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Jeudi 17 Mai
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HEIVA I TAHITI: 2e soirée de concours : Manahau, réflexions sur l’identité



HEIVA I TAHITI: 2e soirée de concours : Manahau, réflexions sur l’identité
La deuxième soirée de concours aura lieu ce soir place To’ata. Le programme de la soirée ce rendez-vous sera marqué par l’arrivée en force de groupes communaux et d’un groupe dont la liberté d’expression n’est plus à démontrer : Manahau ;


En ouverture de cette deuxième soirée et tout droit venu de la presqu’île, Tamarii Afaahiti est un groupe de chants récemment fondé en 2009 qui fait un point d’honneur à « promouvoir la culture polynésienne, les traditions et les mythes de Afaahiti » comme le souligne Paul Tehahe, président de l’association. C’est ainsi que pour sa deuxième participation au Heiva i Tahiti, le groupe a choisi de mettre valeur à travers son himene tarava Tahiti (chant) le respect de la nature et d’une tradition associée, celle de la pêche aux anguilles. Pratiquée aux temps anciens, cette activité traditionnelle se déroulait à Vai Puna Ora [appelée aujourd’hui Vai Ufa Ufa]. Seules quelques personnes pouvaient y prendre part, accompagnées et guidées par un prêtre. Ce dernier jouait un rôle essentiel dans le bon déroulement de la pêche : il appelait l’animal et déterminait la quantité à pêcher. Tous lui devaient le plus grand respect. Toujours dans l’optique d’amener sur le devant de la scène les mythes de la presqu’île, Tamarii Afaahiti développe dans son himene ruau (chant) le changement de nom de la rivière Vaitorea aujourd’hui appelée Vaipahua en référence aux pérégrinations du roi Pomare V. Enfin, le dernier chant, le ‘ute paripari, évoque la colline de Haupea où il est aisé de se perdre lorsqu’apparaît la brume.
Le groupe demeure aussi très attaché à une autre réalité. Ayant constaté que « les jeunes d’aujourd’hui ne savent plus chanter le tarava Tahiti, le ruau et le ‘ute » Paul Tehahe souhaite « transmettre aux jeunes les valeurs du tarava Tahiti et l’histoire de la famille des Teva », soulignant encore que « Afaahiti fait partie de cette famille ». La transmission est un aspect d’autant plus important pour ce groupe qu’il a bénéficié durant toute sa préparation des précieux conseils de Marianne Tehaamoana. La prestation constituera aussi un hommage à cette grande dame de la commune, récemment décédée.

La soirée continuera avec le groupe Papeete to’u Pare Ora qui a été créé pour répondre à l’appel lancé par Heiva Nui qui souhaitait que les communes soient davantage présentes dans le cadre de ce 129e concours. La formation présidée par Jean-Paul Clark a mobilisé des jeunes issus de l’ensemble des quartiers qui composent la ville de Papeete. Pour sa première prestation, le thème, rédigé par Teaue Tetuanui et qui s’intitule « Papeete Tona Rau’raa », commence avec la création de la terre par le dieu Ta’aroa et enchaîne avec la formation des montagnes dont le mont Orohena avant de continuer avec l’évocation du Diadème, des vallées et surtout une petite rivière qui descend jusqu’à Tarahoi. Ce lieu symbolique accueillait le bassin de la Reine et constituait autrefois le « lieu de rassemblements de toutes les délégations venues des îles et des districts » pour le concours de chants et danses appelé alors le Tiurai, évoque Clara Taputu, chef du groupe. Aujourd’hui c’est à To’ata que se déroulent les festivités du Heiva i Tahiti et où s’achèvera ce voyage dans un ultime éloge à la ville de Papeete. Si le groupe est récent, la motivation est bien là pour représenter « la capitale qui se devait de répondre présente » souligne encore Clara Taputu.

Ensuite, ce sera au groupe des Tamarii Mataiea de faire leur entrée sur scène. Pas un Heiva i Tahiti sans ce groupe de renom qui chaque année met un point d’honneur à revenir concourir pour le prix du meilleur himene tarava Tahiti (chant). Si un certain nombre de formation vont et viennent au fil des Heiva, ce n’est pas le cas de ce groupe qui a démontré à maintes reprises ses talents en remportant le premier prix. Par ailleurs, Tamarii Mataiea représente une commune mais s’inscrit aussi dans une tradition familiale transmise de génération en génération comme tient à le rappeler Dominique Teriitahi. Ce chef de groupe évoque encore comment il a hérité du groupe et sa volonté de pour transmettre à son tour son savoir. C’est donc avec un himene tarava Tahiti intitulé « Mataiea to’u ‘ai’a » que le groupe viendra faire l’éloge de sa commune d’origine. Quant aux autres chants qui composent la prestation, ils feront allusion aux légendes qui se rapportent à la montagne Tetufera.

Les chants continueront à s’élever avec la troupe de Tamarii Punaauia. Ce groupe participe pour la première fois au Heiva i Tahiti. Créé à l’initiative du maire de la commune, Ronald Tumahai, Tamarii Punaauia monte sur la place To’ata pour la première fois et concoure en catégorie himene tarava Raromatai (chant). Ses membres, qui sont pour la plupart des « jeunes qui viennent des quartiers prioritaires », se sont particulièrement investis dans l’événement évoque Monette Harua, présidente de l’association. En effet, ils participent à la fois au concours de chant et au concours de danse. Pour mener à bien ce projet, l’équipe dirigeante a souhaité les mobiliser autour de la légende du guerrier Puna venu des îles-Sous-le-Vent pour affronter Tahua Tane. En substance, Puna observe l’île de Tahiti de Maiao. Arrivé en pirogue à la pointe Nu’uroa (pointe des pêcheurs), il entend dire qu’un autre guerrier du nom de Tahua Tane vit à Tamanu, dans la vallée de la Punaruu. Tahua Tane est bien conscient de la force de son rival, mais ne manque pas pour autant de ressources pour affronter son adversaire. Jonglant sur l’arrogance de Puna, il lui lance comme défi de boire toute l’eau d’un petit puits. Puna tombe inévitablement dans le piège. A chaque fois qu’il croit avoir réussi à vider l’eau du puits, celui-ci se rempli à nouveau. Tahua Tane profite alors de l’épuisement de Puna pour l’attacher et asseoir ainsi sa victoire. Des festivités s’ouvrent alors au cours duquel Puna est dévoré par la population. Outre les exploits légendaires de Tahua Tane, le récit de ce mythe porte en lui l’origine de la plupart des toponymes de la commune. Des lieux comme Matatia ou encore Taapuna rappelle la fin tragique du guerrier Puna.


la fille de J.-M. Biret (Manahau) a été élu meilleure danseuse l’année dernière
la fille de J.-M. Biret (Manahau) a été élu meilleure danseuse l’année dernière
Enfin pour clore la soirée, se sera au tour de Manahau d’occuper les planches de To’ata. Manahau, c’est l’histoire d’une famille profondément unie et ayant pour trait d’union la danse. Depuis 2002 - année où Jean-Marie Biret à créé Manahau - le groupe se distingue à la fois par une expression originale mais aussi par le caractère atypique de son parcours.
En effet avant de s’inscrire au concours du Heiva i Tahiti, Manahau avait déjà eu l’occasion de fouler la scène de To’ata à l’occasion de ses grandes productions avec le Conservatoire Artistique de la Polynésie française et de représenter le territoire à l’international. C’est justement ces actions qui lui valent aujourd’hui le privilège d’être promu au rang de groupe « confirmé ou professionnel » sans avoir remporté un premier prix en catégorie « amateur ». Une distinction que Jean-Marie Biret voit comme « un signe de reconnaissance » de ces pairs. Pas question pour autant de se reposer, le groupe travaille d’arrache-pied depuis. Cette année, la question identitaire sera au cœur de la prestation de Manahau.


HEIVA I TAHITI: 2e soirée de concours : Manahau, réflexions sur l’identité
En réponse aux aléas que rencontre la société actuelle, Jean-Marie Biret préconise de se recentrer sur cet aspect fondamental de l’individu : « J’ai besoin de dire à notre pays, j’ai besoin de dire à nos jeunes, à mes enfants, attention ! Notre endroit c’est ici ». Il souhaite donc les ramener à la source afin « qu’ils ne se trompent pas d’identité. Ici on est en Océanie » souligne-t-il enfin, allez-venant dans le grand océan Pacifique pour mieux renouer avec ses racines tahitiennes.
Pour illustrer ce thème, Jean-Marie Biret a eu « besoin d’images ». A partir des attitudes, des mouvements, il a « fabriqué des combinaisons » pour composer une chorégraphie inédite, un peu à la manière d’un « vocabulaire que l’on se fabrique au début » et dans lequel on puise. A expression corporelle originale, musique originale : cette composante du spectacle réserve également bien des surprises.

programme_heiva_2011_17juin_23juillet_2.pdf programme_heiva_2011_17juin_23juillet.pdf  (233.07 Ko)



Rédigé par MF le Vendredi 1 Juillet 2011 à 22:31 | Lu 1171 fois


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