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Les aventures de Tifo, épisode 7 : pour la saison 2, Tifo déménage




Huit fois plus de busards ont été observés dans les vallées à monarques qu'en 2014. Une présence inquiétante qui alerte les parents et leurs poussins, et a aussi conduit Tifo à se trouver une zone plus sûre.
Huit fois plus de busards ont été observés dans les vallées à monarques qu'en 2014. Une présence inquiétante qui alerte les parents et leurs poussins, et a aussi conduit Tifo à se trouver une zone plus sûre.
PAPEETE, le 10 février 2016 - Confronté à l'arrivée d'un busard et au harcèlement de bulbuls agressifs, Tifo a plié bagages et a quitté sa zone à l'entrée de la vallée de Maruapo. Pour la reprise de ses aventures, il s'est installé dans une zone plus sûre, à flanc d’une falaise… habitée par trois belles monarques. Choisira-t-il l'une d'elles à la place de sa précédente amie ?

Résumé des épisodes précédents : les dernières nouvelles que nous avions reçues de Tifo, le monarque de Tahiti parrainé par Tahiti Infos, dataient d'août 2015. Ce dernier épisode de la saison 1 constatait l'échec cuisant de Tifo, jeune monarque inexpérimenté, à séduire une oiselle, lui construire un nid convenable et lui faire un œuf. Son aventure avec une jeune demoiselle bagarreuse aura fait long feu face à ses piètres talents d'architecte !

Pendant ce temps, les bénévoles de la Société d’ornithologie de Polynésie (SOP) Manu s'échinaient à protéger la zone de Tifo, comme toutes les vallées à monarque, des invasions de rats noirs, petites fourmis de feu, bulbuls ou merles des Moluques. C'est maintenant reparti pour la saison de reproduction des monarques, et donc pour les aventures de Tifo saison 2, racontées par Caroline Blanvillain, vétérinaire de l'association Manu.


>>> Lire les épisodes précédents

Fiu notre têtu ? Tifo a affronté plus de 18 bulbuls sur son territoire en 2015 et depuis peu, un busard se sert de cette zone comme point d’attaque ! Difficile dans ces conditions de se concentrer sur la reproduction : les deux occupations de nids avec sa chère bagarreuse (le même nid, deux fois, car il est têtu) n’ont rien donné.

Pourtant, on y a cru. Entre autres mystères que doivent affronter les biologistes du monarque, cette espèce a la particularité de mimer – parfois longtemps – l’incubation, sans qu’il y ait le moindre œuf au nid. On espère, on espère, on passe parfois des mois devant un nid qui semble fortement intéresser le couple mais que nenni, il n’y aura rien au final, à part un magnifique abandon. Un jour, on a bien cru que Tifo fêtait un jeune tout juste éclos : les "parents" se penchaient à l’intérieur et passaient très souvent. Ils n’apportent pas de petites proies lors de l’éclosion car le jeune doit résorber les restes de sa vie d’œuf… mais, las, deux jours après, le nid était en reconstruction ! Le fait qu’ils venaient de passer 36 jours à couver le nid conforte l’hypothèse de la fausse incubation.

Nouveau territoire et quatre jolies voisines

Suite à ces deux échecs, il nous semblait bien que Tifo boudait. On ne le voyait plus dans sa zone ! Cette suspicion est devenue réalité la semaine dernière, quand on a retrouvé notre héros national en même temps qu'une autre disparue : celle du bien nommé vallon perdu, qu’on ne voyait plus depuis plus de trois mois. Ils semblent s’être aménagé un petit territoire pimpant à mi-chemin de la paroi d’une falaise.

Par contre, côté cœur, le suspense reste entier car la zone était normalement occupée par pas moins de trois autres femelles ! Deux vigoureuses jeunettes orange, une belle mixte connue par nos services comme excellente reproductrice, et donc maintenant notre petite noiraude baguée disparue.

Épilogue

Ne manquez pas la suite des aventures de Tifo, saison 2 : va-t-il trouver l’amour ? Changer d'avis et repartir ? Quelle monarque, jeune ou vieille, fera de Tifo un papa ? La bagarreuse a-t-elle plaqué notre jeune oiseau ou va-t-elle se battre pour reconquérir le cœur de Tifo ?

Nous vous parlerons aussi des déboires de la SOP au pays des petites fourmis de feu, car, sur Punaauia, plus de 100 maisons et 16 hectares sont déjà traités contre ce fléau. La SOP souhaite remercier les personnes qui sauvent le monarque avec elle : ses 34 bénévoles du réseau de piégeurs en particulier, mais aussi les 277 personnes qui ont participé à la réhabilitation de l’habitat du monarque en 2015, les propriétaires des vallées qui jouent le jeu de ce sauvetage hors du commun, la direction régionale de l’Environnement (DIREN), le Haut-commissariat de la République, BirdLife International et la Fondation Jensen, la mairie de Punaauia, les sociétés Vini, EDT et OPT, le fonds Te Me Um et les 24 parrains des monarques de Tahiti 2015, dont Tahiti Infos, pour leur participation financière à ce programme.



Les jeunes monarques de Tahiti paient un lourd tribut à El Niño et aux prédateurs

Faifai le bébé monarque dans la vallée de Papehue
Faifai le bébé monarque dans la vallée de Papehue
Arrive enfin le bilan de la saison de reproduction 2015 à mi-parcours. Et puisque nos petits monarques ont décidé depuis des millénaires de se reproduire de septembre à juin chaque année, il faut bien que l’on suive leur rythme, nous, leurs sauveteurs et chroniqueurs.

Avec 53 adultes présents et déjà 14 jeunes envolés cette saison, le sauvetage de l’espèce se confirme. Nous avons eu fort à faire pour suivre le devenir de 29 nids et un record de 23 couples ! On espère un quinzième envol prochainement puisque, depuis fin janvier, une adorable tête sort bien nettement du nid des désormais célèbres Moerani et son volage de mari Tuki (qui finit toujours par revenir vers elle).

Le vent mauvais

Mais cette année a été particulière, comme si El Niño avait fait souffler un vent mauvais dans les vallées : cinq jeunes après l’envol et un jeune dans son nid ont disparu brutalement. Il ne nous reste plus que neuf survivants parmi les 14 envolés de 2015. Alors que s’est-il passé ? Faute d’avoir pu assister à ces disparitions en direct, nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses et c’est une véritable enquête policière que nous devons mener.

Déjà, tous les prédateurs habituels des nids, c'est-à-dire le rat noir et le martin triste (ou merle des Moluques) sont à éliminer de la liste des coupables de 2015. Pourquoi ? Parce qu’il n’y en a plus, grâce aux actions de dératisation de la SOP et au piégeage des merles réalisés par notre réseau de bénévoles sur Paea et Punaauia depuis quatre ans. Plus aucun merle n’est présent sur les territoires des monarques et c’est une des raisons majeures du baby-boom régulier chez les monarques depuis quatre ans. On savait gérer les rats noirs mais les petits au nid subissaient une hécatombe malgré tout : parfois la moitié d’entre eux disparaissaient au nid. Depuis que l’on élimine les merles régulièrement (et beaucoup de bulbuls aussi), 100% d’entre eux s’envolent !

Suspect numéro 1 : le busard de Gould

Un Busard de Gould (crédit photo : Thomas Ghestemme)
Un Busard de Gould (crédit photo : Thomas Ghestemme)
Originaire de Nouvelle-Zélande et faussement appelé faucon dans nos îles, il a été introduit à Tahiti en 1885 par le consul d’Allemagne, dans l’intention de limiter le nombre de rats. De cette île, il a gagné les autres îles sans intervention humaine pour le plus grand malheur de leurs avifaunes endémiques et sans aucune efficacité sur les rongeurs qui sont capables de multiplier la taille de leurs portées pour compenser les pertes dues à ces prédateurs. Le busard de Gould est à l’origine de la disparition du Rupe sur Tahiti, un pigeon géant d’un mètre d’envergure qui aboyait comme un chien (je le sais car il reste une dernière population sur la belle île de Makatea) ! Il a été vu capturant des rousseroles de Tahiti (une espèce en danger d’extinction) et des ptilopes de la Société. Leur attaque est fulgurante : ils slaloment entre les arbres lancés à pleine vitesse, et s’abattent sur leurs proies. Nos pauvres oiseaux terrestres endémiques, qui ont évolué pendant des millions d’années dans des milieux indemnes de prédateurs, donc de rapaces, sont des proies faciles pour cette espèce : les petits monarques juste après l’envol se perchent au sommet des arbres les plus hauts et émettent des sons épouvantablement audibles pour les biologistes comme les prédateurs !

Le seul jeune qui a disparu au nid cette année a laissé derrière lui un nid coupé en deux : signe distinctif d’une attaque de busard. En cette fin 2015, peut-être à cause d’El Niño et de la sécheresse qui a sévi sur Paea et Punaauia, nous avons observé huit fois plus de busards sur les territoires des monarques que les années précédentes !

Le doyen des monarques, le très brave Ari'inui, âgé d’au moins 21 ans et voisin le plus proche de Tifo, était tout content cette année : il avait été vu en compagnie d’une vigoureuse femelle mixte qui ne faisait pas sa timide avec lui malgré son grand âge, autant dire une vraie aubaine qui en ferait rêver plus d’un ! Il est hélas de nouveau seul, sa femelle ayant disparu. S’est-elle fait manger par le busard ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que c’est la première fois de ma vie que j’ai assisté à cet évènement incroyable : Ari’inui a pris en chasse avec une fureur terrible un busard rasant les cimes au-dessus de son territoire, et il l’a poursuivi longtemps en l’accablant de puissants cris d’alarme. La grosse bête a eu peur de la plus petite

Suspect numéro 2 : Le bulbul à ventre rouge

Un bulbul (crédit photo : Jean Kape)
Un bulbul (crédit photo : Jean Kape)
Espèce originaire d’Asie, elle a été introduite dans les années 1970 à Tahiti, selon radio cocotier, après s’être échappée d’une volière détruite par un cyclone. Or cet abominable oiseau, classé parmi les 100 espèces les plus invasives de la planète, tout comme le merle des Moluques, est si agressif que les Indiens l’utilisent pour remplacer les combats de coqs dans les pays où cette pratique est interdite. Les deux bulbuls mis dans l’arène se battent à mort, et les hommes font leurs paris. J’ai personnellement observé un jeune bulbul tombé au sol. Il était nourri par ses parents d’un côté et attaqué par ses voisins de l’autre.

Côté monarque, cela donne des interactions ultraviolentes : les bulbuls s’agglutinent à plusieurs autour d’un monarque qui pousse alors des cris de détresse déchirants. La boule de plumes, privée d’ailes, tombe alors brutalement au sol, parfois après une chute de plus de 10 mètres. En règle générale, ces attaques sont suivies par les hurlements de notre équipe qui accourt pour disperser ces affreuses boules et libérer le monarque. Les adultes survivent, mais quid des jeunes fraîchement envolés ? Et qu’arrive-t-il en notre absence ? En 2015, les effectifs des bulbuls ont ré-augmenté sur les territoires des monarques malgré les efforts de notre réseau de piégeurs. Un effet El Niño dû à la sécheresse là encore, qui a amené les bulbuls à rechercher fraîcheur et nourriture sur les territoires des monarques situés près des rivières ?

Suspect numéro 3 : El Niño

Sécheresse (avec les effets secondaires évoqués plus haut), inondations ou tempêtes spectaculaires, même localisées, perturbation du déroulement habituel des saisons ont pu fragiliser nos jeunes monarques par diminution des proies… On suspecte qu’au moins l’un d’entre eux a disparu directement à cause du temps : alors qu’il venait tout juste de prendre son envol, sa disparition a coïncidé avec l’observation de nombreuses branches tombées au sol, comme après le passage d’un gorille en furie dont je ne souhaite la rencontre à personne.


Femelle Monarque et son petit au nid (photo : Alain Petit)
Femelle Monarque et son petit au nid (photo : Alain Petit)
Contact
Pour parrainer votre propre monarque, faire un don à l'association ou vous porter volontaire pour arracher des miconias dans les vallées des monarques (des vallées privées et préservées, inaccessibles autrement), contactez la SOP-Manu :
Facebook : Manu-SOP
www.manu.pf
info@manu.pf


Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Mercredi 10 Février 2016 à 16:13 | Lu 4462 fois



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