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​Village Tahitien : Retour à zéro


Tahiti, le 22 septembre 2021 – Abondamment relayée depuis deux ans par le gouvernement, la procédure d'appel à manifestation d'intérêts pour les six premiers lots du Village Tahitien a été déclarée infructueuse en toute discrétion en juillet dernier. Le nouveau ministre en charge du dossier, René Temeharo, reprend le projet de zéro avec plusieurs modifications réglementaires.
 
Une intense campagne de communication pendant deux ans… et puis plus rien. Depuis le lancement en septembre 2019 de son dernier “appel à manifestation d'intérêt” pour les six lots du grand projet de complexe hôtelier du Village Tahitien, le gouvernement a diffusé en moyenne un communiqué de presse tous les deux mois sur le suivi de cette procédure. Le dernier en date, le 20 mars 2021, annonçait le “choix des lauréats” pour le mois de juin suivant. Puis, silence radio… Et pour cause, la procédure a été déclarée infructueuse en catimini le 5 juillet dernier.
 
Neuf ans d'annonces
 
Véritable arlésienne du développement touristique en Polynésie française, le projet de complexe hôtelier à Punaauia est passé en neuf ans de l'appellation Tahiti Mahana Beach à celle de Village Tahitien. Davantage utile aux campagnes électorales qu'au développement du tourisme depuis 2013, le projet a été associé au fil des années à des montants d'investissements astronomiques et à des noms d'investisseurs étrangers retentissants. De l'Américain Group70 au Chinois Forbase, en passant par un milliardaire émirati… aucune des pistes n'a connu de réalisations concrètes.
 
Plus récemment, après l'échec d'une procédure d'appel d'offres pourtant remportée par le groupement d'investisseurs néo-zélandais et samoans Kaitiaki Tagaloa en 2018, le gouvernement avait relancé un “appel à manifestation d'intérêts” en septembre 2019. L'objectif était pour le Pays “d’identifier les investisseurs potentiels porteurs d’un projet d’hébergement touristique et de services associés (Restauration, loisirs, commerces…) pour les lots 1 à 6 du projet du Village Tahitien”, puis de désigner le lauréat qui signera pour chaque lot un contrat d'occupation du domaine public pour réaliser son projet.
 
Une procédure qui s'est effondrée
 
En janvier 2020, le gouvernement annonçait que l'établissement d'aménagement du Pays gérant cette procédure, aujourd'hui G2P, avait reçu cinq candidatures d'investisseurs principalement locaux. L'une n'a pas été retenue parce qu'elle ne répondait pas au cahier des charges. Les quatre autres ont été invitées à présenter des offres, qu'elles ont soumises au Pays dans le courant de l'année dernière. Parmi elles, notamment, le groupe Wane, le groupe Degage et des groupements d'investisseurs et de promoteurs locaux.
 
Mais depuis, la procédure a pris du plomb dans l'aile. D'abord courant 2020 avec le désistement d'un candidat en raison de la pandémie de Covid, puis avec la déclaration sans suite du lot 6 sur lequel aucun candidat n'était plus positionné, ensuite avec l'irrecevabilité des offres sur les lots 1, 2 et 3 et enfin avec le retrait des groupes Wane et Degage. Ne restait finalement plus qu'un seul candidat positionné sur le seul lot 5. Mais cette dernière offre a finalement été rejetée, parce qu'elle ne respectait pas la réglementation demandée par le Pays.
 
Principal point bloquant, confirmé côté Pays et côté investisseurs, la question du foncier s'est avérée “être un sérieux frein”. En effet, le Pays proposait aux candidats de se positionner sur des terrains relevant de son domaine public, via des “baux administratifs”. Des baux limités à 35 ans et renouvelables une fois, ne permettant aucune sous-location et limitant les recours à la défiscalisation. Du côté des investisseurs privés candidats, on confirme un “intérêt réel”, mais avec “des conditions moins contraignantes” et “dans un cadre plus global d'aménagement général du site autour d'un projet précis”.
 
René Temeharo reprend à zéro
 
Contacté par Tahiti Infos, le ministre en charge des Grands Travaux, René Temeharo, explique n'avoir hérité de la tutelle de l'établissement public G2P –et donc de ce dossier– qu'en fin d'année 2020 après le dernier remaniement ministériel. Auparavant géré par le vice-président Teva Rohfritsch, puis un temps par le cabinet du président Édouard Fritch, le dossier est semble-t-il arrivé entre les mains du ministre avec cette problématique foncière non réglée. Sans solution administrative, le jury s'est finalement réuni le 5 juillet dernier pour enterrer la procédure… Mais sans communiqué de presse cette fois-ci.
 
“Maintenant, ce qui est important pour nous, c'est ce que nous allons faire demain”, embraye pourtant le ministre, qui confirme vouloir reprendre le projet à zéro. “Dès le lendemain de la décision du jury, nous avons vu avec la Direction des affaires foncières comment transférer les lots du domaine public vers le domaine privé du Pays”, indique René Temeharo. La démarche est plus complexe pour les remblais qui relèvent du domaine public maritime, puisqu'elle passera nécessairement par une modification de la loi du Pays autorisant leur transfert dans le domaine privé au bout d'un an d'occupation, contre cinq ans actuellement. Sur le domaine privé, le Pays pourra passer par des baux emphytéotiques. Moins contraignants.
 
Pour la suite, le ministre des Grands Travaux explique qu'une réflexion est toujours en cours sur deux options. Celle de relancer un appel à manifestation d'intérêts par lots ou celle de passer par un projet unique autour d'un “aménageur public-privé” qui chapeauterait les appels à projet des investisseurs privés. “Des analyses juridiques sont en cours sur ces options”, précise René Temeharo qui assure, lui-aussi, qu'il y a toujours un réel engouement des acteurs privés locaux pour ce vaste projet immobilier : “Ces investisseurs nous ont dit qu'ils n'attendaient que ça”. Attendre. Le mot est juste.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Jeudi 23 Septembre 2021 à 05:04 | Lu 5534 fois