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La pratique du iaidō reste confidentielle au fenua



PAPEETE, 10 juillet 2017 - L’iaidō c'est l'art de dégainer le sabre et de frapper. Derrière cette présentation synthétique se cache un monde. Un monde de patience, de remise en question, de quête et de passion pour le sabre mais aussi bien souvent pour le Japon, le pays qui a vu naître l’iaidō. Ce monde rassemble, à Tahiti, une dizaine de pratiquants.

Le dojo de la Fautaua reçoit, tous les samedis matin, une poignée de pratiquants de l'iaidō. Ils arrivent un à un, le sabre au dos et l'esprit déjà en quête. Ils revêtent leur tenue. Un ensemble noir composé d'une veste (shitagi ), d'un pantalon (hakama) et d'une grande ceinture (obi). Le geste est sûr, emprunt d’un certain attachement. Puis, ils s'avancent vers le tatami auprès duquel ils s'inclinent.

Cette première étape, comme une marque de respect, est aussi une porte qui s'ouvre sur un monde dans le monde. Un univers que seuls les pratiquants peuvent cerner. "On ne peut pas, à première vue, savoir qui pratique l’iaidō depuis 3 mois et qui le pratique depuis 15 ans", indique Lam Nguyen, l'instructeur. L’iaidō ne se laisse découvrir qu'aux initiés. L'école de Tahiti est un "shibu", une école agréée par le maître-héritier de la tradition, dont l’école principale, le "honbu", est à Shimizu (actuellement Shizuoka). L’école a été agréée en 2014 par la venue du maître sōke Yoshimitsu Katsuse Kagehiro.

Après s’est être inclinés devant le tatami, les pratiquants s’agenouillent. Leur sabre placé devant eux. Ils posent une à une leur main avant de s’incliner une nouvelle fois. La lame est plus qu’une arme.

Une pratique ancestrale

L'essentiel de la pratique de l’iaidō consiste en l'apprentissage et l'exécution de katas, c'est-à-dire des séquences de mouvements précis et établis. La plupart du temps, ces katas s'exécutent seul. Ils démarrent debout, genoux au sol ou bien encore avec un seul genou au sol.

Les katas sont écrits sur des rouleaux de parchemin, ils sont archivés au Japon. Ils ont été créés par le fondateur de l'iaidō au XVIème siècle. "Puis, ils ont été complétés par son fils qui a souhaité ajouter des katas de base car les katas de son aîné n'étaient pas suffisamment accessibles", indique Lam Nguyen. Depuis, rien n'a pas bougé.

"On répète les katas au cours des entraînements avec un sabre long, ou katana, mais on peut aussi utiliser un perce armure, un sabre court, un bâton, un kusarigama…" Au fil du temps, répétitions après répétitions, les adeptes de l'iaidō gagnent en vitesse, en efficacité.

On n’est pas là pour faire des trucs jolis

À la question y a-t-il un volet esthétique dans la pratique? "Absolument pas. On n'est pas là pour faire des trucs jolis. Sinon, on ferait de la danse du sabre. Cela peut-être décevant visuellement, mais on cherche à dégainer rapidement, en utilisant les muscles strictement nécessaires, sans risquer sa vie. Si tu utilises trop de muscles, ce que l'on fait tous en tant que débutant, tu ne tiens pas trois minutes au combat. Notre but : rester vivant sur le champ de bataille." Toutefois il se dégage une certaine beauté de l'enchaînement des katas.

Personne, au cours de l’apprentissage, ne vient valider les acquis. Il n'y a pas de distribution de dan comme au judo par exemple pour récompenser les méritants. "Sur un champ de bataille, tu ne gagnes pas parce que tu es ceinture noire ; tu gagnes parce que tu es valeureux, courageux, efficace dans ton geste, attentif", répète Lam Nguyen.

Ni code, ni hiérarchie

Il n'y a ni code, ni hiérarchie. Il y a, dans chaque école, un soke garant de la bonne pratique. Il attribue aux disciples capables le rôle d'instructeur. Le Shibu de Tahiti (il existe un dojo principal d’iaidō au Japon et tout autour des shibu annexes), affilié officiellement à l'école traditionnelle Shibizu du japon, a deux instructeurs : Lam Nguyen et Romilda Lee.

Lam Nguyen a commencé il y a douze ans. "Je faisais beaucoup d'arts martiaux, judo, aïkido, karaté de l'escrime aussi." Parmi les trois armes de cette dernière activité, c'est le sabre qu'il préférait. Déjà. Quand il est arrivé en Polynésie française en 1997, il n'y avait pas d'escrime. Il a découvert le kendō, l'escrime au sabre pratiquée autrefois par les samouraïs au Japon. Dans sa version moderne, le kendō n'est pas seulement un art martial mais aussi un sport de compétition.

Un jour, un ami lui a parlé de l'ouverture d'une école d'iaidō. Lam Nguyen a répondu à l'invitation de son ami et s’est rendu dans l'école en question pour assister à un entraînement. "Quand je les ai vu je me suis dit, ça a l'air tellement facile", se rappelle-t-il. En se tournant vers son ami : "tu me donnes un sabre et je peux te faire la même chose. Je vais te montrer". Voilà maintenant treize ans qu'il pratique l'iaidō, se rendant aux États-Unis et au Japon pour suivre des stages. "J'ai mis dix ans pour réussir à maîtriser l'un des premiers katas" avoue-t-il avec toute l'humilité que l'iaidō lui a insufflée. "En fait, ça n'a rien de naturel. Tout n'est que nécessité opérationnelle. Il faut tout apprendre et en faire des habitudes, des automatismes."

"On cherche à devenir une meilleure personne"

Mais pourquoi apprendre des techniques de combat ancestrales qui ne servent plus à rien aujourd'hui, pourquoi apprendre à manipuler une arme féodale ? "Ce n'est pas l'objectif qui est important, c'est le chemin", répond Lam Nguyen. "Avec l'iaidō on cherche à devenir une meilleure personne. Quand on se rend au Japon tous les ans et que le soke nous regarde, il discerne derrière nos mouvements notre personnalité. Il nous répète que pour progresser, on doit s'améliorer. La technique suit. Notre seul adversaire, c'est nous. On se remet en cause en permanence quel que soit notre âge et quel que soit le nombre d'années de pratique."

Romilda Lee est arrivée dans l'école il y a sept ans. Elle a toujours été passionnée par le Japon et la culture du pays des samouraïs. Quand elle a appris l'existence d'une telle pratique, elle s’est lancée tout naturellement. "Ça ne sert à rien tous les jours, peut-être, mais l'attention et la concentration que l'on travaille, elles, nous servent au quotidien."

Tout cela ne dit rien sur la quête personnelle des pratiquants, sur les raisons qui les poussent à se retrouver sur un tatami, arme à la main. Pour Frédéric par exemple : "c'est d'abord la passion du Japon, de sa culture, de ses arts qui se rejoignent dans une recherche de plénitude que l'on peine à trouver en occident. Il n'y a pas de secret dans la pratique de l'iaidō mais une magie. Elle apporte tellement au niveau de l'équilibre intérieur", indique-t-il avant de s'avancer vers le tatami.

Christophe lui tend à évacuer la violence. "Je suis chrétien et contre toute forme de violence. Toutefois on a tous une part de violence, une dérive est toujours possible. L'iaidō c'est la voie du sabre, l'unité de l'être. En évoluant dans cette pratique tu t'accomplies."

À l'issue de l'entraînement, Lam Nguyen conclue : "il y a ce qui se voit dans l'iaidō et ce qui ne se voit pas. Les pratiquant restent en permanence, ou tout au moins apprennent-ils à rester en permanence vigilants sur ce qui les entoure. Il regarde devant eux mais restent attentifs aux bruits, aux vibrations qui peuvent trahir un mouvement derrière eux." Au-delà du geste, il y a un monde. Un monde qui ne se voit pas, il se vit.

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 10 Juillet 2017 à 10:33 | Lu 2569 fois





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