût de 230 millions de francs.
Mais l’alternance politique va progressivement rebattre les cartes. Plusieurs décisions sont réexaminées par la nouvelle équipe du ministre de la Santé de l’époque, Cédric Mercadal. De quoi alimenter, depuis deux ans, les critiques récurrentes autour d’un dossier jugé enlisé.
En cause notamment : la remise à plat du projet immobilier, les hésitations autour du site d’implantation et surtout l’absence de signature rapide de plusieurs conventions structurantes pour la poursuite du programme, pourtant attendues par les équipes médicales et techniques.
Le dossier devient explosif à Tarahoi
Depuis près de deux ans, le dossier du cyclotron s’est progressivement transformé en sujet hautement politique. À l’assemblée, Cédric Mercadal a été interpellé à plusieurs reprises par l’opposition sur les retards accumulés autour du TEP-scan, du cyclotron et de l’ICPF. Mais les critiques ne sont pas uniquement venues des bancs adverses. Avant de quitter la majorité, Hinamoeura Morgant-Cross avait elle aussi vivement attaqué la gestion du dossier, dénonçant des retards et des choix “qui tuent des gens”, dans une sortie particulièrement virulente à Tarahoi.
L’opposition comme plusieurs observateurs reprochent notamment à l’exécutif d’avoir inauguré un TEP-scan sans disposer encore du cyclotron permettant de produire localement les traceurs radioactifs indispensables à son fonctionnement optimal. Les critiques se sont encore accentuées ces derniers mois autour de l’ICPF, présenté comme la pièce maîtresse du Plan cancer mais dont plusieurs volets restent encore en attente. Le laboratoire public d’anatomopathologie, lancé en 2020 et livré début 2024, devait par exemple entrer en fonctionnement début 2025. Il a été officiellement inauguré le 3 mars dernier.
Face aux attaques, Cédric Mercadal dénonçait récemment un “procès politique bâti sur des contre-vérités”, défendant un dossier “extrêmement technique” et rappelant que “s’équiper coûte cher mais c’est le prix pour soigner les gens ici”.
Un chantier toujours sous contraintes
Et il faut dire que le document technique remis autour du projet illustre la complexité du chantier. Construire un bâtiment destiné à accueillir un cyclotron impose de lourdes contraintes en matière de radioprotection, de sécurité nucléaire et de gestion des matières radioactives. Même si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française n’est pas directement compétente en Polynésie, une convention de coopération encadre depuis 2012 les relations entre l’ASN et le Pays.
Même l’emplacement du futur bâtiment a changé en cours de route. La zone initialement prévue près de la rotonde du CHPF a finalement été abandonnée en raison d’un risque d’inondation. Le projet devrait désormais être implanté côté rue du Taaone, près de la sortie du parking de l’hôpital, pour un coût estimé à près d’un milliard de francs.
Le lancement de cet appel d’offres intervient enfin quelques jours après le départ de Cédric Mercadal du gouvernement. C’est désormais Raihei Ansquer qui récupère ce dossier sensible au moment où la Polynésie accueille le colloque des Outre-mer de la Ligue contre le cancer. Reste maintenant à savoir si ce nouvel appel d’offres permettra enfin au projet de sortir des annonces et des polémiques pour entrer concrètement dans sa phase de réalisation.
Le Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) a officiellement lancé son avis d’appel public à la concurrence pour la maîtrise d’œuvre du futur bâtiment destiné à accueillir le cyclotron, le TEP-scan et l’unité de radiopharmacie du Taaone. Les offres devront être remises avant le 22 juin prochain. Derrière cette procédure administrative se cache surtout le retour sur le devant de la scène d’un projet devenu emblématique des tensions autour de la politique de santé du Pays. Car le fameux cyclotron, cet équipement indispensable au fonctionnement optimal du TEP-scan pour détecter certains cancers (lire encadré), ressemble de plus en plus à un serpent de mer institutionnel.
Sur le papier pourtant, le dossier semblait largement engagé avant l’arrivée du gouvernement de Moetai Brotherson en mai 2023. Le premier Plan cancer avait été adopté dès 2017, avant que le TEP-scan et le cyclotron ne soient inscrits dans la carte sanitaire en 2018. L’année suivante, le Contrat de projets État-Polynésie française 2015-2020 actait le principe de financement des deux équipements.
Le CHPF sollicitait ensuite une subvention pour lancer l’opération, avant que le Pays et l’État ne formalisent en 2020 leurs participations financières et lancent les premiers appels d’offres. En parallèle, les premières études autour du futur Institut du cancer de Polynésie française (ICPF) et du laboratoire public d’anatomopathologie étaient lancées. L’ICPF était officiellement installé fin 2021 pour piloter la lutte contre le cancer au Fenua.
Mais derrière cette montée en puissance du Plan cancer, le chantier du cyclotron révélait déjà ses premières fragilités. En 2021, l’appel d’offres était déclaré infructueux après un dépassement budgétaire de 36 %, contraignant les porteurs du projet à revoir leur copie et à repousser les délais.
Le dossier change de rythme avec l’arrivée du Tavini
Malgré cela, le projet continuait d’avancer. En mars 2023, soit quelques semaines avant l’arrivée au pouvoir du Tavini, le marché de maîtrise d’œuvre pour la construction de l’Institut du cancer et des bâtiments du TEP-scan et du cyclotron était notifié. Deux mois plus tard, le CHPF indiquait que le cyclotron avait déjà été commandé pour plus de 300 millions de francs TTC et que le TEP-scan était en cours de dédouanement pour un coût de 230 millions de francs.
Mais l’alternance politique va progressivement rebattre les cartes. Plusieurs décisions sont réexaminées par la nouvelle équipe du ministre de la Santé de l’époque, Cédric Mercadal. De quoi alimenter, depuis deux ans, les critiques récurrentes autour d’un dossier jugé enlisé.
En cause notamment : la remise à plat du projet immobilier, les hésitations autour du site d’implantation et surtout l’absence de signature rapide de plusieurs conventions structurantes pour la poursuite du programme, pourtant attendues par les équipes médicales et techniques.
Le dossier devient explosif à Tarahoi
Depuis près de deux ans, le dossier du cyclotron s’est progressivement transformé en sujet hautement politique. À l’assemblée, Cédric Mercadal a été interpellé à plusieurs reprises par l’opposition sur les retards accumulés autour du TEP-scan, du cyclotron et de l’ICPF. Mais les critiques ne sont pas uniquement venues des bancs adverses. Avant de quitter la majorité, Hinamoeura Morgant-Cross avait elle aussi vivement attaqué la gestion du dossier, dénonçant des retards et des choix “qui tuent des gens”, dans une sortie particulièrement virulente à Tarahoi.
L’opposition comme plusieurs observateurs reprochent notamment à l’exécutif d’avoir inauguré un TEP-scan sans disposer encore du cyclotron permettant de produire localement les traceurs radioactifs indispensables à son fonctionnement optimal. Les critiques se sont encore accentuées ces derniers mois autour de l’ICPF, présenté comme la pièce maîtresse du Plan cancer mais dont plusieurs volets restent encore en attente. Le laboratoire public d’anatomopathologie, lancé en 2020 et livré début 2024, devait par exemple entrer en fonctionnement début 2025. Il a été officiellement inauguré le 3 mars dernier.
Face aux attaques, Cédric Mercadal dénonçait récemment un “procès politique bâti sur des contre-vérités”, défendant un dossier “extrêmement technique” et rappelant que “s’équiper coûte cher mais c’est le prix pour soigner les gens ici”.
Un chantier toujours sous contraintes
Et il faut dire que le document technique remis autour du projet illustre la complexité du chantier. Construire un bâtiment destiné à accueillir un cyclotron impose de lourdes contraintes en matière de radioprotection, de sécurité nucléaire et de gestion des matières radioactives. Même si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française n’est pas directement compétente en Polynésie, une convention de coopération encadre depuis 2012 les relations entre l’ASN et le Pays.
Même l’emplacement du futur bâtiment a changé en cours de route. La zone initialement prévue près de la rotonde du CHPF a finalement été abandonnée en raison d’un risque d’inondation. Le projet devrait désormais être implanté côté rue du Taaone, près de la sortie du parking de l’hôpital, pour un coût estimé à près d’un milliard de francs.
Le lancement de cet appel d’offres intervient enfin quelques jours après le départ de Cédric Mercadal du gouvernement. C’est désormais Raihei Ansquer qui récupère ce dossier sensible au moment où la Polynésie accueille le colloque des Outre-mer de la Ligue contre le cancer. Reste maintenant à savoir si ce nouvel appel d’offres permettra enfin au projet de sortir des annonces et des polémiques pour entrer concrètement dans sa phase de réalisation.
Un TEP-scan… bridé faute de cyclotron
Inauguré en grande pompe, le TEP-scan du CHPF reste aujourd’hui loin de fonctionner à plein régime. Faute de cyclotron capable de produire localement les traceurs radioactifs indispensables à l’examen, l’appareil ne peut être utilisé que pour un nombre limité d’indications, principalement liées au cancer de la prostate.
Or, avec une unité complète de radiopharmacie, les médecins pourraient élargir considérablement son utilisation à d’autres pathologies lourdes, notamment les cancers du sein, du poumon ou certains cancers digestifs. En clair, la Polynésie dispose déjà d’un outil de pointe à plusieurs centaines de millions de francs… mais encore largement sous-exploité faute de disposer de toute la chaîne technique nécessaire à son fonctionnement optimal. Autrement dit, le CHPF possède déjà une Formule 1… mais sans le moteur capable de la faire tourner à pleine puissance.
Inauguré en grande pompe, le TEP-scan du CHPF reste aujourd’hui loin de fonctionner à plein régime. Faute de cyclotron capable de produire localement les traceurs radioactifs indispensables à l’examen, l’appareil ne peut être utilisé que pour un nombre limité d’indications, principalement liées au cancer de la prostate.
Or, avec une unité complète de radiopharmacie, les médecins pourraient élargir considérablement son utilisation à d’autres pathologies lourdes, notamment les cancers du sein, du poumon ou certains cancers digestifs. En clair, la Polynésie dispose déjà d’un outil de pointe à plusieurs centaines de millions de francs… mais encore largement sous-exploité faute de disposer de toute la chaîne technique nécessaire à son fonctionnement optimal. Autrement dit, le CHPF possède déjà une Formule 1… mais sans le moteur capable de la faire tourner à pleine puissance.