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Le mono'i entre production artisanale et production industrielle




PAPEETE, le 10 mais 2016 - Le mono'i est une huile ancestrale sacrée. Mélange d'huile de noix de coco et de fleur de tiaré, le mono'i a acquis une réputation qui n'est plus à faire. On vous explique ici comment se fait cette huile sacré.

Aujourd'hui, il y a deux types de production de Mono'i, la production industrielle menée par des entreprises locales souvent familiales qui exportent par la suite l'huile en vrac pour l'industrie cosmétique ou bien le produit fini pour les particuliers dans le monde entier et la production artisanale qui s'écoule sur le marché local. La première s'inspire du savoir de la seconde et est en plein essor, la production de mono'i artisanal, elle, est en perte de vitesse faute de jeunes prêt à reprendre le savoir-faire de leurs ancêtres. Mélange d'huile de noix de coco et de fleur de tiaré Tahiti, chaque secteur à sa méthode de production bien particulière.

La production industrielle

Depuis le 1er avril 1992 les ingrédients utilisés ainsi que le procédé de fabrication des produits d'appellation Monoï de Tahiti sont rigoureusement précisés par le décret 92-340 après duquel : "Le Monoï de Tahiti est le produit obtenu par la macération de fleurs de Tiaré dans l’huile de Coprah raffinée, extraite de noix de coco récoltées dans l’aire géographique de Polynésie française au stade de noix mûres, sur des sols d’origine corallienne. Ces noix doivent provenir du cocotier «Cocos Nucifera» et les fleurs de Tiaré de l’espèce végétale «Gardenia taitensis» (Flore de Candolle) d’origine polynésienne récoltées au stade de bouton… "

La production industrielle doit répondre à un cahier des charges spécifique si le produit veut bénéficier du label Monoï de Tahiti. Ce cahier des charges a été défini et mis en place par les producteurs de Monoï eux-mêmes dans le cadre du groupement interprofessionnel du monoï de Tahiti (GIMT – Institut du monoï). Ainsi, il faut que l’huile réponde au critère suivant : "la noix de coco doit provenir d’un sol corallien, les fleurs macérées doivent être à l’état de bouton et être utilisées dans les 24 h suivant la cueillette, elles doivent macérer pendant au moins dix jours dans l’huile de coprah raffinée, il faut par ailleurs au moins 10 fleurs de tiaré Tahiti pour un litre d’huile", explique Éric Vaxelaire, directeur de l’institut du Monoï.

La production générale se déroule en gros de la façon suivante, la plupart des producteurs vont chercher l'huile de coprah raffinée à l'huilerie de Tahiti. Une fois qu'ils ont l'huile ils mettent les fleurs de tiaré (minimum dix fleurs pour un litre d'huile) cueillies au plus tard 24h avant et toujours à l'état de bouton à macérer dans l'huile. L'huile et les fleurs macèrent au moins dix jours dans de grandes cuves. Le macérât obtenu est ensuite décanté et filtré. Ensuite en fonction de l'usage réservé à l'huile des parfums y sont insérés (vanille, tiaré, papaye, mangue, banane). Pour les producteurs de produits finis chacun a son parfum signature.


La production artisanale

La production artisanale n'a pas de recette exacte, ou plutôt chaque famille et chaque producteur procède à sa façon selon des ingrédients et des techniques familiales, seule la base : huile de noix de coco et fleurs de tiaré Tahiti est la même. Deux écoles s'opposent les plus traditionnels qui produisent le mono'i à partir d'amande de coco qu'ils râpent eux-mêmes et ceux qui font chercher l'huile de coprah à l'huilerie de Tahiti. "Le vrai mono'i se fait en râpant soi-même le coco, il ne faut pas être fainéant, mais, les jeunes aujourd'hui ils sont fiu. Ils trouvent ça trop dur d'aller chercher le coco germé, le couper et le râper à la main. Pourtant, c'est la seule façon de faire un bon mono'i artisanal", regrette Robert Peretia, producteur de mono'i traditionnel.

Robert Peretia a accepté de partager son savoir-faire avec la rédaction de Tahiti-infos. Selon sa recette, les ingrédients nécessaires sont des noix de coco germées (Uto), des fleurs de Tiaré Tahiti, des bernard-l'ermite et du soleil, "il ne faut pas préparer le mono'i quand il pleut ce n'est pas bon, si l'eau rentre dans la préparation, il faut tout jeter", explique le producteur.

Pour 50 cocos germés, il faut deux bernard-l'ermite et "beaucoup de fleurs de tiaré". Après avoir retiré la partie germée, Robert Peretia râpe les noix de coco à la main. Une fois le coco rapé, il met l'intestin de deux bernard-l'ermite et mélange le tout. Ensuite il ouvre les fleurs de tiaré, et les mélange au coco. "Elles ne doivent surtout pas être séchées, il faut juste qu'elles aient à peine commencé à faner, elles doivent prendre une couleur un peu marron."

La préparation repose au soleil durant plusieurs jours, Robert Peretia y rajoute régulièrement des fleurs et du lait de coco. Le bernard-l'ermite accélère la fermentation des fleurs et de l'huile. "Le mono'i est prêt au bout de trois jours, mais moi j'aime bien le laisser reposer pendant six mois un an" explique Robert Peretia, "après je le laisse reposer et je ne prends que le dessus de l'huile, comme ça, ça me fait une huile pure, propre c'est plus joli", explique le producteur.


Pour reconnaître un bon mono'i il faut tout d'abord qu'il fige en dessous de 24 degrés, pour le mono'i vendu en grande surface le label monoï de Tahiti suffit pour être sûr de la qualité. En revanche, selon Robert Peretia, pour le mono'i artisanal "il faut acheter le mono'i dans des bouteilles de verre, jamais dans du plastique, et avec des bouchons qui se vissent, pas des bouchons de liège", s'il y a du dépôt dans le fond ou que le mono'i est trouble ce n'est pas très grave, cela n'influe pas sur la qualité du produit, "il suffit de le laisser décanter et l'huile du dessus sera pure et transparente."

Pour Eric Vaxelaire comme Robert Peretia il est important voire même indispensable de maintenir la production artisanale de mono'i. "Cela fait partie de la culture polynésienne, il faut le maintenir vivant", explique le directeur de l'institut du monoï. De son côté Robert Peretia insiste "ça fait partie de nous, les jeunes devrait savoir faire leur mono'i. Avant tout le monde le faisait, maintenant ils l'achètent, c'est plus facile. C'est dommage, j'ai appris à ma petite fille comment faire, parfois elle m'aide à faire les démonstrations à l'école, elle aime bien."

Le problème de la transmission est une véritable question pour le mono'i traditionnel, revaloriser le produit dans le Pays n'est pas un sujet anodin c'est pourquoi différents évènements sont mis en place pour célébrer l'huile sacré. Une semaine du mono'i organisé par le GIMT à lieu tous les deux ans pour rappeler l'importance du mono'i dans la culture polynésienne et valoriser les petits producteurs artisanaux. "On a de l'or dans nos mains, mais les jeunes ils ne veulent pas le voir", c'est dommage.

Le monoï en pleine ascension à l'export

Un petit produit présent dans le monde entier, le mono'i monte discrètement et bien que fortement installé localement, peu à peu il se fait une place à l’international et gagne des parts de marché.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les exportations de l’huile sont en constante augmentation. En effet les exportations de mono'i ont enregistré une hausse de 55,10 % entre 2013 et 2015. Par ailleurs entre 2013 et 2014 le mono'i était le poste à l’export qui enregistrait la plus forte hausse avec une variation de 19,2 %, entre 2014 et 2015 le mono'i enregistrait la deuxième plus forte hausse des produits exportés. Enfin entre le premier trimestre 2015 et le premier trimestre 2016 les exportations du produit connaissent une progression de 22,8 % se positionnant ainsi juste après les produits perliers.

Cependant si les exportations de mono'i augmentent et que ce dernier gagne des parts de marché à l’international, la part du mono'i dans les exportations reste toute petite. L’huile parfumée représente en valeur 1,80 % des exportations en 2013, 2,71 % en 2014 et 1,99 % en 2015. Ainsi les producteurs de mono'i bien que dynamiques restent encore très petits.

Mono'i, monogi ou pani, qu'est-ce c'est ?

L'huile sacré à la fleur de tiaré a plusieurs nom mono'i en reo tahiti, monogi en pa"umotu ou encore pani en reo enana (marquisien). En tahitien, le mot mono'i connaît plusieurs significations "huile parfumée" ou encore "huile sacré", elle était réservée aux notables et aux rites traditionnel sur le marae.
Cet usage a par la suite avec le temps dérivé sur une utilisation médicale et cosmétique. Les bienfaits du mono'i varient selon les plantes macérée en plus du mono'i. Ainsi elle sert de remède mais aussi d'huile de massage. Il était d'usage d'offrir du mono'i aux jeunes parents.
Les plongeurs se servaient aussi du mono'i pour se protéger du froid, l'huile leur permettait de rester plus longtemps sous l'eau.
Les femmes s'en servaient également pour s'hydrater le corps et les cheveux. Le mono'i servait aussi de parfum et même parfois d'aphrodisiaque.
Ainsi l'huile parfumée accompagnait les polynésiens de la naissance à la mort, dans la vie quotidienne, religieuse et jusque dans l'intimité.

Mono'i, monoï ou monoi

Selon son écriture le mot mono'i a différentes qualifications.
Mono'i : La version tahitienne sert à qualifier l'huile sacrée en général et le mono'i artisanal.
Monoï : L'orthographe francisée qualifie le label et la marque Monoï de Tahiti ainsi que le mono'i industriel.
Monoi : l'orthographe anglo-saxonne apparaît rarement sur les produits labélisés ou encore sur les produits traditionnels.

Rédigé par Marie Caroline Carrère le Mardi 10 Mai 2016 à 05:00 | Lu 2727 fois



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