PARIS, 7 juil 2012 - Alors que plus de 400 élèves de milieux défavorisés passeront à partir de lundi l'oral pour décrocher une place à Sciences Po via la "filière ZEP", étudiants et enseignants espèrent que l'héritage du charismatique Richard Descoings sera préservé par son successeur.
Après la mort du directeur de Sciences Po le 3 avril à New York, la succession est ouverte pour remplacer celui qui avait dépoussiéré l'institution en créant en 2001 les "Conventions éducation prioritaire", nouées avec 95 lycées. Le suspens devrait durer jusqu'à la rentrée.
"A Paris, j'ai pu mesurer le poids de Richard Descoings. Sa cote de popularité était inimaginable, il était très proche de ses élèves", se souvient Omar Zerkoune, 24 ans, un des 864 étudiants ayant bénéficié du dispositif depuis 2001.
D'origine algérienne, arrivé à Toulon à dix ans sans parler un mot de français, ce fils d'un ouvrier et d'une aide-cuisinière tout juste diplômé d'un master en Affaires publiques en est sûr: "s'il n'y avait pas eu cette procédure, je n'aurais jamais poussé si loin mes études".
"Richard Descoings a bousculé les codes, ouvert une brèche. La question qu'on se pose tous est: +Est-ce que le successeur va continuer l'oeuvre de Richard Descoings?+", dit-il.
"C'est un dispositif créé par Richard Descoings et porté par lui mais c'est un dispositif de l'institution. Il survit à son créateur", affirme Hâkim Hallouch, responsable Diversité à l'école de la rue Saint-Guillaume, lui-même issu de cette filière.
"l'ADN de Sciences Po"
"Cela fait partie de l'ADN de Sciences Po, les enseignants, les étudiants, tout le monde défend l'ouverture sociale sur la base du mérite", poursuit-il.
Pour être éligible à la convention "les lycées adressent la demande", ensuite "nous examinons s'ils sont labellisés ZEP ou Zone urbaine sensible, c'est-à-dire avoir 45% d'élèves issus de catégories socio-professionnelles défavorisées", explique-t-il
"C'est un formidable dispositif. On ne peut pas revenir dessus", estime Karim Amellal, qui enseigne à Sciences po sur les thèmes du multiculturalisme, des minorités et des discriminations.
Les étudiants de cette filière "arrivent avec un handicap scolaire évident mais on considère qu'ils ont les capacités de travail et d'adaptation qui leur permettent de compenser ce handicap", explique l'enseignant, qui a participé aux sélections.
Pour M. Amellal, "l'enjeu aujourd'hui c'est l'évaluation du dispositif, il faut des chiffres pour ne pas prêter le flanc aux critiques". Par ailleurs, "les concours de la fonction publique sont un point noir: aucun de ces élèves n'a été reçu à l'ENA ou au concours du ministère des Affaires étrangères", ajoute-t-il.
"Aucun n'a été reçu à l'ENA mais seuls trois l'ont passé", nuance M. Hallouch. "Ils sont un peu moins intéressés par la fonction publique et un peu plus nombreux à partir à l'étranger" que les étudiants des autres filières, précise-t-il encore.
Pour le responsable Diversité, les grands chantiers sont l'ouverture à l'Outre-mer, entamée en 2006, et à la ruralité.
Des conventions ont été signées dans cinq lycées de milieux ruraux en Normandie, Champagne-Ardennes et Poitou.
"Notre mission est de recoudre le tissu social français. Le programme n'est égalitaire que s'il peut profiter à la population sur tout le territoire national", souligne M. Hallouch.
Pour 2013, le calendrier d'admission sera avancé de deux mois et les résultats seront connus fin mai, avant les résultats du bac, plutôt qu'en juillet.
Par ailleurs, Sciences Po a modifié l'examen d'entrée en première année pour les autres filières, via une sélection sur dossier, davantage d'oraux et en supprimant l'épreuve emblématique de culture générale, afin de diversifier encore davantage son recrutement.
Par Pauline FROISSART
Après la mort du directeur de Sciences Po le 3 avril à New York, la succession est ouverte pour remplacer celui qui avait dépoussiéré l'institution en créant en 2001 les "Conventions éducation prioritaire", nouées avec 95 lycées. Le suspens devrait durer jusqu'à la rentrée.
"A Paris, j'ai pu mesurer le poids de Richard Descoings. Sa cote de popularité était inimaginable, il était très proche de ses élèves", se souvient Omar Zerkoune, 24 ans, un des 864 étudiants ayant bénéficié du dispositif depuis 2001.
D'origine algérienne, arrivé à Toulon à dix ans sans parler un mot de français, ce fils d'un ouvrier et d'une aide-cuisinière tout juste diplômé d'un master en Affaires publiques en est sûr: "s'il n'y avait pas eu cette procédure, je n'aurais jamais poussé si loin mes études".
"Richard Descoings a bousculé les codes, ouvert une brèche. La question qu'on se pose tous est: +Est-ce que le successeur va continuer l'oeuvre de Richard Descoings?+", dit-il.
"C'est un dispositif créé par Richard Descoings et porté par lui mais c'est un dispositif de l'institution. Il survit à son créateur", affirme Hâkim Hallouch, responsable Diversité à l'école de la rue Saint-Guillaume, lui-même issu de cette filière.
"l'ADN de Sciences Po"
"Cela fait partie de l'ADN de Sciences Po, les enseignants, les étudiants, tout le monde défend l'ouverture sociale sur la base du mérite", poursuit-il.
Pour être éligible à la convention "les lycées adressent la demande", ensuite "nous examinons s'ils sont labellisés ZEP ou Zone urbaine sensible, c'est-à-dire avoir 45% d'élèves issus de catégories socio-professionnelles défavorisées", explique-t-il
"C'est un formidable dispositif. On ne peut pas revenir dessus", estime Karim Amellal, qui enseigne à Sciences po sur les thèmes du multiculturalisme, des minorités et des discriminations.
Les étudiants de cette filière "arrivent avec un handicap scolaire évident mais on considère qu'ils ont les capacités de travail et d'adaptation qui leur permettent de compenser ce handicap", explique l'enseignant, qui a participé aux sélections.
Pour M. Amellal, "l'enjeu aujourd'hui c'est l'évaluation du dispositif, il faut des chiffres pour ne pas prêter le flanc aux critiques". Par ailleurs, "les concours de la fonction publique sont un point noir: aucun de ces élèves n'a été reçu à l'ENA ou au concours du ministère des Affaires étrangères", ajoute-t-il.
"Aucun n'a été reçu à l'ENA mais seuls trois l'ont passé", nuance M. Hallouch. "Ils sont un peu moins intéressés par la fonction publique et un peu plus nombreux à partir à l'étranger" que les étudiants des autres filières, précise-t-il encore.
Pour le responsable Diversité, les grands chantiers sont l'ouverture à l'Outre-mer, entamée en 2006, et à la ruralité.
Des conventions ont été signées dans cinq lycées de milieux ruraux en Normandie, Champagne-Ardennes et Poitou.
"Notre mission est de recoudre le tissu social français. Le programme n'est égalitaire que s'il peut profiter à la population sur tout le territoire national", souligne M. Hallouch.
Pour 2013, le calendrier d'admission sera avancé de deux mois et les résultats seront connus fin mai, avant les résultats du bac, plutôt qu'en juillet.
Par ailleurs, Sciences Po a modifié l'examen d'entrée en première année pour les autres filières, via une sélection sur dossier, davantage d'oraux et en supprimant l'épreuve emblématique de culture générale, afin de diversifier encore davantage son recrutement.
Par Pauline FROISSART







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