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Salon Lire en Polynésie : le regard d’Alain Beuve-Méry, journaliste au Monde



Salon Lire en Polynésie : le regard d’Alain Beuve-Méry, journaliste au Monde
De ce visiteur, on connaît déjà le patronyme. Petit-fils du fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, ce journaliste s'est spécialisé dans l’économie de la culture et le secteur de l’édition, pour les suppléments et le site internet du célèbre journal du soir. Présent en Polynésie française à l’occasion du Salon du livre, à l’invitation de l’éditeur Christian Robert, il a accepté de répondre aux questions de Tahiti Infos sur cet événement. Mais aussi sur l’avenir de la littérature, bousculée par l’apparition du numérique et de nouveaux modes de lecture. Entretien.

Tahiti Infos : Que nous vaut le plaisir de votre présence sous nos latitudes ?

Alain Beuve-Méry : Je couvre le secteur de l’édition pour le journal Le Monde depuis 5 ans. J’avais donc déjà croisé Christian Robert à plusieurs reprises, puisque je couvre un grand nombre de salons littéraires en France et à l’étranger. L’invitation de Christian était une belle opportunité de découvrir une culture que je ne connaissais pas, et dont je vais pouvoir rendre compte. Et puis il y a une belle actualité liée à la littérature du Pacifique, puisqu’au festival de Saint Malo, ce sont les pays des mers du Sud qui seront invités en 2012, et que la Nouvelle Zélande sera de son côté l’invitée de la foire du livre de Francfort. Tout cela concourait à ma venue.

Vous admirez ces petites maisons d’édition du bout du monde ?

Elles font un travail remarquable. L’économie d’une maison d’édition, c’est fragile. Et celles-ci sont confrontées à des problématiques différentes de celles des maisons de métropole. Arriver à faire connaître ces livres ici et ailleurs, trouver des lecteurs, reste une gageure, encore plus ici. Et puis une maison d’édition, c’est un catalogue, qui dépend de la personnalité de l’éditeur. Et ce travail prend du temps. Les graines semées il y a 5, 10, 15 ans, peuvent pousser longtemps après.

Avez-vous lu l’un des ouvrages édités localement ?

C’est très frais, mais je viens de lire le dernier Chantal Spitz, Elles. Terre d’enfance. Roman à deux encres. C’est un livre en deux parties où la dimension romanesque est importante. J’ai été particulièrement sensible à la première partie, la description de l’environnement familial, du clan avec la mère absente. J’ai été moins sensible à la deuxième partie sur les amours de jeunesse, de facture plus classique. Mais je m’en voudrais de ne pas parler de son style, je passerais à côté de l’essentiel ! C’est plus de la poésie que de la prose, avec un jeu de juxtaposition de termes, qui surprend d’abord, puis entraîne et correspond, d’après ce qu’on m’a dit, à la forte personnalité de l’auteur.

On est en pleine rentrée littéraire en métropole. Ce livre pourrait-il percer ?

C’est un livre qui mérite d’être édité, assurément. Mais vous le savez sûrement, entre 600 et 700 romans paraissent entre le 25 août et le 15 octobre chaque année. Tout dépend donc beaucoup de la maison d’édition dans laquelle vous êtes édités, et du travail fait en amont par les attachés de presse auprès des journalistes et des jurés littéraires. Chantal Spitz est un frêle esquif au milieu de nombreux bateaux. Mais pourquoi pas ? Son livre pourrait, ou devrait, trouver un public en France. J’espère pouvoir en parler avec elle au Salon. C’est très intéressant de rencontrer de vrais écrivains, très différents de ceux qu’on a l’habitude de lire en France.

Les temps sont durs pour les maisons littéraires. L’édition numérique est-elle l’avenir du secteur ?

Elle s’impose même à notre métier de journaliste. Vous et moi par exemple écrivons désormais plus pour la toile que pour le support papier. En même temps, l’édition papier ne va pas disparaître parce qu’un nouveau support arrive. Il y a de la complémentarité entre le livre papier et le livre électronique. Cette semaine, deux événements importants ont eu lieu : la mort de Steve Jobs qui a révolutionné le monde de l’édition avec l’IPad, et la présentation du Kindle, la liseuse électronique d’Amazon, qui est enfin disponible en France avec des contenus français venant des principaux éditeurs. Mais ce n’est pas parce que les Français liront les derniers romans de la rentrée littéraire sur liseuse ou sur IPad, qu’ils ne continueront pas en même temps à lire des livres papier.

Mais ces nouveaux modes de lecture ne risquent-ils pas de modifier en profondeur les habitudes, et de rendre désuète la forme romanesque ?

A chaque époque ses modèles dominants. Le roman tel qu’on le connaît, des XIXème et XXème siècle français, ou russes, est devenu un mode dominant aussi grâce à des avancées technologiques, comme l’arrivée du livre bon marché en 1830. On peut penser que le roman comme genre littéraire va perdurer, mais que d’autres modes d’écritures qui ont régressé, comme la poésie et la nouvelle, trouveront leur droit de cité sur le net. Je pense donc que de nouveaux modes d’écritures, de nouvelles formes littéraires, vont s’imposer, mais que je ne crois pas que le roman soit condamné.




le Samedi 8 Octobre 2011 à 13:49 | Lu 872 fois


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