Après une visite remarquée au Kremlin, le président de Madagascar à l'Elysée mardi


Ludovic MARIN / AFP
Paris, France | AFP | mardi 24/02/2026 - Il a réservé ses premières visites internationales aux Emirats arabes unis, à l'Afrique du Sud et surtout à la Russie: le colonel Michaël Randrianirina, nouveau dirigeant de Madagascar, rencontrera mardi le président français Emmanuel Macron dans une volonté commune de renouveler la relation entre les deux pays.

"L'étape pour nous c'est de consolider et renouveler cette relation (...) avec l'objectif du président de renouvellement des partenariats avec un certain nombre de pays africains", a expliqué la présidence française, soulignant que la relation avec Madagascar restait "prioritaire pour la France en Afrique".

Situé sur des routes maritimes stratégiques reliant l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie, Madagascar, ancienne colonie française (1897-1960), dispose de ressources naturelles multiples - du nickel au cobalt en passant par des terres agricoles et une grande biodiversité - qui attisent les convoitises.

Si la France s'efforce de construire un partenariat "d'égal à égal" pour rompre avec l'image néocoloniale, elle espère également maintenir son influence face à la montée en puissance de pays comme la Chine, l'Inde, les Emirats, et plus récemment la Russie.

"La France a de nombreux intérêts à préserver à Madagascar et dans l'Ocean Indien plus largement", résume Mathieu Pellerin, chercheur à l'Institut français des Relations internationales (IFRI), soulignant que "la France compte dans l'océan Indien une importante force militaire, les FAZSOI, et une longue tradition de cooperation militaire avec l'état malgache".

Du côté de Madagascar, l'objectif est d'éviter une dépendance exclusive à la France en multipliant les partenariats, un mouvement déjà opéré sous la présidence d'Andry Rajoelina et qui pourrait s'amplifier avec Michaël Randrianirina, porté au pouvoir à l'automne dernier par une mutinerie de l'armée à la faveur d'une vaste contestation populaire.

Positionné comme "président de la Refondation de la République", celui-ci doit améliorer la situation socio-économique du pays, dont une grande majorité de la population vit dans la pauvreté.

Interrogé par les médias avant de s'envoler pour la France, le dirigeant malgache a assuré que les visites en Russie et en France n'avaient "aucun lien entre elles". Il n'a fait que répondre à l'invitation des deux pays.

- Bénéfices pour la population -

"Nous suivons la politique que nous avons adoptée en matière de diplomatie: établir des relations avec les pays qui peuvent apporter des bénéfices au peuple malgache", a-t-il ajouté.

Jeudi, en visite à Moscou, il a ainsi annoncé "une nouvelle ère de coopération". 

Depuis janvier déjà, des instructeurs militaires russes sont sur la Grande île pour former leurs homologues malgaches au maniement d'armes livrées en décembre, dont des drones.

A Paris, il verra les entreprises françaises au Medef et les bailleurs internationaux au siège parisien de la Banque mondiale.

A partir des années 70, "des liens diplomatiques et militaires assez forts s'étaient (déjà) développés entre le Pacte de Varsovie et Madagascar", rappelle Samuel Sanchez, professeur à l'université Panthéon-Sorbonne et auteur de "Madagascar, une approche de l'histoire par les documents".

"De nombreux militaires malgaches (...) ont ainsi reçu leur formation en Union soviétique et dans les pays du Bloc de l'Est. Il y a sans doute un legs de cette époque-là", poursuit l'historien.

Le nouveau président, note-t-il, semble en outre reprendre "le concept de +diplomatie tous azimuts+ qui était chère au président Didier Ratsiraka", lequel dirigea Madagascar pendant plus de 20 ans au total. A l'évidence, il "essaie de tirer profit de la compétition géopolitique actuelle".

L'historien constate néanmoins que plus de 30% des exportations malgaches se dirigent vers l'Union européenne (dont la moitié vers la France) tandis que "la Russie reste un partenaire économique mineur de Madagascar, avec moins de 1% des exportations malgaches".

Si à Paris, on prend acte de la poussée russe, on compte passer des messages claires sur la ligne rouge: la déstabilisation du lien entre la France et Madagascar.

"La France est attachée aux îles éparses sur lesquelles Madagascar conteste la souveraineté à la France depuis plusieurs décennies", souligne Mathieu Pellerin. "Côté français, on redoute très probablement qu'un rapprochement avec la Russie durcisse les revendications malgaches sur les îles éparses", dit-il.

A Madagascar, de nombreux diplomates sont inquiets "de la rapidité avec laquelle la Russie a réagi" pour se rapprocher du nouveau président, selon une source diplomatique occidentale à Madagascar.

le Mardi 24 Février 2026 à 05:54 | Lu 151 fois