“2026 sera l’année de la croisière” : Tahiti Tourisme entre vigilance et ambitions


Le tourisme représente désormais près de 10 % du PIB polynésien et a généré plus de 700 emplois salariés supplémentaires sur l’année.
Tahiti, le 27 janvier 2026 - Après une année 2025 record, Tahiti Tourisme aborde 2026 avec prudence, sur fond de tensions internationales et de baisse temporaire de l’offre hôtelière. La destination mise toutefois sur une forte montée en puissance de la croisière.
 
Réunis à l’occasion de la conférence annuelle de Tahiti Tourisme, élus du Pays et professionnels du secteur ont dressé ce mardi un bilan très positif de l’année 2025, tout en appelant à la vigilance pour 2026. Minarii Chantal Galenon Taupua, vice-présidente de la Polynésie française, Vannina Crolas, ministre de la Fonction publique, et Jordy Chan, ministre des Grands travaux, ont notamment salué “une trajectoire solide”, fruit d’un travail collectif entre Tahiti Tourisme, le Service du tourisme et les acteurs privés.
 
Les chiffres confirment ce rebond : la Polynésie française frôle pour la première fois la barre des 280 000 touristes en 2025 (+5,5 %), avec 349 000 visiteurs accueillis au total (touristes et excursionnistes inclus). Le tourisme représente désormais près de 10 % du PIB polynésien et a généré plus de 700 emplois salariés supplémentaires sur l’année. Tous les segments progressent, mais ce sont surtout les hébergements terrestres marchands qui portent la croissance.
 
Cette dynamique s’appuie aussi sur un trafic aérien en hausse. En 2025, l’aéroport de Tahiti-Faa’a a enregistré 1,72 million de passagers, soit une progression de 5,7 % par rapport à 2024. Le trafic international progresse de 7,2 %, avec plus de 822 000 passagers, tandis que le domestique atteint près de 900 000 voyageurs (+4,4 %). Les mouvements d’avions suivent la même tendance, en hausse de plus de 5 % sur l’année. Los Angeles et Paris-CDG restent les deux principales portes d’entrée internationales, devant San Francisco et Auckland, confirmant le rôle central de la connectivité aérienne dans la performance touristique du territoire.
 
Avec une telle montée des chiffres, ça donne beaucoup d’espoir”, a réagi Minarii Chantal Galenon Taupua. Tout en reconnaissant les incertitudes à venir, elle se veut optimiste : “Quelle que soit la situation internationale, la Polynésie restera un refuge. Ce que je retiens aussi, c’est qu’on travaille aujourd’hui sur tous les types de tourisme : maritime, aérien, terrestre. Tout est important.”
 
Une offre hôtelière sous pression en 2026
 
Si 2025 marque un sommet, 2026 s’annonce plus contrastée. Plusieurs établissements majeurs ferment temporairement pour rénovation, entraînant une baisse de l’inventaire hôtelier, particulièrement marquée au premier trimestre. Près de 487 clés – c’est-à-dire chambres d’hôtel – soit environ 18 % du parc hôtelier 2025, seront indisponibles à certains moments de l’année. Cette contraction sera partiellement compensée par l’ouverture de nouveaux hôtels (+238 clés), mais le recul reste sensible à court terme.
 
Dans ce contexte, Tahiti Tourisme préfère avancer prudemment, d’autant que le climat géopolitique, notamment aux États-Unis – premier marché émetteur – reste instable.
 
2026, année charnière pour la croisière
 
C’est du côté du tourisme maritime que se dessinent les perspectives les plus dynamiques. Plus de quarante compagnies sont attendues en Polynésie en 2026, avec l’arrivée de nouveaux navires prestigieux, dont certains jamais vus jusque-là dans les eaux polynésiennes. Résultat : la capacité croisière par nuitée cabine devrait progresser d’environ 30 % par rapport à 2025.
 
À moyen terme, la tendance s’accentue : dès 2027, trois nouveaux bateaux basés à l’année viendront s’ajouter à la flotte existante, portant la capacité à +50 % en nombre de cabines. Une montée en puissance stratégique qui compensera, en partie, la baisse temporaire de l’offre terrestre.

Vaihere Lissant, directrice de Tahiti Tourisme
“On ne se repose pas sur nos acquis”, Vaihere Lissant, directrice de Tahiti Tourisme 
 
2025 est annoncée comme une bonne année, mais vous restez prudents pour 2026. Pourquoi ?
 
“On reste vigilants à cause du contexte géopolitique aux États-Unis, qui a commencé à peser dès 2024. On observe aussi une baisse de l’inventaire, notamment sur le premier trimestre. L’idée, c’est de ne pas se reposer sur nos acquis. 2025 était bien, mais pour 2026, le mot d’ordre est la prudence.”
 
Vous avez parlé de 2026 comme “l’année de la croisière”. Que faut-il entendre par là ?
 
“Les chiffres montrent clairement une montée en puissance du secteur. On dépasse désormais les 1 200 escales. Ce sont des navires de taille adaptée à la Polynésie, souvent saisonniers, qui viennent renforcer l’offre. On peut vraiment s’attendre à une belle dynamique grâce à la croisière.”
 
Aujourd’hui, l’Amérique du Nord et la France restent vos principaux marchés. Souhaitez-vous vous ouvrir davantage à l’Europe ?
 
“Oui, clairement. Aujourd’hui, l’Amérique du Nord représente 40 à 45 % de notre fréquentation, la France 30 à 35 %. C’est beaucoup. Notre stratégie est donc d’être plus offensifs sur la diversification : Asie, Pacifique, mais aussi Europe hors France. On veut réduire cette dépendance à deux bassins.”
 
Quels sont les temps forts à venir pour Tahiti Tourisme ?
 
“Plusieurs événements arrivent, notamment le Salon du tourisme, du 6 au 8 février au parc Mama’o. Plus de 280 exposants ont déjà répondu présents. C’est une action importante, surtout à l’approche de la basse saison. Et au-delà de l’international, le marché local reste aussi une priorité.”
 
Deux salons touristiques par an, ce n’est pas trop ?
 
“Pour l’instant, non. Il y a une vraie demande, à la fois du côté des professionnels et du public. Tant que les exposants sont au rendez-vous et que l’intérêt est là, on maintient les deux éditions, en février et en septembre.”

Rédigé par Darianna Myszka le Mercredi 28 Janvier 2026 à 07:26 | Lu 1234 fois