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Tehina: "Ma vie et ma peinture se confondent"



Tehina: "Ma vie et ma peinture se confondent"
Jeudi 5 septembre 2013. Les amateurs d’art, les amis de Tehina étaient réunis ce jeudi soir pour le vernissage de son exposition à la galerie au chevalet, une exposition-vente à découvrir jusqu’au 13 septembre.

Habituellement discret et préférant laisser parler sa peinture, il aura fallu plusieurs rencontres pour que l'artiste se livre et se révèle, nous offrant le portait d'un homme pour lequel rien n'a été simple.

Tehina est aujourd'hui un des artistes les plus reconnus en Polynésie française. Le célèbre magazine National geographic, une référence dans le monde de l’édition internationale, lui consacre un article dans son numéro de septembre.

> Lire aussi : Le peintre Tehina cité dans le National Geographic

Il réside actuellement à Punaauia ou il se consacre à sa passion. Une peinture sincère et sans concessions, à son image.

Tehina: "Ma vie et ma peinture se confondent"
Comment es-tu venu vers l‘art et quand ?

Tehina : C’est venu très très jeune, franchement. Tous les enfants autour de nous, dès qu’ils ont des feutres et du papier, dès trois ans, cinq ans, ça y va. Un cygne, un crabe, un oiseau, un arbre, ça vient naturellement chez les enfants et ils ne suivent pas les codes de l’académisme. J’ai commencé comme ça, comme tout le monde et je n’ai jamais lâché. A chaque étape de ma vie le dessin m’a toujours passionné. La peinture est venue plus tard. Aujourd’hui je prends plaisir à peindre avec des enfants. Vers 9-12 ans, à l’école primaire, on te questionne : ‘Que veux-tu faire plus tard ?’ Je ne sais pas si je répondais mais au fond de moi je voulais être peintre. J’étais conscient que c’était tout un chemin. J’en parlais à mes parents et on me disait "mais ce n’est pas un métier !’ Aujourd’hui je suis vraiment content de pratiquer ça et ce n’est pas fini, c’est en devenir.

Pas d’exemple dans ta famille donc…

Tehina : Aucun exemple. On était modestes mais pas malheureux. On rigolait mais je n’avais pas de cours de cheval, de peinture ou autre. J’ai grandi aux alentours de Papeete. On changeait souvent de maison, je ne dirais pas pourries (rires) mais modestes, en contreplaqué. J’avais un lit-meuble. Il n’y avait rien, peut être un réveil et un livre qu’on ne m’avait pas offert, c’était un livre pour adultes d’Emile Zola, cela parlait de la commune, je ne comprenais rien mais je me disais "c’est dommage que je ne comprends pas tout cela". La littérature, la peinture, c’était pour moi comme des secrets à pénétrer. J’ai vu une seule fois mon père dessiner à la gouache, j’étais très jeune. Il a fait un paysage, comme un motu. Mon père était marin-pêcheur, ce n’était pas son truc mais il m’a juste appris une petite règle de composition que j’ai comprise plus tard : "Tu prends la moitié du tableau et tu mets l’horizon soit un peu au dessus, soit un peu en dessous ; tu ne coupes pas le tableau en deux". J’ai compris plus tard que c’était la façon académique de voir les choses. En gros j’ai appris tout seul".


Détail d'un tableau
Détail d'un tableau
Il y a eu un déclic par la suite ?

Tehina : Il y a eu ce cours de dessin, je me sentais tellement bien dans cette discipline, je me disais ‘j’espère qu’il peut y avoir un métier dedans.’ J’aimais bien l’histoire aussi. Tous les ados sont rebelles sauf que moi j’ai accompagné cette rébellion en étant ‘artiste’ mais ce mot était trop grand pour moi, ‘artiste’…Cela me fascinait…Pour moi c’était un sculpteur, un architecte, un peintre, un photographe, un réalisateur, un chef d’orchestre, un écrivain, un poète…Dans l’adolescence cela se développait en moi mais je le gardais pour moi, je n’avais pas de référence autour de moi. Je commençais à ‘piquer’ des livres au CDI du collège, que des livres d’art : ‘ Guernica’ de Picasso, un truc de Gustave Moreau, Gustav Klimt…Je commençais à être fou, à m’exciter, à me balader dans Papeete, voir les papeteries où on vendait du papier de dessin, des livres d’art mais c’était tellement cher, 4 500 francs un livre, tu te rends compte, en 83 pour un gamin de 13 ans, ce n’est pas facile. Alors j’avais une technique, je tournais vite les pages mais j’avais du mal à assimiler, c’est plus tard que j’ai compris vraiment qui était Lichtenstein, Pollock, l’œil du film ‘Le chien Andalou’ (de Luis Bunuel)…Comme un ‘medley’ de l’art contemporain.
Deuxième technique : je pique le bouquin. J’en ai gardé quelques uns, tu imagines, c’est malheureux de voler pour s’éduquer, se cultiver. Mais je me souviens d’un cours d’espagnol, bien plus tard, on en revient encore à ‘Guernica’ de Pablo Picasso, c’est grand, c’est ‘balèze’ et on le fait en espagnol, encore plus touchant, je sentais la force. Un tableau en deux dimensions, des noirs, des gris, un poing tendu, un glaive, ça faisait mal
".

Qu’as tu appris à Paris ?

Tehina : C’était un choix de partir. La plupart de mes camarades faisaient du BMX, du skate…C’était les Etats Unis. Comme une caricature, une carte postale. Moi, je leur disais ‘J’ai envie d’aller à Paris, je veux être un peintre, je veux visiter des musées, comprendre, discuter avec des artistes de rue… L’architecture du passé’, mais eux ne comprenaient pas. Depuis l’âge de 16 ans je voulais aller à Paris. La ville d’art par excellence. Paris, ça se marche".

Tehina: "Ma vie et ma peinture se confondent"
Tu ne fréquentais pas vraiment la bourgeoisie…

Tehina : Une fois payé le loyer, on avait pas grand chose. C’était un cadeau pour moi, d’aller au coin de boulevard Saint Michel, les magasins de fournitures de Beaux-arts. Wow… Ca faisait planer. Avoir du matériel pour raconter de futures histoires. Et puis dans ce quartier Latin du 5ème arrondissement, place de la Contrescarpe, rue Mouffetard, j’ai vu des clochards autour d’une fontaine, avec leurs chiens, barbus. Il y en avait un, on aurait dit ‘Dieu’ comme il était représenté avant, dans je ne sais plus quel livre. Il était allongé avec son rouge…Je me suis senti à l’aise, je suis allé directement parler avec eux, immédiatement j’ai senti qu’ils allaient nourrir ce que je ressentais en moi. Simples, partageurs puisqu’ils n’avaient rien, ils avaient du cœur. J’ai gardé ce côté poétique de l’homme de la rue qui ne triche pas. C’est là, maintenant. Cet état d’esprit m’a toujours nourri pour raconter mes histoires, mes tableaux. C’est une valeur sûre, je viens aussi de là".

Comment gères-tu le paradoxe du côté intellectuel de l’art avec la simplicité des rapports que tu viens de décrire ?

Tehina : Je ne ressentais pas cet antagonisme entre le ’highclass’ de la peinture et les gens de la rue, j’ai vécu ça à Papeete à 20 ans, au contraire, je me suis dit ‘je vais raconter ça’, c’est comme si je racontais des difficultés mais de manière poétique et romantique, oui, comme tu dis, c’est tout à fait ça, un pont entre les catégories sociales. Il me plaît de savoir que les petites gens ont une grandeur d’âme, un grand cœur. J’espère que cela ne va pas s’arrêter car je commence à m’embourgeoiser, je les fréquente de moins en moins (rire) et c’est vrai, j’aurai du mal à supporter maintenant quelqu’un de complètement bourré qui me raconte sa vie, c’est insupportable (rires)…

Les épreuves de la vie alimentent la création ?

Tehina : J’avais du mal à porter le titre ‘d’artiste-peintre’, je disais je suis peintre, artiste c’est presque péjoratif, un Artiste avec un grand A c’est quelqu’un qui peut, quelque soit son medium, exprimer quelque chose de vrai, de sincère. Bien ou mal, sombre ou féerique, joyeux…Cela dépend de chacun. Il vaut mieux être triste et vrai qu’heureux et superficiel, je m’en voudrais si je devenais comme ça. Même avec les années…quelque part la peinture est engagée, même si je raconte des enfants qui jouent à la balle, je vais mettre quelque chose…Je me méfie du décoratif, c’est comme une insulte, on décore le tableau pour charmer le spectateur mais à outrance. D’autres l’ont expliqué mieux que moi".

La femme est la plus puissante des muses ?

Tehina : Oui, je te dis carrément OUI. L’être humain englobe tout, le vilain, la muse..mais la femme est un moteur essentiel, j’ai encore cette notion de muse qui provoque en moi ce petit quelque chose qui me donne envie de raconter une histoire, triste, joyeuse, c’est comme ça…Comme un beau conte, une historiette avec tout ça. Cela sous entend que l’on encaisse, en plein dans la ‘gueule’. Artiste…Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. On se grille aussi. Mais j’ai toujours eu beaucoup de chance. (…) Pas de femme, pas de peinture. J’en ai besoin, vraiment besoin. La chance peut s’en aller. Ces derniers jours j’ai fait des nus. J’ai toujours pensé que c’était un style désuet, ‘old school’ un peu comme les natures mortes. Ses formes…Les titis, les fesses, les hanches, le cou, la nuque, la chevelure, c’est vraiment important et ce n’est pas facile de mettre ça en deux dimensions. Je me suis mis à nouveau à feuilleter les italiens : Leonardo (Da Vinci), Michel Ange, Boticelli…Tout part de Florence et des Medicis qui ont parrainé tout cela. La femme que j’évoque aujourd’hui, c’est la femme aimée, aimante, c’est la coquine, la charmeuse, il n’y a plus rien de religieux, la seule religion c’est mon Amour pour la vie".

Comment tu te sens aujourd’hui dans ta peinture. On sent un apaisement…

Tehina : J’ai passé un autre cap. Le mot pourrait être la recherche ou la paix, l’apaisement. Accepter. Aimer la vie c’est aussi accepter que des personnes quittent la vie. On retrouve tous ces thèmes dans mes tableaux. L’Amour, la muse…ma vie et ma peinture se confondent, ce n’est pas de la triche, je ne peins par pour plaire ou déplaire, je m’en fiche. C’est comme un journal de bord très personnel. Je suis plutôt pudique mais j’exhibe, je montre, en paix avec moi même. Je me sens mieux, mais je ne sais pas demain. On verra bien. Il n’a jamais été dit que la vie allait être facile, il y a des épreuves, des cycles, des chapitres dans la vie, c’est très bien, il faut les vivre. Il faut être courageux pour encaisser, accepter. Je suis devenu un peu ermite. La peinture restera toujours comme une ligne directrice dans ma vie, toujours, toujours, mais alors jusqu’au bout. Triste ou joyeux, je n’oublie jamais la peinture".

SB


Rédigé par Propos recueillis par SB le Vendredi 6 Septembre 2013 à 05:05 | Lu 1826 fois


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Commentaires

1.Posté par Questionnement le 06/09/2013 09:16 | Alerter
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Un véritable artiste, tout en sensibilité, des tableaux magnifiquement dérangeants ... j'adore !

2.Posté par Christiane et Bernard GOURLAOUEN le 06/09/2013 09:39 | Alerter
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Bravo James, nous n'avons jamais douté de ton talent, nous sommes très heureux de voir tous ces nouveaux tableaux, nous viendrons les voir à notre retour en fin d'année.
Avec toute notre amitié.
Bernard et Christiane

3.Posté par Taote-M le 09/09/2013 14:51 | Alerter
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Taote-M
première fois que j'apprends à connaître l'histoire de l'artiste; les clochards m'ont inspiré pareil
à Paris
signé irwin "taha" le boss de l'oëdhésion


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