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L’impact du ray feeding sur le comportement des pointes noires mis au jour



PAPEETE, le 5 janvier 2016 - Présentée lors du conseil des ministres du 14 décembre dernier, une étude comportementale des requins sur le site de Tiahura à Moorea fait le lien entre les conditions de ray feeding (nourrissage des raies) et les risques de survenue d’accidents. Un encadrement des activités de nourrissage des raies à des fins touristiques devrait être proposé en 2016.

Sur les sites autorisés de ray feeding, l’élévation du nombre de requins est nette. Cette agrégation entraîne un risque accru d’accidents. Dans ce contexte, et pour évaluer l’impact des activités touristiques sur les requins qui sont des espèces protégées, la direction de l’Environnement a mandaté l’association Observatoire des requins de Polynésie (ORP) pour mener une étude d’impact du ray feeding sur les requins pointes noires, Carcharhinus melanopterus. L’étude a été présentée au conseil des ministres du 14 décembre 2015. Elle servira à poser les bases d’un encadrement des activités de nourrissage de raies et des oiseaux.

L’étude comportementale des requins a été réalisée par Nicolas Buray de l’ORP. Elle a consisté en l’identification et l’observation du comportement des requins pointes noires sur sept jours (cinq en juillet et deux en août) sur le site de Tiahura, à Moorea. Plus précisément sur le banc de sable. Pour rappel, le nourrissage des requins est interdit en Polynésie, celui des raies est possible. À Moorea, le Plan de gestion de l’espace maritime l’autorise sur quatre zones dans le lagon.

Près de 2 500 visiteurs

Bilan des observations : 57 pointes noires différents ont été observés, 31 femelles et 26 mâles. Sur sept jours, 2 418 personnes sont passées sur le banc de sable. Elles étaient au maximum 433 par jour. Pas moins de 109 prestataires ont fait transiter ces visiteurs, dont 77 % utilisaient des appâts (sardines, thon, calamars, poissons du lagon…). En toute logique, le nombre de requins réunis au même moment sur le banc de sable est fonction de l’activité, du nombre de visiteurs et de prestataires. Plus le nombre de visiteurs, de prestataires et l’agitation qui en découle augmentent, plus le nombre de requins augmente, mais il en va de même pour leur nervosité. D’après l’étude, toujours, le type de pratique de ray feeding joue un rôle important.

Des pratiques variées


L’étude de l’ORP a mis en évidence plusieurs pratiques de nourrissage des raies. Tout d’abord, une pratique de ray feeding dite "en petit groupe". Un guide descend avec quelques visiteurs qu’il a préalablement informés. Il nourrit les raies au contact et reste le seul à pratiquer le feeding la plupart du temps. Cette pratique n’a pas ou peu d’impact sur le comportement des requins. Ceux-ci restent à distance et ne montrent pas de signe de nervosité. Le risque d’accident est considéré comme faible.

Une deuxième pratique dite ray feeding "de masse" est un véritable "show". Jusqu’à 70 touristes par prestataire descendent simultanément, la quantité de nourriture lancée est importante, il n’y a pas de méthodologie particulière. Jusqu’à 40 requins en même temps peuvent s’attrouper pour participer au show avec au programme hurlements, cris et autres haussements de voix propres à satisfaire une clientèle anglo-saxonne en attente. Les requins sont attirés par l’odeur de la nourriture mais aussi par le bruit et l’agitation. Les signes de nervosité (accélération de la nage, nageoire pectorale qui s’abaisse) sont palpables. "Les touristes sont si nombreux", consigne l’étude, "que les requins ont forcément des itinéraires qui les mènent dans les labyrinthes des centaines de jambes d’hommes". La turbidité de l’eau (un facteur à prendre en compte dans le cadre de la mise en place d’une réglementation) augmente elle aussi, ce qui accroît encore le risque de confusion pour le requin qui ne se fie plus qu’à son odorat. Le risque d’accident est considéré comme important.

Il existe aussi une pratique de ray feeding dite "d’amateur". Une grande quantité de poissons est jetée sans méthodologie. Certains appâts sont donnés à la main aux raies, d’autres sont balancés dans l’eau au hasard. C’est le moment où les requins sont les plus excités. "La frénésie n’est pas rare." Le nombre de requin est maximal, chaque individu se déplaçant dans une confusion totale. Le risque d’accident est alors très important.

Enfin, certaines dérives ont été constatées. Sur le site de Tiahura, plusieurs animaux ont désormais leurs habitudes, les raies, les requins, les poissons type carangues mais aussi des oiseaux marins. Des guides et particuliers s’amusent, en marge du nourrissage des raies, à nourrir les oiseaux. Des petits morceaux de poissons destinés aux oiseaux tombent à l’eau. Les carangues se jettent sur ces morceaux avant que les "requins entrent à leur tour en frénésie" décrit le rapport. Voyant cela, des observateurs ont pris l’habitude de jeter des leurres, en l’occurrence des morceaux d’algues (Turbinaria), vers les requins pour les attirer. Ces observateurs ne nourrissent pas directement les requins, ils n’entravent pas la loi, mais cela passe tout de même pour une pratique de shark feeding déguisée. D’après le rapport, le risque d’accident est difficile à évaluer. "Cependant, une méthodologie non adaptée restera la cause principale d’éventuelles morsures, sans compter les dérives que l’excitation peut procurer, en particulier chez les usagers qui ne sont pas encadrés par des professionnels." Une pratique raisonnée du ray feeding paraît envisageable, à condition de la réglementer.


Une base de travail

Le rapport se termine sur des recommandations à considérer pour encadrer la pratique du ray feeding. "Même si le risque zéro n’existe pas, il est possible de diminuer l’interaction homme-requin qui peut être dangereuse", conclue l’étude qui préconise :
• d’installer une pancarte pédagogique sur le banc de sable ;
• d’éviter le bruit ;
• de privilégier les petits groupes ;
• de répartir le nombre de personnes et de prestataires sur la journée ;
• d’utiliser seulement des appâts de petite taille ;
• de réserver la pratique du nourrissage aux seuls guides, ce qui suffit à maintenir sur le site un nombre de poissons important ;
• d’interdire le bird feeding et le jeté d’algues ;
• d’impliquer les prestataires ;
• d’embaucher une personne pour encadrer la pratique ;
• d’interdire réellement le shark feeding.
Sachant qu’en cas d’accident, le prestataire et la mairie de Moorea-Maiao sont juridiquement tenus pour responsables.





Rédigé par Delphine Barrais le Mardi 5 Janvier 2016 à 15:43 | Lu 3918 fois







1.Posté par Shark attack le 06/01/2016 08:25 | Alerter
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stop au feeding...
on perturbe ce fragile équilibre de nos lagons juste pour quelques touristes...cela n'en vaut pas la peine...
Les autorités sont de mèches justes pour une poignée de professionnel...décidément nos politiciens sont incapables de prendre des décisions pour le bien commun et pour les générations suivantes....
le mahana beach, l'ecopark de papenoo et surtout le brando en sont leurs étendards....
Comprend qui pourra...

2.Posté par melpo le 07/01/2016 01:35 (depuis mobile) | Alerter
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Il es amusant de constater que Nicolas Buray préconise "de diminuer l’interaction homme-requin" apres en avoir fait son Fond de commerce" pendant des années au club de plongée MUST.
Je me souviens de certains feeding a la main avec des tigres ..

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