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À 36 ans elle change de vie pour devenir avocate



PAPEETE, le 20 février 2019 - En 2010, alors qu'elle a une famille bien installée et un travail confortable de fonctionnaire aux douanes, elle s'est relancée dans 7 ans d'études pour devenir avocate. Aujourd'hui, elle a réussi le concours pour intégrer une école d'avocats et devrait intégrer le barreau de Papeete en 2020. Portrait d'une Polynésienne déterminée à réaliser ses rêves !

Reva Arai a 36 ans, mariée et mère de deux enfants. Elle travaille aux douanes depuis dix ans. Une vie confortable et joyeuse... Et pourtant elle s'est engagée dans un véritable parcours du combattant cette dernière décennie pour réaliser un rêve un peu fou : devenir avocate.

En 2010 elle a repris des études de droit par la première année, qu'elle a poursuivi jusqu'à la première année de master. Elle a ensuite rejoint la formation "Préparation à l’examen d’accès aux centres régionaux de formation à la profession d’avocat" proposée par l'UPF. Elle y a préparé le PRECAPA (pré-certificat à d'aptitude à la profession d'avocat), un des concours les plus difficiles du système scolaire français... Il aura fallu trois tentatives à Rava avant de finalement le réussir cette année. Elle va maintenant devoir partir plusieurs mois en Métropole pour rejoindre l’École de formation du barreau de Paris avant de pouvoir enfin recevoir le fruit de tout ce travail : être inscrite au barreau de Papeete comme avocate. Rencontre avec une Polynésienne à la volonté de fer.

Reva Arai, future avocate

"J'aime évoluer, continuer d'apprendre et de progresser au lieu de m'enfermer dans la routine "

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

J'ai 36 ans, bientôt 37. Je suis née à Tahiti, de parents métissés, et j'ai suivi pratiquement toute ma scolarité en Polynésie. J'ai déjà eu différentes vies professionnelles. J'ai eu mon bac en 2000 au lycée La Mennais, j'ai fait un an de droit à l'université, ça m'a plu. Au départ j'hésitais entre professeur de droit ou avocate. Mais les métiers de l'enseignement m'intéressaient aussi. Du coup j'ai passé le concours de l'école normale et j'ai réussi ! J'y suis entrée en 2002 et j'en suis sortie en 2005 avec mon diplôme. J'ai donc été institutrice pendant deux ans et demi. Mais entre-temps je m'étais aussi intéressée au statut de la Polynésie, nos institutions... je revenais tout doucement vers ce chemin juridique que j'avais délaissé... Je me suis intéressée à l'administration des douanes, j'ai passé le concours en 2007 et j'y suis entrée en 2008 après plusieurs mois de formation en métropole. Depuis, j'exerce dans l'administration des douanes. J'ai travaillé à l'aéroport, je m'occupe du contentieux, du budget, de la prévention... J'ai aussi fait un an aux affaires économiques avec une dispo...

Mais cette envie de devenir avocate me trottait toujours dans la tête. J'ai regardé concrètement comment on devenait avocat, donc j'ai vu qu'il fallait au minimum un Master 1 de formation juridique, et ensuite présenter l'examen d'entrée à l'école d'avocat. Pour moi la fac c'était déjà loin... Et pourtant j'ai repris mes études en 2010 par la première année de la formation initiale, tout en continuant à travailler. Tous mes congés, tous mes jours offs, j'allais à la fac... Ça n'était pas facile mais ça c'est très bien passé, il y a une excellente solidarité entre les étudiants, ils prenaient les cours pour moi quand je ne pouvais pas y être, ils m'ont beaucoup aidé, mes professeurs aussi. J'ai réussi à avoir ma licence en trois ans ! Ensuite j'ai respiré un an avant de me lancer dans un master en droit des affaires en e-learning, à distance avec la fac d'Aix-Marseille. Ces formations à distance sont très pratiques pour la formation continue et les reconversions professionnelles, mais c'était très difficile. On se retrouve à travailler tout seul donc il faut être très, très motivé. Heureusement j'avais encore le soutien de mes professeurs même si je n'étais plus inscrite à l'université, j'avais accès à la bibliothèque de l'université qui a un fonds excellent... Mais la clé c'est vraiment la motivation personnelle.

Ensuite je me suis inscrite à la préparation à l'examen d'entrée aux écoles d'avocat de l'UPF, qui a été mis en place en partenariat avec l'université de Panthéon-Sorbonne. Je l'ai présenté trois fois cet examen. La première fois on était quatre, la deuxième fois on était trois, et cette année, en 2018, celle où j'ai réussi, j'étais la seule candidate polynésienne à me présenter.

Qu'est-ce qui t'a motivée à le tenter trois fois si cet examen est si difficile ?
Déjà on se dit dès le départ que comme c'est très, très difficile, il ne faut pas s'arrêter au premier échec. C'est rare de réussir du premier coup. Il y a 20 à 25 % de réussite. Ensuite je me suis dit que je ne l'avais peut-être pas assez pris au sérieux, cet examen. Son format en tout cas, n'a rien à voir avec les autres examens ou concours que j'avais passés.

Qu'est-ce qui t'attend maintenant ?
Maintenant que j'ai réussi ce concours, je vais intégrer une école d'avocats. C'est 18 mois de formation, d'abord un stage de six mois en entreprise ou administration que je vais pouvoir valider par mon travail aux douanes. Ensuite il y aura six mois de cours où on va travailler la déontologie, notre spécialité, les procédures civiles et pénales, les nouvelles techniques de règlement des conflits, comme l'arbitrage ou la médiation... Enfin ça sera un stage de six mois en cabinet d'avocats que je pourrais faire ici. Mais j'ai demandé à faire la formation en école par le cursus accéléré, donc en quatre mois, j'espère que ça sera accepté. J'ai décidé de faire ma rentrée à l'école en 2020, parce que j'ai mes enfants, j'ai ma vie, je n'ai pas besoin de me précipiter. Mais donc fin 2020 je devrais passer le certificat d'aptitude à la profession d'avocat, et m'inscrire au barreau de Papeete.

Tu as déjà un CDI de fonctionnaire, deux enfants de 13 ans et 20 mois, un mari... Qu'est-ce qui te pousse à faire tout ce parcours ?
C'est une vraie ambition que j'ai, de devenir avocate. J'ai envie d'avoir cette maitrise de ce qui réglemente la société, ce qu'on a le droit de faire, ce qui est interdit, c'est une vraie passion. J'aime aussi ce rôle de conseil, donner aux gens l'accès au juridique, à leurs droits. Enfin j'aime évoluer, continuer d'apprendre et de progresser au lieu de m'enfermer dans la routine.

Comment as-tu fait pour gérer tout en parallèle ?
Ça n'a pas toujours été facile. Déjà c'est vraiment un projet qui se bâti à plusieurs. Il faut que le conjoint soit dans la boucle, il faut que les enfants comprennent pourquoi tu retournes à l'école, pourquoi les weekends tu dois travailler au lieu de jouer... Ça a été très, très difficile. Mais en même temps, la famille est une vraie force quand on se retrouve avec le moral qui flanche, ils nous soutiennent, on se rappelle pourquoi on fait tout ça. Je me souviens à la veille des examens, je pensais à mes enfants, ma fille m'avait écrit une lettre disant "maman tu vas réussir, tu es la meilleure", ça c'est un vrai leitmotiv.

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Mercredi 20 Février 2019 à 16:22 | Lu 11344 fois

Tags : AVOCAT, PORTRAIT, UPF





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