Tahiti, le 5 juillet 2026 - À l'occasion des 60 ans du premier essai nucléaire en Polynésie, scientifiques, chercheurs et militants ont exposé leurs analyses sur les conséquences sanitaires, environnementales, sociales et politiques du fait nucléaire. Tous ont rappelé que son héritage dépasse largement la seule question des cancers.
La commémoration des 60 ans du premier essai nucléaire en Polynésie, organisée par la Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), a eu lieu vendredi. Trois tables rondes étaient prévues en matinée : “Le fait nucléaire : une jeunesse engagée”, “Tureia : passé, présent et avenir pour l’atoll habité le plus proche des sites des essais nucléaires” et “Les conséquences sanitaires et environnementales liées aux essais nucléaires”.
La commémoration des 60 ans du premier essai nucléaire en Polynésie, organisée par la Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), a eu lieu vendredi. Trois tables rondes étaient prévues en matinée : “Le fait nucléaire : une jeunesse engagée”, “Tureia : passé, présent et avenir pour l’atoll habité le plus proche des sites des essais nucléaires” et “Les conséquences sanitaires et environnementales liées aux essais nucléaires”.
“Des retombées très intenses différentes de celles qu'on trouve dans la nature”
La déléguée du suivi des conséquence nucléaires, Titaua Peu, a de suite levé le voile sur ce qu’on entend depuis plusieurs années : “Avons-nous plus de chance d’être impactés par les rayons ionisants quand on prend l’avion que par les essais nucléaires ? Et a-t-on plus à s’inquiéter de cela que des retombées des essais atmosphériques ?”
Le conseiller scientifique à la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) Bruno Chareyron explique que nous sommes en permanence soumis à une radioactivité naturelle tels que celle de l’uranium et du thorium présents dans le sol.
Il y a aussi des rayonnements ionisants présents dans le cosmos. “Cette exposition augmente (…) plus on monte, moins on est protégé du rayonnement qui vient du cosmos (…). Donc, il est vrai que les personnes qui voyagent régulièrement, et en particulier les personnels navigants, sont exposées à des radiations de façon importante.”
Ce scientifique ajoute en revanche que cela “n'enlève rien au fait que les habitants de Polynésie, au moment des retombées des essais nucléaires atmosphériques, ont subi des doses beaucoup plus importantes, évidemment, que de faire un voyage en avion de Papeete à Paris”.
Bruno Chareyron rappelle que toutes ces formes de radioactivité augmentent les risques sanitaires. Il souligne également que lors des tirs atmosphériques, “il y a eu des retombées très intenses. Par exemple, à un certain moment à Tureia, à Mangareva, des enfants ont été exposés à la fois à une irradiation par l'extérieur – tout ce qui flottait dans l'air –, mais aussi par ingestion de substances radioactives, par inhalation de substances radioactives, qui sont complètement différentes de celles qu'on trouve dans la nature, par exemple, le césium 137 ou le plutonium-239.”
Le conseiller scientifique à la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) Bruno Chareyron explique que nous sommes en permanence soumis à une radioactivité naturelle tels que celle de l’uranium et du thorium présents dans le sol.
Il y a aussi des rayonnements ionisants présents dans le cosmos. “Cette exposition augmente (…) plus on monte, moins on est protégé du rayonnement qui vient du cosmos (…). Donc, il est vrai que les personnes qui voyagent régulièrement, et en particulier les personnels navigants, sont exposées à des radiations de façon importante.”
Ce scientifique ajoute en revanche que cela “n'enlève rien au fait que les habitants de Polynésie, au moment des retombées des essais nucléaires atmosphériques, ont subi des doses beaucoup plus importantes, évidemment, que de faire un voyage en avion de Papeete à Paris”.
Bruno Chareyron rappelle que toutes ces formes de radioactivité augmentent les risques sanitaires. Il souligne également que lors des tirs atmosphériques, “il y a eu des retombées très intenses. Par exemple, à un certain moment à Tureia, à Mangareva, des enfants ont été exposés à la fois à une irradiation par l'extérieur – tout ce qui flottait dans l'air –, mais aussi par ingestion de substances radioactives, par inhalation de substances radioactives, qui sont complètement différentes de celles qu'on trouve dans la nature, par exemple, le césium 137 ou le plutonium-239.”
“Registre des cancers : notre travail, c'est de les publier, de les partager”
La directrice de l’Institut du cancer (ICPF) Teanini Tematahotoa rappelle que l'institut a toute sa place dans le suivi des conséquences des essais : “On est en charge du registre des cancers (…) notre travail, c'est de ne pas les garder secrets, de pouvoir les publier, de les partager. On a aussi un travail scientifique rigoureux : celui d’aller chercher tous les cas de cancers”. Elle ajoute que l’ICPF est “en lien avec le Civen (Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires, NDLR) (…) et qu’on peut transmettre les données au Civen.”
Taote Teanini Tematahotoa rappelle que “le registre existe depuis 1985, mais les données antérieures sont inexistantes et celles recueillies avant 2015 ne sont pas exhaustives (…). Certains cancers n'ont jamais été enregistrés, notamment lorsque les patients n'ont pas intégré un parcours de soins ou ont été pris en charge hors de Polynésie”.
Elle ajoute que depuis 2015, un travail “important” est mené pour que les dossiers soient “complétés” pour améliorer ainsi “la qualité du registre, notamment pour les cancers du sang traités dans l'Hexagone”.
Chaque année, il y a environ 1 000 nouveaux cas de cancer. “Une augmentation attendue”, annonce Teanini Tematahotoa au vu du vieillissement de la population et de notre de mode de vie. Ils “représenteraient environ 40 % des cancers”.
Elle précise cependant qu’il est “impossible, avec les données actuelles, de déterminer précisément la part des cancers radio-induits” car les informations relatives aux “professions ou les expositions passées sont souvent absentes des dossiers médicaux”.
Pour améliorer ces connaissances, l'ICPF entend approfondir les recherches épidémiologiques en croisant le registre des cancers avec d'autres bases de données, notamment celle du Centre médical de suivi (CMS), afin de mieux identifier et documenter les populations exposées “pour pouvoir aussi rendre des chiffres particuliers par rapport à cette population”.
Taote Teanini Tematahotoa rappelle que “le registre existe depuis 1985, mais les données antérieures sont inexistantes et celles recueillies avant 2015 ne sont pas exhaustives (…). Certains cancers n'ont jamais été enregistrés, notamment lorsque les patients n'ont pas intégré un parcours de soins ou ont été pris en charge hors de Polynésie”.
Elle ajoute que depuis 2015, un travail “important” est mené pour que les dossiers soient “complétés” pour améliorer ainsi “la qualité du registre, notamment pour les cancers du sang traités dans l'Hexagone”.
Chaque année, il y a environ 1 000 nouveaux cas de cancer. “Une augmentation attendue”, annonce Teanini Tematahotoa au vu du vieillissement de la population et de notre de mode de vie. Ils “représenteraient environ 40 % des cancers”.
Elle précise cependant qu’il est “impossible, avec les données actuelles, de déterminer précisément la part des cancers radio-induits” car les informations relatives aux “professions ou les expositions passées sont souvent absentes des dossiers médicaux”.
Pour améliorer ces connaissances, l'ICPF entend approfondir les recherches épidémiologiques en croisant le registre des cancers avec d'autres bases de données, notamment celle du Centre médical de suivi (CMS), afin de mieux identifier et documenter les populations exposées “pour pouvoir aussi rendre des chiffres particuliers par rapport à cette population”.
“On ne peut pas travailler sur l'environnement sans travailler sur le nucléaire”
De son côté, Vehia Wheeler, docteure en Études océaniennes et activiste au sein du Pacifique, regrette d’avoir appris l’histoire du mouvement “Nuclear Free Independent Pacific” à l’université de Hawaii.
Elle a travaillé sur le changement climatique et en a déduit que l’“on ne peut pas travailler sur l'environnement sans travailler sur le nucléaire (…). Et puis j’ai appris qu’ici il y a d’autres histoires qui sont cachées comme le nucléaire et les impacts du nucléaire”.
Vehia Wheeler travaille avec l’association Mururoa e tatou depuis sept ans. En mars dernier, elle est allée aux îles Marshall pour la commémoration de Castle Bravo, le premier tir nucléaire le plus puissant effectué par les États-Unis sur l’atoll de Bikini en 1954.
Selon elle, il y a “beaucoup de décalages” entre les îles Marshall et la Polynésie. “Chez eux, c'est reconnu en tant que crise existentielle pour leur peuple par le gouvernement. La deuxième crise existentielle, c'est le changement climatique. Et le gouvernement travaille sur ses deux crises en même temps.”
Elle a travaillé sur le changement climatique et en a déduit que l’“on ne peut pas travailler sur l'environnement sans travailler sur le nucléaire (…). Et puis j’ai appris qu’ici il y a d’autres histoires qui sont cachées comme le nucléaire et les impacts du nucléaire”.
Vehia Wheeler travaille avec l’association Mururoa e tatou depuis sept ans. En mars dernier, elle est allée aux îles Marshall pour la commémoration de Castle Bravo, le premier tir nucléaire le plus puissant effectué par les États-Unis sur l’atoll de Bikini en 1954.
Selon elle, il y a “beaucoup de décalages” entre les îles Marshall et la Polynésie. “Chez eux, c'est reconnu en tant que crise existentielle pour leur peuple par le gouvernement. La deuxième crise existentielle, c'est le changement climatique. Et le gouvernement travaille sur ses deux crises en même temps.”
“Si le pays est dans la situation politique dans laquelle il est, c'est à cause de cette politique de colonialisme nucléaire”
Anaïs Maurer, maîtresse de conférence à Rutgers University (États-Unis), pointe du doigt le fait que la liste des maladies radio-induites soit limitée à 23 maladies. “C'est totalement arbitraire. Dans d'autres pays, c'est beaucoup plus”, dit-elle.
Elle explique que “les femmes ne sont pas égales aux hommes face aux rayons ionisants” et sont cinq fois plus susceptibles de développer un cancer à exposition égale. “Cela devrait être dans tous les manuels scolaires. Les femmes de ce pays ont les taux de cancer de la thyroïde les plus élevés du monde avec les îles Marshall.”
Les fausses couches ou les cas d’enfants mort-nés ne sont pas non plus reconnus comme maladies radio-induites, dénonce également la jeune la femme, alors que la science le reconnaît.
Anaïs Maurer met en avant “le poids psychologique de vivre dans un environnement contaminé, d'être inquiet de savoir ce qu'on va donner à manger à ses enfants, d'être inquiet d'avoir des enfants, d'être inquiet pour ses parents mais pas non plus reconnu comme une maladie, comme une conséquence radio-induite”. Pour elle, “si le pays est dans la situation politique dans laquelle il est, c'est à cause de cette politique de colonialisme nucléaire”.
Elle explique que “les femmes ne sont pas égales aux hommes face aux rayons ionisants” et sont cinq fois plus susceptibles de développer un cancer à exposition égale. “Cela devrait être dans tous les manuels scolaires. Les femmes de ce pays ont les taux de cancer de la thyroïde les plus élevés du monde avec les îles Marshall.”
Les fausses couches ou les cas d’enfants mort-nés ne sont pas non plus reconnus comme maladies radio-induites, dénonce également la jeune la femme, alors que la science le reconnaît.
Anaïs Maurer met en avant “le poids psychologique de vivre dans un environnement contaminé, d'être inquiet de savoir ce qu'on va donner à manger à ses enfants, d'être inquiet d'avoir des enfants, d'être inquiet pour ses parents mais pas non plus reconnu comme une maladie, comme une conséquence radio-induite”. Pour elle, “si le pays est dans la situation politique dans laquelle il est, c'est à cause de cette politique de colonialisme nucléaire”.