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40% des médecins de l'hôpital en grève



PAPEETE, 8 novembre 2017 - Après trois jours de grève, environ 40% des médecins de l'hôpital étaient en grève, mercredi. Si de nombreuses consultations avaient été annulées, les praticiens hospitaliers du CHPF continuaient à prendre en consultation les urgences et les patients des îles. Le service oncologie continue de tourner normalement.

De grandes banderoles noires sont suspendues au-dessus du hall central de l'hôpital. Le Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) est plus calme qu'à l'accoutumée. Il est 9 h 30, mercredi, et une flopée de médecins en blouse blanche s'échappent de l'amphithéâtre de l'hôpital. Ils arborent tous un carré noir avec l'inscription "EN GRÈVE". Les médecins du CHPF sont en grève depuis lundi matin. Ce mercredi matin, ils ont voté à l'unanimité la reconduction de la grève. Résultat, la plupart des consultations non urgentes sont annulées. Sur 182 médecins hospitaliers en fonctions au CHPF, mardi la direction des ressources humaines de l'établissement de soins comptabilisait 29 médecins en congés, absence ou récupération et 61 médecins grévistes, soit près de 40% des praticiens hospitaliers opérationnels.

Les médecins grévistes et la direction du Centre hospitalier du Taaone se sont accordés pour la mise en place d'un service minimum. Ainsi, les patients ont été prévenus de l'annulation de leur consultation. Ceux qui viennent quand même sont redirigés vers un médecin généraliste ou sont priés de revenir quand les grèves seront finies. Néanmoins, les urgences sont toujours prises en charge au CHPF, "Nous mettons un point d'honneur à recevoir en consultation les urgences et les malades qui doivent être traités rapidement sous peine de perte de chances de guérison comme en oncologie ou en chirurgie. On prend aussi en consultation les patients qui viennent des îles", explique un chirurgien gréviste : "le but de la grève n'est pas de faire payer les patients, mais de faire en sorte que l'administration entende nos revendications et respecte enfin le protocole d'accord que nous avions signé il y a plus d'un an".

"Les médecins grévistes ont quand même une éthique et une conscience professionnelle. Il était évident pour eux que nous mettrions en place un service minimum afin d'assurer la continuité des soins. Les grévistes ont accepté sans soucis leurs astreintes", assure-t-on du côté des ressources humaines. Même son de cloche du côté du personnel infirmier. "Les médecins ont une conscience professionnelle, ils assurent les urgences. On voit qu'ils sont en grève parce qu'ils portent le badge qui indique qu'ils sont grévistes. Si on a besoin d'eux, ils sont là."

Celles qui ressentent le plus les effets de la grève sont les filles à l'accueil, "lundi et mardi, les gens venaient nous poser beaucoup de questions sur la grève. Les grosses banderoles impressionnent beaucoup, les patients se demandent si tous les médecins sont en grève. Nous avons aussi les gens énervés qui n'ont pas pu être reçus en consultation. Ils râlent et ne sont pas contents parce qu'ils ont mal et n'ont pas pu voir de médecin. Sinon aujourd'hui c'est assez calme. Il y a beaucoup moins de gens que d'habitude."

Du côté des patients, au troisième étage du côté de la chirurgie orthopédique, les patients ne se sont rendu compte de rien. "Moi je sais qu'il y a grève que parce que les taote l'ont affiché sur leurs blouses et sur les escaliers. Sinon j'ai vu le taote dans ma chambre comme tous les jours", raconte Teiki. Plus bas aux urgences une mère se désespère avec son bébé en pleurs, dans les bras : "en ce moment je viens souvent à cause de bébé. J'ai eu peur quand je suis arrivée et que j'ai vu les affiches noires, mais c'est comme d'habitude... Aussi long que d'habitude", lâche-t-elle épuisée.

Astrid en revanche n'a pas pu voir de médecin mercredi, sont rendez-vous a été annulé. Cette grève l'agace un peu : "je trouve indécent qu'ils viennent chipoter alors qu'ils gagnent déjà très bien leur vie", lâche-t-elle en colère. "Comme je n'ai pas d'urgence, je devrais revenir quand ils auront fini…. Comme si je n'avais que ça à faire", s'emporte cette mère de famille, accompagnée de ses deux marmots qui se chamaillent dans les couloirs.

Les médecins quant à eux comprennent l'agacement des patients, mais "un protocole d'accord a été signé par deux ministres du gouvernement. Cet accord doit être respecté."

Peu à peu les médecins hospitaliers se rallient à la grève. Cet anesthésiste s'est inscrit comme gréviste mercredi matin : "On peut faire jusqu'à 90 heures d'astreintes par semaine, ce n'est pas compté dans le temps de travail. Les conditions de travail sont inférieures à ce qu'on peut avoir ailleurs. Sans compter tous les points sur la refonte des statuts. Avant aujourd'hui j'étais partisan d'une grève dure d'emblée. Plutôt que d'être seul à me mobiliser de mon côté, je préfère me joindre au mouvement de grève actuel. Le problème est réel, le statut va mal. Les jeunes médecins ne veulent plus s'investir en Polynésie. Ils viennent un an ou deux, mais ne veulent pas s'installer ici. Les jeunes médecins ne veulent pas s'investir pour faire changer la médecine en Polynésie, ni améliorer les choses, tout cela parce que les statuts ne sont pas concurrentiels par rapport au reste du marché".

Le syndicat des praticiens hospitaliers de Polynésie française devait rencontrer le ministre de la Santé Jacques Reynal et la ministre de la Fonction publique, Tea Frogier, mercredi à 16 heures au ministère de la Santé afin d'entamer des négociations pour aboutir à la signature d'un nouveau protocole d'accord et s'acheminer vers la fin de ce mouvement social. Cette fois-ci les médecins hospitaliers demandent à ce qu'en plus de la signature des deux ministres, le président du gouvernement appose également la sienne sur le document. La réunion au ministère de la Santé a débuté en fin d’après-midi mercredi, dans une ambiance tendue.

Rédigé par Marie Caroline Carrère le Mercredi 8 Novembre 2017 à 17:12 | Lu 733 fois





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