Amour, prison et récidive


Tahiti, le 15 juin 2026 - Amis d'enfance, ils tombent amoureux alors qu'il est détenu pour des violences conjugales commises sur une précédente compagne. Après sa libération, une petite fille naît de leur union. Lundi, ils se sont retrouvés devant le tribunal de Papeete pour une brouille conjugale qui a dérapé : lui assurant que les faits étaient motivés par la “colère et la jalousie” après l'annonce d'une nouvelle relation ; elle disant avoir voulu protéger sa fille d'un climat de violences. À l'issue de l'audience, le prévenu a été condamné à trois ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis probatoire.

 
“C’était un dossier un peu complexe”. Dès l’ouverture des débats, le tribunal a donné le ton. Face aux magistrats, un homme de 33 ans poursuivi pour violences conjugales, harcèlement, menaces de mort et appels téléphoniques malveillants sur sa compagne, avec laquelle il a eu une petite fille aujourd’hui âgée de six mois. Un homme surtout déjà bien connu de la justice pour des faits similaires commis sur une précédente compagne.
 
À la barre, le prévenu reconnaît globalement les faits mais en minimise la portée. Concernant les violences physiques dénoncées par sa compagne, il évoque des disputes lors desquelles il tentait de l’empêcher de partir avec leur bébé. “Je n’ai pas su couper le lien entre elle et moi”, justifie-t-il. Il reconnaît également les très nombreux appels et messages adressés à la jeune femme.
 
La victime, âgée de 36 ans et psychologue de profession, décrit un homme “au caractère explosif”. “Les violences, elles ont lieu. Et à chaque fois j’ai pardonné”, explique-t-elle. Elle raconte des insultes, des gifles et des scènes de jalousie répétées. “Deux fois je suis partie parce que j’avais peur. J’allais chercher de l’aide.” Elle affirme notamment avoir décidé de porter plainte après avoir été insultée et giflée devant leur nourrisson.
 
“Sa plainte, c’est de la colère et de la jalousie”
 
Le prévenu avance une tout autre explication. Selon lui, la plainte serait avant tout liée à l’annonce d’une nouvelle relation amoureuse. “Sa plainte, c’est de la colère et de la jalousie. À partir de mi-mai, je lui ai annoncé que j’avais une nouvelle relation et la plainte date du 27 mai”, soutient-il. Une justification immédiatement balayée par le tribunal, qui lui rappelle que la plainte porte sur des actes de violence et non sur les raisons de la séparation.
 
Pour la procureure, le dossier cumule “tous les warnings du risque de passage à l'acte encore plus violent”. Elle voit dans le prévenu un homme qui “minimise” les faits et “se déresponsabilise”, allant jusqu'à “retourner la responsabilité contre la victime”. Son casier judiciaire apparaît comme un “copier-coller” de l’audience de ce lundi. Elle avait requis trois ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis probatoire renforcé, ainsi qu'une interdiction de contact avec la victime et leur enfant et le retrait de l'autorité parentale.
 
La défense a, au contraire, invité le tribunal à regarder “entre les lignes” d'un dossier qu'elle estime atypique. Évoquant un TDAH diagnostiqué et des troubles de l'impulsivité, l'avocate a estimé que la prison n'avait jamais permis d'enrayer les passages à l'acte de son client et a plaidé en faveur d’un accompagnement psychiatrique renforcé.
 
Le tribunal a finalement condamné le prévenu à trois ans d'emprisonnement, dont un an assorti d'un sursis probatoire avec obligation de soins, de suivi et de stage sur les violences faites aux femmes. Il lui a également retiré l'autorité parentale et interdit tout contact avec la victime. En revanche, les juges n'ont pas suivi les réquisitions du parquet concernant l'interdiction de voir son enfant. Le prévenu a été maintenu en détention à l'issue de l'audience.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 15 Juin 2026 à 19:20 | Lu 1481 fois