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FENUACOMMUNICATION, Fare Ute, immeuble SAT NUI BP 40160 98 713 Papeete Polynésie Française. Tel:40 43 49 49

Lettre ouverte au sénateur Richard Tuheiava




Monsieur le sénateur,

Le vendredi 13 juillet (veille de la fête nationale, notre fête à tous, vous compris), ce n’est pas une coïncidence, vous organisez un « forum » pour les jeunes de ce pays.

Bien sûr, personne n’est dupe du manque d’objectivité de ce forum, labellisé UPLD (couverture présentable du Tavini), et donc clairement orienté vers votre objectif incessant et permanent : amener la Polynésie française vers l’indépendance (le vrai mot pour « souveraineté ») politique.

Tout le monde aura noté le titre du forum établi en anglais « Build me a nation ». L’explication officielle viendra sûrement nous endormir en précisant qu’il y a des invités étrangers, que nous sommes dans un bassin anglophone… Mais cela sera surtout révélateur que, depuis le XIXème siècle, les combats politiques tournent toujours autour du même problème : d’un côté les soutiens des anglais (à l’époque agrégés autour de la reine Pomare IV, qui n’a jamais caché sa préférence pour l’Union Jack), de l’autre ceux des français (soutenus par les familles adverses aux Pomare). Division de toujours, attisée par les colonisateurs, mais où tout le monde y trouva son intérêt politique et économique.

En définitive, et malgré vos déclarations, vous ne proposez donc rien de nouveau à la jeunesse !! Vous ne faites que recycler les idées du passé : les concepts de Nation, d’indépendance, de souveraineté… De vieilles idées politiques qui ont causé bien des malheurs et qui démontrent aujourd’hui qu’elles ne peuvent plus répondre aux enjeux de demain.

Enjeux qui poussent à transcender le concept de Nation pour créer de super ensembles régionaux, guidés par des intérêts sociaux, économiques, culturels… L’Europe en est le plus bel exemple (et ce malgré la situation actuelle), les Etats-Unis en furent le premier, l’Amérique du Sud se cherche encore en multipliant les accords de libre-échange, l’Afrique se construit au travers de la CEDEAO… Seule la Chine, votre nouveau modèle, se satisfait d’elle-même du simple fait de sa taille et de sa population, un grand ensemble à lui tout seul !
Clairement, l’avenir du monde est dans la coopération politique, l’échange institutionnel. L’Europe deviendra une Fédération, c’est le sens de l’Histoire !

Alors, pour nous, polynésiens (et je défini comme polynésien toute personne qui aime ce pays suffisamment pour y vivre, travailler, et donner sa sueur et son temps pour tâcher de le développer, sans distinction de race, d’ethnie, de religion, de sexe…), quel avenir avec votre souveraineté ?
Celui de tous ces petits Etats obligés de moneyer leurs voix à l’ONU pour avoir la chance de se développer en obtenant des grands Etats des contrats d’investissement ?
Fermer les yeux sur ses convictions pour traiter avec de grandes puissances qui, en finançant des stades, des ministères, des grands palais ou des cités modernes inutiles (voir l’exemple récent de l’Angola), pour mieux dissimuler le vol des ressources naturelles, la pollution de ces nouvelles colonies économiques, pour mieux cacher le fait que tout dollar investi engendre un profit 10 à 100 fois plus important dont 95% sera rapatrié dans le pays d’origine !
Tant et si bien que certains pays voient même le plus vieux métier du monde colonisé par des régiments de péri**** importés du pays « généreux donateur » !

Monsieur, le Sénateur, lorsque vous parlerez à la jeunesse, au cours de ce Forum, allez-vous lui dire :
- qu’Hawaii n’est qu’un Etat fédéré dépendant du pouvoir central de Washington, dont le statut, au final, diffère peu de celui dont dispose aujourd’hui la Polynésie française ?
- que ce fameux sénateur hawaiien qui vient souvent nous rendre visite, n’est que l’équivalent de nos élus de Tarahoï ?
- que l’Australie et la Nouvelle-Zélande, certes indépendant mais toujours membres du Commonwealth, ne font pas cas des autochtones et que tous les dirigeants de ces Etats ont pour origine familiale l’Ecosse, l’Irlande, l’Angleterre ?
- que les USA, certes indépendants, ne sont qu’un groupe de colons qui ont pris la place des autochtones et laissé tomber leur Etat d’origine ? Et qu’ainsi leur histoire se rapproche plus de celle de la Nouvelle-Calédonie ?
- que si les touristes sont bien à Fidji, la population locale continue de subir brimades, privations de libertés, censure de la liberté d’expression, répression policière ?
- que si, comme l’affirme le dernier communiqué du Tavini, Fidji est respectable du fait de ses 600 000 touristes, alors la France est le pays le plus respectable du monde ?
- que la Papouasie Nouvelle-Guinée, se perd dans des luttes tribales ?
- …

Leur direz-vous tout ça à ces jeunes ?

Leur direz-vous que finalement, malgré tout ce qu’on peut dire sur elle, la France a fait en sorte que des polynésiens détiennent tous les leviers pour développer leur pays, et que seule l’incompétence des dirigeants actuels cause la ruine du pays ?
Leur direz-vous que, alors que vous avez été élu à la chambre haute du Parlement français, pour vous intéresser plus particulièrement aux collectivités locales, vous profitez de votre mandat républicain pour aller dénoncer la France dans toutes les tribunes politiques de la planète ?

Bien sûr, la France porte bien des responsabilités en Polynésie française. La question nucléaire reste un passif douloureux, la raison d’Etat et les déviances politiciennes ont eu raison de la confiance des citoyens envers les institutions politiques.
Mais alors, Monsieur le Sénateur, direz-vous aux jeunes que sur l’atoll de Bikini, possession américaine, les essais nucléaires aériens furent réalisés sur des îles habitées ? Que des villages entiers ont été contaminés sciemment ?

Leur direz-vous tout ça Monsieur le Sénateur ? Ferez-vous preuve de suffisamment d’honnêteté intellectuelle pour reconnaître ces faits ? Ou bien continuerez-vous votre travail de sape et de démagogie pour assister votre leader historique dans ses velléités autoritaires ?

Entre deux maux, il faut toujours choisir le moindre. Si je devais me mettre dans votre état d’esprit, je reconnaîtrai que la France en Polynésie française est bien le moindre des maux des polynésiens.

Je ne pouvais me permettre de taire ces éléments, quand la plupart des leaders autonomistes qui se battent pour maintenir la présence française localement reste totalement aphones face à vos coups de boutoirs incessants.
Pour moi, tout ceci est inacceptable, et la liberté d’expression encore existante dans ce pays me permet de vous dire publiquement tout ceci aujourd’hui.

Je signe ce courrier de mes seules initiales non par volonté de me défausser, mais du fait d’obligations professionnelles. Mais croyez bien que j’assume mes propos et serait prêt à en débattre avec vous de vive voix.

Te aroha ia rahi

PL

Rédigé par Moeata Simon le Jeudi 12 Juillet 2012 à 14:52 | Lu 844 fois


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Commentaires

1.Posté par pépé le 13/07/2012 12:16 | Alerter
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Les personnes qui pensent ainsi devraient également participer au "Me costruire una nazione"

2.Posté par emere cunning le 16/07/2012 00:18 | Alerter
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Perfect [just one thing: bien qu'ils le fassent, ce n'est pas aux leaders autonomistes de réagir aux coups de boutoir d'Oscar et sa clique, c'est bien plutôt à l'Etat français qu'ils n'ont de cesse d'insulter, et qui reste aphone, bien trop occupé à faire la guerre à qui l'on sait ].
Merci à Tahiti Infos de publier la réponse du sénateur. Not so sure he'll answer.

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