60 ans du premier essai nucléaire : deux jours pour une piqure de rappel


Tahiti, le 25 juin 2026 - La volonté du gouvernement de Polynésie est claire : garder vivante la mémoire des essais nucléaires français réalisés en Polynésie, à compter du 2 juillet 1966. Aldébaran, ce premier tir a marqué le début de 30 années d'expérimentations nucléaires qui ont profondément bouleversé le Fenua.
 

Le premier essai, 60 ans après. C’est le cadre de la manifestation qu’organise, sur deux jours, la Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), les 2 et 3 juillet prochain. Un programme de commémorations est imaginé pour “se souvenir de ce qui a été fait”. Un événement spécial baptisé “1966 – 2026. Aldébaran – Moruroa. Ono ‘ahuru matahiti”. Pendant deux jours, un site est spécialement aménagé pour accueillir la manifestation : les jardins Pū Māhara (rue Dupetit-Thouars, en vis-à-vis du parc Bougainville) qui ouvrent leurs portes aux visiteurs pour la première fois depuis plusieurs décennies. Impact environnemental, sanitaire des essais nucléaires y seront abordés autour de conférences, expositions, projections de documentaires, tables rondes.
 
 
Pour cette occasion, le Centre des métiers d'art (CMA) s'est associé à la DSCEN afin de proposer plusieurs créations artistiques destinées à être intégré au futur centre d'interprétation consacré à l'histoire des essais nucléaires, Pū Māhara. Sa fin de construction a été confirmée par Titaua Peu. Lorsque j'ai pris mes fonctions le président avec tout son humour me dit : ‘Voilà tu as quatre aito de 4 mètres de long qui viennent de Moruroa. Tu fais quelque chose avec ça’”, raconte Titaua Peu, conseillère au suivi des conséquences des essais nucléaires à la DSCEN. Ce site de mémoire prévoit d’ouvrir au public en 2030.
 
En attendant, de ces aito, elle a finalement trouvé qu'en faire puisque trois sculptures contemporaines réalisées à partir de quatre troncs seront dévoilés au public le 2 juillet prochain. Façonnés en instruments de cérémonie et de rā'au, ces troncs ont été travaillés par Tahurai Iputoa et Tuavai Teinaore, élèves en brevet professionnel des métiers d'art, spécialité sculpture, au CMA.
 
“L'idée est d'amener les débats dans le jardin”
 
“Notre première question, lorsqu'on a vu les troncs, c'était : Est-ce qu'ils sont radioactifs ? On nous a répondu que non. Ça nous a déjà enlevé un peu de sueur du front”, rigole Tahurai Iputoa. Les sculptures sont aujourd'hui achevées à 99 %. “Il restera le dernier 1 % le jour J”, ajoute-il.
 
Autre symbole fort : des spécialistes du tapa, tissu traditionnel associé à la haute royauté, proposeront une démonstration de fabrication. “Le lien entre le tapa et les essais nucléaires, je dirais que c'est le pouvoir”, explique Tahurai Iputoa.

La mémoire passera également par une immense fresque de 73 mètres réalisée par Dhylan Frébault et Rahiti Hapaitahaa Conroy, étudiants en Diplôme national des métiers d'art et du design (DN MADE). Commandée par la DSCEN avec le soutien du Centre des métiers d'art, cette œuvre habillera la façade du jardin Pū Māhara autour du thème de la navigation. Les deux jeunes artistes ont consacré un peu plus de deux mois à sa réalisation.
 
“Ça devient rare ces témoignages”
 
La photographe Julie Pomery exposera quant à elle une série de clichés des paysages de l’ancienne base arrière du CEP, Hao. “J'ai connu un ancien militaire qui était allé sur place. C'est ce qui m'a donné envie, en 2008, de photographier ces lieux”, raconte-t-elle.
 
Tous les participants reconnaissent que les essais nucléaires restent un sujet sensible. Pour Julie Pomery, lorsqu'elle échange avec les habitants concernés, “il y a beaucoup de honte” et une volonté que le sujet devienne moins tabou. Un constat partagé par les deux étudiants du DN MADE : “Ce genre d'événements permet de casser les tabous. À l'école, on n'a presque rien appris sur cette période, alors qu'elle fait partie de notre histoire.”
 
Pour Titaua Peu, ces réalisations ont aussi vocation à ouvrir le dialogue : “L'idée est d'amener les débats dans le jardin Pū Māhara, pour qu'ils ne soient pas réservés aux seuls scientifiques. C'est aussi que cette jeunesse puisse se rencontrer, discuter et débattre.”
 
La conseillère au suivi des conséquences des essais nucléaires à la DSCEN explique que de nombreux témoignages de ceux qui ont connus les essais rythmeront l'événement des 2 et 3 juillet. “On a de plus en plus de disparus, ça devient rare ces témoignages”, souligne-t-elle.

​ Pratique :


Programme complet : https://www.tntvnews.pf/tntv/wp-content/uploads/2026/06/Programme-DSCEN-ALDEBARAN-2026-BD.pdf

Rédigé par Violaine Broquet le Jeudi 25 Juin 2026 à 18:56 | Lu 460 fois